LIVRE V^ CHAP. I. ^f
ter; il n'est pâs si façonnier aVec sa famille. Il demande même fort bien à son père tout l'argent dont il a besoin; Ce garçon, comme vous voyez, sait distinguer les per^ sonnes, et il doit vous regarder, monsieur, comme un secondpère.
Morales, par de semblables discours, s*empara de la bourse du vieillard, qui vint nous rejoindre, et qui nous trouva, sa fille et moi, engagés dans les compliments. Il rompit notre entretien. Il apprit à Florentine Tobligation qu'il m'avait, et sur cela il me tint des propos qui me firent c-onnaître corn-bien il en était reconnaissant. Je profitai d'une si favorable disposition. Je dis au bourgeois que la plus touchante marque de reconnaissance qu'il pût me donnet était de hâter mon mallage avec sa fille. Il céda de bonne grâce à mon impatience. Il m'assura que, dans trois jom*s au phis tard, je serais l'époux de Florentine; il ajouta même qu'au iieu de six mille ducats qu'il avait promis pour sa dot, il en donnerait dix mille , pour me témoigner jusqu'à quel point il était pénétré du service que je lui avais rendu^
Nous étions donc. Morales et moi, chez le bonhomme Jérôme de Moyadas, bien traités, et dans l'agréable attente de toucher dix mille ducats, avec quoi nous nous proposions de nous éloigner promptement de Mérida. Une crainte pourtant ti*oubIait notre joie : nous appréhendions qu'avant trois jours le véritable fils de Juan Yelez de la Membrilla ne vint traverser notre bonheur, ou plutôt le détri\ire en paraissant tout à coup. Cette crainte n'était pas mal fondée. Dès le lendemain, une espèce de paysan chargé d'une valise aiTiva chee le père de Florentine. Je ne m'y trouvais point alors; mais mon camarade y était. Seigneur, dit le paysan au vieillard^ j^appartiens au cavalier de Calatrava qui doit êti*e votre gendre , au seigneur Pedix) de la Membrilla. Nous venons tous deux d'annver dans cette ville : il sem ici dans un instant; j'ai pris les devants pmu: vous en avertir. A peine eutril achevé ces mots, que son maître painit; ce qui surprit fort le vieillard, et déconcerta un peu Morales.
Le jeune Pedro était un garçon des mieux faits. Il adressa la parole au père de Florentine ; mais le bonhomme ne lui donna pas le iemps de finir son discours^ et, se tom*naiït vers
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mon compagnon^ il lui denianda ce que cela signifiait. Alors Morales, qui ne cédait en effronterie h personne du, monde^ prit un air d'assurance, et dit au vieillard : Monsieur^ ce^ deux hommes que vous voyez sont de la troupe des vQ)eurs qui nous ont détrousses sur le grand chemin; je les reCf^ynais, et particulici*ement celui qui a Vaudaçe de se dire fils du seigneur Juan Vêlez de la Membrilla. Le vi^ux (^oi^g^i^n sans hésiter, cnit Morales ; et, pei^spadé que tes i^puye^ux venus étaient des fripons, il leur dit : Messieurs, vpu§ ^rriyes; trop tard ; on vous p. prévei^uSt Pedrp de }a Mep[)])r^ g$j( chez moi depuis hier. Prenez garde à c^ que vpus ili^y (14I répondit le jeune homme de Calatrava : 04 vqus; trpQipçî vous avez dans votre maison un imposteur. Sacbç?; que jfpfl^ Vêlez de la Memhrilla n'a point d'autre fllu que moi- A ^9^très ! répliqua le vieillard; je n'ignore pas qiii yqfijs éte^. |^^ riemettez-vous pas ce garçon ^ et ne vpqs res^uvei^e^vpu? plus de son maître que vpus avez volé sur Ip cbemip de Ça.latrava? Gomment, voler ! repartit Pedro : ab ! ^ je n'ét^jg pas ches vous, je couperais |es orpines à ce fou|i|e qu^ $1 i'inr. solence de me traiter de voleur. Qu'il rende gr^^ A vpti^ présence qui retient ma colère. gpigneur> ppursi^ivi^i}^ jp vous le répète, on vous trompe. Je stUs le jeunâ %)mp9ip 4 qui votre frère Augustin a promis yofrp ^le. Voulpz^vpus qiip je vous montre toi|tes les lettres qu'il ^ écrites ^ mou pèr^^u sujet de ce mariage? En croirez-vous le portrait de Flprpi^-» tine, qu'il m'envoya quelque temps avant sa mort ?
Non, interrompit le vieux hourgeois ; le portrait ne me persuadera pas plus que les lettres. Je sais bien de quellp manièi^ il est tombé entre vos mains, et je vous çonseilte chaiûtablement de sortir au plus tôt de Mérida, dp ppur d'^rouver le châtiment que méritpnt vos 8embla|>lps. C^ùni est trop, interrompit à son tour le jeune cavalier. Je ne souffrii'ai point qu'on me vole impunément mon nom, ni qu'oq mp fiasse passer poui* un brigand. Je connais quelques^ personnes dans cette ville; je vais les chercher, et je reyiendrai s^veç elles confondre Timposture qui vous prévient cpntre mot \ ces mots, il se retira suivi de son valetj et Morales dpinpura triomphant. Cette aventure même fut cause que Jér0i:^e d^ Moyadas résolut de me £aire époitspr s^ fille dès ce jour-^|