LIVRE III, CHAPITRE VII
^ompeyo, dit-il en se relevant, après ce trait de générosité, ir ne me permet pas de me battre contre vous. Que diroit- )i, si je vous perçois le cœur ? Je passerois pour un lâche irracbé la vie à un homme qui me la pouvoit ôter. Je ne ic plus m'armer contre vos jours, et je sens que la recon- 16 fait succéder de doux transports aux mouvements fuli m'agitoient. Don Pompeyo, continua-t- il, cessons de rr Tun l'autre. Passons même plus avant; soyons amis. i;iieur, m'écriai-je, j'accepte avec joie une proposition si I. Je vous voue une amitié sincère ; et, pour commencer m donner des marques, je vous promets de ne plus ree piedxhez dona Hortensia, quand elle voudroit me rest moi, dit-il, qui vous cède cette dame; il est plus juste ous Tabandonne, puisqu'elle a naturellement de l'inclinair vous. Non, non, interrompis-je ; vous l'aimez. Les u'elle auroit pour moi pourroient vous faire de la peine; crifie à votre repos. Ah I trop généreux Castillan, reprit
en me serrant entre ses bras, vos sentiments me charlu'ils produisent de remords dans mon âmel Avec quelle
avec quelle honte je me rappelle l'outrage que vous avez a satisfaction que je vous en ai faite dans la chambre du paroît trop légère en ce moment. Je veux mieux réparer ure; et, pour en effacer entièrement l'infamie, je vous 3 de mes nièces, dont je puis disposer. C'est une riche ), qui n'a pas quinze ans, et qui est encore plus belle que
là-dessus au prince tous les compliments que l'honneur dans son alliance me put inspirer, et jVpousai sa nièce jours après. Toute la cour félicita ce seigneur d'ala fortune d'un cavalier qu'il avoit couvert d'ignominie, mis se réjouirent avec moi de l'heureux dénoùment d'une ) qui de voit avoir une plus triste fin. Depuis ce temps, "S, je vis agréablement à Varsovie ; je suis aimé de mon et j'en suis encore amoureux. Le prince Radzivil me >us les jours de nouveaux témoignages d'amitié, et j'ose er d'être assez bien dans l'esprit du roi de Pologne. L'im- I du voyage que je fais par son ordre à Madrid m'assure stime.
170 QUi BLAS.
CHAPirRE VIII
Quel accident obligea Gil Bias à chercher tme nouvelle condition.
Telle fut l'histoire que don Pompeyo raconlau et que nous tendîmes, le valet de don Alexo et moi, bien qu'on eût pria la précaution de nous renvoyer avant qu'il en commençât le récit. Au lieu de nous retirer, nous nous étions arrêtés à la porte, qu9 nous avions laissée entr'ouverle, et de là nous n'en avions pas perdu un mot. Après cela, ces seigneurs continuèrent de boire; mais ils ne poussèrent pas la débauche jusqu'au jour, att^u que don Pompeyo, qui devoit parler le matin au premier ministre^ étoit bien aise auparavant de se reposer un peu. Le marquis de Zenette et mon maître embrassèrent ce cavalier, lui dirent adieu, et le laissèrent avec son parent.
Nous nous couchâmes pour le coup avant le lever de Taurora, et don Mathias, à son réveil, me chargea d'un nouvel egaploi. Gil Bias, me dit-il, prends du papier et de l'encre pour écrire deux ou trois lettres que je veux te dicter ; je te fais mon secrétaire. Bon ! dis-je en moi-même, surcroit de fonctions. Gomme laquais, je suis mon maître partout ; comme valet de chambre, je l'habille ; et j'écrirai sous lui comme secrétaire : le ciel en soit loué ! Je vais, comme la triple Hécate, faire trois personnages différents. Tu ne sais pas, continua-t-il, quel est mon dessein? Le voici : mais sois discret ; il y va de ta vie. Comme je trouve quelquefois des gens qui me vantent leurs bonnes fortunes, je veux, pour leur damer le pion, avoir dans mes poches de fausses lettres de femmes que je leur lirai. Cela me divertira pour un moment ; et, plus heureux que ceux de mes pareils qui ne foot des conquêtes que pour avoir le plaisir de les publier, j'en publierai que je n'aurai pas eu la peine de faire. Mais, ajouta-t-il* déguise ton écriture de manière que les billets ne paroissent pas tous d'une même main.
Je pris donc du papier, une plume et de l'encre, et jo roe nus en devoir d'obéir à don Mathias, qui me dicta d'abord un poulet en ces termes : « Vous ne vous êtes point trouvé cette nuit au « rendez- vous. Ah 1 don Mathias, que direz-vous pour vous justî- <( fier ? Quelle étoit mon erreur I et que vous me punissez bien « d'avoir eu la vanité de croire que tous les amusements et toutes « les affaires du monde doivent céder au plaisir de voir dont