‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 99 sur 429 · LIYBE III, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIYBE III, CHAPITRE XI

me trompois point; c'ëtoit un caractère marque. Dès qu'il entra dans Tappartement d*Arsënie, il courut, les bras ouverts, embrasser les actrices et les acteurs l'un après l'autre, avec des démonstrations plus outrées que celles des petits-maîtres. Je ne changeai point de sentiment lorsque je l'entendis parler. U ap* puyoit sur toutes les syllabes, et prononçoit ses parola<) d'un ton emphatique, avec des gestes et des yeux accommodés au sujet. J'eus la curiosité de demander à Laure ce que c'étoit que ce cavalier. Je te pardonne, me dit-elle, ce mouvement curieux : il est impossible de voir et d'entendre pour la première fois le seigneur Carlos Alonso de la Yentoleria, sans avoir l'envie qui te presse; je vais te le peindre au naturel. Premièrement, c'est un homme qui a été comédien. Il a quitté le théâtre par fantaisie, et s'en est depuis repenti par raison. As-tu remarqué ses cheveux noirs? ils sont teints aussi bien que ses sourcils et sa moustache. Il est plus vieux que Saturne; cependant, comme au temps de sa naissance ses parents ont négligé de faire écrire $on nom sur les registres de sa paroisse, il profite dô leur négligence, et se dit plus jeune qu'il n'est de vingt bonnes années pour le moins. D'ailleurs, c'est le personnage d'Espagne le plus *empli de lui-môme. Il a passé les douze premiers lustres de sa ne dans une ignorance crasse ; mais , pour devenir savant , il a )ris un précepteur qui lui a appris à épeler en grec et en latin. )e plus, il sait par cœur une infinité de bons contes qu'il a réciés tant de fois comme de son cru, qu'il est parvenu à se figurer ju'ils en sont effectivement. Il les fait venir dans la conversation, )t on peut dire que son esprit brille aux dépens de sa mémoire. lu reste, on dit que c'est un grand acteur. Je veux le croire )ieusement; je t'avouerai toutefois qu'il ne me plaît point. fe l'entends quelquefois déclamer ici; et je lui trouve entre mtres défauts, une prononciation trop affectée, avec une voix remblante qui donne un air antique et ridicule à sa déclanation.

Tel fut le portrait que ma soubrette me fit de cet histrion konoraire, et véritablement je n'ai jamais vu de mortel d'un naintien plus orgueilleux. Il faisoit aussi le beau parleur. Il ne nanqua pas de tirer de son sac deux ou trois contes qu'il débita i'un air imposant et bien étudié. D'une autre part, les cornéliennes et les comédiens, qui n'étoient point venus là pour se taire» ne furent pas muets. Ils commencèrent à s'entreteuir dç^

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leors camarades abaents cTime maaiôre peu charitafato, à la véritë ; mais c'est une chose qu'il faut pardonner aux coniédiena comme aux auteurs. La conversation s'échauffiai donc contre le p^chain. Vous ne savez pas, mesdames, dit Rosimiro, un nooveau trait de Cesarino, notre cher confrère. Il a ce matin acheté des bas de soie, des rubans et des dentelles, qu'il s'est ùàt ap»' porter à l'assemblée par un petit page, conmie de la part d'une comtesse. Quelle friponnerie 1 dit le seigneur de la Yentoleria, en souriant d'un air fat et vain. De mon temps on ëtoit de meilleure foi ; nous ne songions point à composer de par^Ues fobles. n est vrai que les femmes de qualité nous en épargooient l'in* vention; elles faisoient elles-mêmes les emplettes; aies avrâiit cette faataisie-là. Parbleu, dit Ricardo du même ton, cette fantaisie les tient bien encore; et s'il étoit permis de s'OK* pliquer là-dessus... Mais il faut taire ces sortes d'aventures, surtout quand des personnes d'un certain rang y sont intéressées.

Messieurs, interrompit Florimonde, laissez là, de grâce, nos bonnes fortunes; elles sont connues de toute la terre. Parions d'Isménie. On dit que ce seigneur qui a fait tant de dépense pour elle vient de lui échapper. Oui, vraiment, s'écria Gonstanoo; et je vous dirai de plus qu'elle perd un petit honune d'affaires qu'elle aurait indubitablement ruiné. Je sais la chose d'original. Son Mercure a fait un quiproquo : il a porté au gneur un billet qu'elle écrivoit à l'homme d'affaires, et a à rhomme d'affaires une lettre qui s'adressoit au sdgnenr. Voilà de grandes pertes, ma mignonne, reprit Florimonde* Ohl pour celle du seigneur, repartit Constance, elle est peu oonâdérable. Le cavalier a mangé presque tout son bien ; naaii le petit homme d'affaires ne faisoit que d'entrer sur les rangs* Il n'a point encore passé par les mains des coquettes : c'est on a^jet à regretter.

Ils s'entretinrent à peu près de cette sorte avant le dinar, et leur entretien roula sur la môme matière lorsqu'ils furent à taUe. Gomme je ne finirois point, si j'entreprenois de rapporter tool les autres discours pleins de médisance ou de fatuité que j'aoten* dis, le lecteur trouvera bon que je les supprime, pour lui canter de quelle façon fut reçu un pauvre diable d'auteur qui arrita chez Arsénié sur la fin du repas.

Notre petit laquais vint (fire tout haut à ma oiaitresae : Me*

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