‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 98 sur 429 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Comment les comédiens Tivoient ensemble et de qaeiiQ manière

ils traîtoient les auteurs.

Je me mis donc en campagne le lendemain matin pour commencer l'exercice de mon emploi d'économe. C'étoit un jour maigre ; j'achetai , par ordre de ma maîtresse, de bons poulets gras, des lapins, des perdreaux, et d'autres petits pieds. Gomme messieurs les comédiens ne sont pas contents des manières de l'Église à leur égard, ils n'en observent pas avec exactitude les commandements. J'apportai au logis plus de viandes qu'il n'es faudroit à douze honnêtes gens pour bien passer les trois jouis du carnaval. La cuisinière eut de quoi s'occuper toute la matinée. Pendant qu'elle préparoit le dîner. Arsénié se leva, et demeura jusqu'à midi à sa toilette. Alors les seigneurs Rosimiroet Ricardo, comédiens, arrivèrent. Il survint ensuite deux comédiennes, Constance et Celinaura; et un moment après parut Florimonde, accompagnée d'un homme qui avoit tout l'air d'un Senor caoàl' hro des plus lestes. Il avoit les cheveux galamment noués, uo chapeau relevé d'un bouquet de plumes de feuille-morte, un. haut-de-chausses bien étroit, et l'on voyoit aux ouvertures de son \ pourpoint une chemies fine avec une fort belle dentelle- Ses gants [ et son mouchoir étoicnt dans la concavité de la garde de son épée, et il portoit son manteau avec une grâce toute particulière.

Néanmoins, quoiqu'il eût bonne mine et fût très-bien fait, je trouvai d'abord en lui quelque chose de singulier. Il faut, dis-je en moi-môme, que ce gentilhomme-là soit un original. Je ne

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