‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 122 sur 296 · LIVRE Y, CHAP · texte numérisé non relu

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tentons d'utiles concpiêtes. Les infidélités que nous nous fe* rons deviendront des triomphes pour nous.

Cette convention faite, nous nous mîmes en campagne. Nous nous donnâmes d*abord de grands mouvements sans pouvoir rencontrer ce que nous cherchions. Camille ne trouvait que des petits-maîtres, ce qui suppose des amants qui n'avaient pas le sou; et moi, que des femmes qui aimaient mieux lever des contributions que d'en payer. Comme l'amour se refusait à nos besoins, nous eûmes recours aux fom'beries. Nous en fîmes tant et tant, que le corrégidor en entendit parler, et ce juge, sévère en diable, chargea un de ses alguazils de nous arrêter; mais Talguazil, aussi bon que le corrégidor était mauvais , nous laissa le loisir de sortir de Madrid pour une petite sonune que nous lui donnâmes. Nous prîmes la route de Valladolid, et nous allâmes nous établir dans cette ville. J'y louai une maison où je logeai avec Camille, que je fis passer poui* ma sœur, de peur de scandale. Nous tînmes d'abord notre industrie en bride , et nous commençâmes d'étudier le teirain avant que de former aucune entreprise.

Un jour, un homme m'aborda dans la rue, me salua trèscivilement, et me dit : Seigneur don Raphaël, me reconnaissez-vous ? Je lui répondis que non. Et moi, reprit-il, je vous remets parfaitement. Je vous ai vu à la cour de Toscane , et j'étais alors garde du grand-duc. Il y a quelques mois, ajoutat-il , que j'ai quitté le service de ce prince. Je suis venu en Espagne avec un Italien des plus subtils; nous sommes à Yalladolid depuis trois semaines. Nous demeurons avec un Castillan et un Galicien qui sont, sans contredit, deux honnêtes garçons. Nous vivons ensemble du travail de nos mains. Nous faisons bonne chère, et nous nous divertissons comme des princes. Si voiis voulez vous joindre à nous, vous serez agréablement reçu de mes confrères; car vous m'avez toujours paru un galant homme, peu scrupuleux de votive naturel, et profès dans notre ordre.

La franchise de ce fripon excita la mienne. Puisque vous me parlez à cœur ouveii, lui dis-je, vous méritez que je m'explique de même avec vous. Véritablement je ne suis pas novice dans votre profession ; et si ma modestie me permettait de conter mes exploits, vous verriez que vous n'avez pas

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jugé trop avantageusement de moi ; mais je laisse là les louanges^ et je me contenterai de vous dire, en acceptant la place que vous m'offrez dans votre compagnie, que je ne négligerai rieû pour vous prouver que je n'en sms pas indigne. Je n'eus pas sitôt dit à cet ambidextre que je consentais d'augmenter le nombre de ses camarades, qu'il rue conduisit ou ils étaient , et là je fis connaissance avec eux. C^est dans cet endroit que je vis pour la première fois l'illustre Àmbroise de Lamela. Ces messieurs m'interrogèrent sui* l*art de s'approprier finement le bien du prochain. Ils voutoenl savoir â j'avais des principes; mais je leur montrai iuen des tours qu'ils ignoraient, et quMls admirèrent. Us furent encore plus étonnés, lorsque, méprisant la su))tiUtë de ma main, comme une chose trop ordinaire , je leur dis que j'excellais dans les fourberies qui demandent de l'esprit. iPour le leur persuader, je leur racontai l'aventure de iérôme de Moyadas; et sur le simple rédt que J'en fis, ils me trouvèrent uïi génie si supérieur, qu'ils me choisirent i'une commune voix pour leur chef. Je justifiai bien leur choix par une infinité de friponneries que nous fîmes, et dont je fus, pour ainsi parler, la cheville ouvrière. Quand nous avions besoin d*une actrice pour nous seconder, ilous nous servions de CamUle) qui jouait à ravii* tous les rôles qu'on lui donnait.

Dans ce temps-là, notre confrère Ambroise fut tenté de revoir sa patrie. ïl partit pour la Galice, en nous assurant que nous pouvions compter sur son retour. Il contenta son envie ^ et comme il s'en revenait , étant allé à Burgos pour y fah*e quelque coup, un hôtelier de sa connaissance le mit au service du seigneur Gil Bias de Santillane, dont il n'oublia pas de lui apprendre les afîaireff. Seigneur Gil Bias, poursuivit don Raphaël en m'adressant la parole, vous savez de quelle manière nous vous dévalisâmes dans un hôtel garni de Valladolid ; je ne doute pas que vous n'ayez soupçonné Ambroise d'avoir été le principal instrument de ce vol, et vous avez eq raison. Il vint nous trouver en arrivant; il nous exposa l'état où vous étiez, et messieurs les entrepreneurs se réglèrent làdessus. Mais vous ignorez les suites de cette aventure; je vais vous en instruire. Nous enlevâmes, Ambroise et moi, Votre valise; et, tous deux montés sur vos mules, nous primes le

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