LIVRE III, CHAPITRE VIII
r Clara de Mendoce I » Après ce billet, il m'en fit écrire un Qtre, comme d'une femme qui lui sacrifioit un prince; et un Qtre en6n, par lequel une dame lui mandoit que, si elle ëtoit Burëe qu'il fût discret, elle feroit avec lui le voyage de Cylhère. ne se contentoit pas de me dicter de si belles lettres, il m'oblioit de mettre au bas des noms de personnes qualifiées. Je ne 18 m'empécher de lui témoigner que je trouvois cela très-déat ; mais il me pria de ne lui donner des avis que lorsqu'il m'en manderoit. Je fus obligé de me taire, et d'expédier ses commanmenls. Cela fait, il se leva, et je l'aidai à s'habiller. Il mit les Ires dans ses poches; il sortit ensuite. Je le suivis, et nous âmes dîner chez don Juan 'de Moncade, qui régaioit ce jour-là iq ou six cavaliers de ses amis.
On y fit grande chère; et la joie, qui est le meilleur assaisonnemt des festins, régna dans le repas. Tous les convives contriièrent à égayer la conversation, les uns par des plaisanteries, tes autres en racontant des histoires dont ils se disoient les ros. Mon maître ne perdit pas une si belle occasion de faire loir les lettres qu'il m'avoit faire écrire. Il les lut à haute voix, d'un air si imposant, qu'à l'exception de son secrétaire, tout le 3nde peut-être en fut la dupe. Parmi les cavaliers devant qui se isoit effrontément cette lecture, il y en avoit un qu'on appeloit >n Lope de Velasco. Celui-ci, homme fort grave, au lieudeseréair comme les autres des prétendues bonnes fortunes du lecteur, i demanda froidement si la conquête de dona Clara lui avoit coûté aucoup. Moins que rien, lui répondit don Mathias; elle a fait Qtes les avances. Elle me voit à la promenade ; je lui plais. On 9 suit par son ordre; on apprend qui je suis. Elle m'écrit, et me >nne rendez- vous chez elle à une heure delà nuit où toutreposoit us sa maison. Je m'y trouvai ; on m'introduisit dans son apparaient... Je suis trop discret pour vous dire le reste. A ce récit laconique, le seigneur de Velasco fit paroître une ande altération surson visage. Il ne fut pasdifiQoile de s'a percevoir I rintërét qu'il prenoit à la dame en question. Tous ces billets, t*ilàmon maître en le regardant d'un air furieux, sont absolument ax, et surtout celui que vous vous vantez d'avoir reçu de dona ara de Mendoce. Il n'y a point en Espagne de fille plus réservée l'elte. Depuis deux ans, un cavalier, qui ne vous cède ni en dssance ni en mérite personnel, met tout en usage pour s'en ire aimer. A peine en a-t-il obtenu les plus innocentes faveurs;
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mais il peut se flatter que, si elle ëtoit capable cTen accorder d'autres, ce ne seroit qu'à lui seul. £h! qui vous dit le contraire ? interrompit don Mathias d'un air railleur. Je conviens avec vous que c'est une fille très-honnête. De mon côte, je suis un fort honnête garçon. Par conséquent vous devez être persuadé qu'il ne s'est rien passé entre nous que de très-honnête. Ah! c'en est trop, interrompit don Lope à son tour ; laissons-là les railleries. Vous êtes un imposteur. Jamais doha Clara ne vous a donné de rendezvous la nuit. Je ne puis souffrir que vous osiez noircir sa réputation. Je suis aussi trop discret pour vous dire le reste. En achevant ces mots, il rompit en visière à toute la compagnie, et se retira d'un air qui me fit juger que cette affaire pourroit bien avoir de mauvaises suites. Mon maître, qui ëtoit assez brave pour un seigneur de son caractère, méprisa les menaces de don Lope. Le fati s'ëcria-t-il en faisant un éclat de rire. Les chevaliers errants soutenoient la beauté de leurs maîtresses; il veut, lui, soutenir la sagesse de la sienne: cela me paroîtencore plus extravagant.
La retraite de Velasco, à laquelle Moncade avoit en vain voulu s'opposer, ne troubla point la fête. Les cavaliers, sans y faire beaucoup d'attention, continuèrent de se réjouir, et ne se séparèrent qu'à la pointe du jour suivant. Nous nous couchâmes, mon maître et moi, sur les cinq heures du matin. Le sommeil m'accabloit, et je comptois de bien dormir ; mais je comptois sans mon hôte, ou plutôt sans notre portier, qui vint me réveiller une heure après, pour me dire qu'il y avoit à la porte un garçon qui me demandoit. Ah 1 maudit portier, m'écriai-je en baillant, songezvous que je viens de me mettre au lit tout à l'heure ? Dites à ce garçon que je repose, et qu'il revienne tantôt. II veut, me répliqua-t-il, vous parler en ce moment; il assure que la chose presse. A ces mots je me levai ; je mis seulement mon haut-de-chausseset mon pourpoint, et j'allai, en jurant, trouver le garçon qui m'attendoit. Ami, lui dis-je, apprenez moi, s'il vous plaît, quelle affaire pressante me procure l'honneur de vous voir de si grand matin. J'ai, me répondit-il, une lettre à donner en main propre au seigneur don Mathias, et il faut qu'il la lise tout présentement-* cela est de la dernière conséquence pour lui : je vous prie (te m'introduire dans sa chambre. Comme je crus qu'il s'agissoil d'une affaire importante, je pris la liberté d'aller réveiller mon maître. Pardon, lui dis-je, si j'interromps votre repos ; mais l'im-