‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 131 sur 296 · LIVRE Yï, CflAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE Yï, CflAP. II

cette que nous avîotis dëjà, nous pouvions no^ vanter 3fe" n'êlre point mal en fonds.

Comme il fallait aller à la provision, Annlbroisê et don llàphaêl, après avoir quitté leurs habits d'inquisiteur et degretfier, dirent qii^ils voulaient se charger de l'e soin-là tous deui; que Taventure de Xelva ne faisait qlife les mettre eil goût, et qu'ils avaient envie de scf rendre à Ségorbe^ poiir voir s'il ne se présenterait pas quelque occà^on de faire un tiouVéaii coup. Vous n'avez, ajouta le fils de Luciride, qu'à notii attendre sous ces saules; nous rie tardelx)ris pas à vous venir rejoittdt^. A d'autres,- seigneUr do^ Raphaël ! m'éëriai-jè en riant; dîtiesnoùs plutôt de Vous attendre souà l'orme ! Si vous noUs quittez, nous avons bien là mine de riè vous revoir dé longtemps. Ce soupçon nous (^usë^ répliqua l&séi^èur Ah^disé; tnais nous raeHtons que vous nous fà99ièt cet outragé: Vous êtes excusables de vous défier de tious^ après cëc(tie nous avons fait à Valladolid^ et de vous iàiagirief que hous ne nous ferions pas plus de scrupule dé vous ablifidënnef que les camarades que nous avons laissés dans eèffe ville. Vous vous trompez pourtant. Les confrères à qui obus avons faiissé comfpàgnie étaient des personnes d'un fort mauvais caractère, et dont la société commetiçait à nous devetiw insUppo^lable. Il Ikut rendre celte justice aux gens de nôtre professioti, qu'il n'y à point d'associés dans la vie civile que l'intérèt divise moins; mais, quand il n'y a pas entre nous de conformité d'inclina* lions, notre bonne intelUgence peut s'altérer comhae celle dtt reste des hommes. Ainsi, seigneur Gil Bias, poursuivit Lainéla^ je vous prie, vous et le seigneur don Alphonse^ d'avoir un peu plus de confiance en nous^ et de voUs mettre l'esprit en repos sur l'envie que nous avons, don Raphaël et moi, d'aller à Ségorbe.

Il est bien aisé, dit alors le fils de Luclnde j de leur ôter là-dessus tout sujet d'inquiétude : ils n'ont qu'à demeiiréi^ maîtres de la caisse, ils auront entre leurs mains une bonne caution de notre retour. Vous voyez, seigneUr Gil Bias, ajoutàt-il, que nous allons d'abord au fait. Vous serez tous deœt nantis; et je puis vous assurer que nous partirons, Atilbroise et moi, sans appréhender qùé vous nous soiiffliez ce précieux nantissement. Après unô marque si ceiiaine de notre

bonne foi^ ne vous fierez- vous pas entièrement à nous? Oui, messieurs, leui* dis-je, et vous pouvez présentement faire tout ce qu'il vous plaira. Ils partbent sm*-le-champ dbai*gcs de Toutre et de la besace^ et me laissèrent sous les saules avec don Alphonse, qui me dit après lem* départ : Il faut, seigneur Gil Bias, il faut que je vous ouvre mon cœur. Je me reproche d'avoir eu la complaisance de venir jusqu'ici avec ces deux fripons. Vous ne samicz croire combien de fois je m'en suis déjà repenti. Hier au soir, pendant que je gai'dais les chevaux, j'ai fait miUe réflexions moiiifiantes. J'ai pensé qu'il ne convenait point à un jeune homme qui a des {HÛncipes d'honneiur de vivre avec des gens aussi vicieux que Raphaël et Lamela; que si par malheur, un jom*, et cela peut fort bien anivci-, le succès d'une fowbeiie est tel que nous tombions entre les mains de la justice, j'am^i la honte d'êti*e puni avec eux comme un voleur, et d'éprouver un châtiment infâme. Ces images s'offrent sans cesse à mon esprit; et je vous avouerai que j'ai résolu, pom* n'être plus complice des mauvaises actions qu'ils feront , de me sépai'ûi* d'eux pom* jamais. Je ne crois pas, continua-t-il, que you9 désapprouviez mon dessein. Non, je vous assm-e, lui répondis-je; quoique vous m'ayez vufaii*e le personnage d'alguazil dans la comédie de Samuel Simon, ne vous imaginez pas que ces sortes de pièces soient de mon goût. Je prends le ciel à témoin qu'en jouant un si beau rôle, je me suis dit à moi-même : Ma foi, monsieur Gil Bias, si la jtistice venait à vous saisir au collet présentement, vous mériteriez bien le salaire qui vous en reviendi'ait. Je ne me sens donc pas plus disposé que vous, seigneur don Alphonse , à demeurer en si mauvaise compagnie ; et, si vous le trouvez bon, je vous accompagnerai. Quand ces messieurs seront de retour, nous leur demanderons à partager nos finances; et demain matin, ou cette nuit même, nous prendrons congé d'eux.

L'amant de la belle Séraphine approuva ce que je proposais. Gaguons, me dit-il. Valence, et nous nous embarquerons pour l'Italie, où nous pourrons nous engager au service de la république de Venise. Ne vaut-il pas mieux embrasser le parti des armes, que de mener la vie lâche et coupable que nous menons ? Nous serons mêine §n état de faii*e une assez

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