‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 84 sur 429 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

ae mo suis point mal non plus acquittée du mien. Qu'en ditesvous? Avouez que vous m'avez prise pour une de ces jolie» femmes de qualité qui se plaisent à faire des équipées ? Il est vrai, lui répondis-je, mais qui que vous soyez, ma reine, je n'ai point changé de sentiment en changeant de forme. Agréez, de grâce, mes services, et permettez que le valet de chambre de don Mathias achève ce que don César a si heureusement commencé. Va, reprit-elle, je t'aime encore mieux dans ton naturel qu'autrement. Tu es en homme ce que je suis en femme : c'est la plus grande louange que je puisse te donner. Je te reçois au nombre de mes adorateurs. Nous n'avons plus besoin du ministère de la vieille : tu peux venir ici me voir librement. Nous autres dames de théâtre, nous vivons sans contrainte et pêlemêle avec les hommes. Je conviens qu'il y paroît quelquefois ; mais le public en rit, et nous sommes faites, comme tu sais, pour le divertir.

Nous en demeurâmes là, parce que nous n'étions pas seuls. La conversation devint générale, vive, enjouée, et pleine d'équivoques claires. Chacun y mit du sion. La suivante d'Arsénié surtout, mon aimable Laure, brilla fort, et fit paroître beaucoup plus d'esprit que de vertu. D'un autre côté, nos maîtres et les comédiennes poussoient souvent de longs éclats de rire que nous entendions; ce qui supposeque leur entretien étoit aussi raisonnable que le nôtre. Si l'on eût écrit toutes les belles choses qui se dirent cette nuit chez Arsénié, on enauroit, je crois, composé un livre très-instructif pour la jeunesse. Cependant l'heure de la retraite, c'est-à-dire le jour, arriva: il fallut se séparer. Glarin suivit don Alexo, et je me reiirai avec don Mathias.

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