LIVRE Yn> CHAP. VIII
trices qui s'offrirent à ses yeux. Il en trouva une à son gré. Il ût connaissance avec elle dès le lendemain ; et il était prè^ de passer bail, lorsque je parus sur le théâtre. Ma vue et mes minauderies firent tout à coup tourner la girouette; mon Por*^ tugais ne s'attacha plus qu'à moi. H faut dire la vérité, comma je n'ignorais pas que ma cam^ade eût plu k ce seigneur, je n'épargnai rien pour le lui souffler, et j'eus le bonheur d'en venir à bout, le sais bien qu'elle m'en v^ut du mal; mais je n'y saurais que faire. Elle devrait songer que c'est une c)iose si naturelle aux femmes, que les meilleiires amies ne s'en font pas le moindre scrupule.
CHIP. vm. — De Taccaeil que les comédiens de Grenade firent è Oil Bias, et d*an6 nouvelle reconnaissance qui se fit dans les foyers de là eomédle.
Dans le moment que Laure achevait de raconter son histoire, il arriva une vieille comédienne de ses voisines , qui venait la prendre en passant pour aller à la comédie. Cette vénérable héroïne de théâtre eût été propre à jouer le personnage de la déesse Cotys *. Ma sœur ne manqua pas de présenter son frère à celte figure surannée , et là-dessus grands compliments de part et d'autre.
Je les laissai toutes deux, en disant à Ja veuve de l'économe que je la rejoindrais au théâtre^ aussitôt que j'aurais fait porter mes bardes chez le marquis de Marialva, dont elle m'enseigna la demeure. J'allai d'abord à la chambre que j'avais louée, d*où, après avoir satisfait mon hôtesse , je me rendis avec un homme chargé de ma valise à^ un grand hôtel garni où mon nouveau maître était logé. Je rencontrai à la porte son intendant, qui me demanda si je n'étais point le frère de la dame Estelle. Je répondis qu'oui. Soyez donc le bienvenu, reprit-il, seigneur cavalier. Le marquis de Marialva, dont j'ai l'honneur d'être intendant, m'a ordonné de vous bien recevoir. On vous a préparé une chambre; je vais, s'il vous plaît, vous y conduire pour vous en apprendi*e le chemin. Il me fit monter tout au haut de la maison, et entrer dans une chambre si petite, qu'un lit assez étroit, une ar-
* Cotys ou Cotytto fut, chez les anciens, la déesse de la débauche. Ses mystères mfàmes w. célébraient la nuit. Les baptes, qui étaient ses prêtres, noyèrent Eupoli^, nn poète çontiqtiei |nhv )e |^{iir d'ay^^ir o«é ies déoMSfMr en plein thtf^ief
moire et deux chaises la remplissaient. C'était là mon appar* tement. Vous ne serez pas ici fort au large, me dit mon conducteur^ mais en récompense Je vous promets qu'à Lisbonne vous serez superbement logé. J'enfermai ma valise dans Tarmoire dont j'emportai la clef, et je demandai à quelle heure on soupait. Il me fut répondu à cela que le seigneur portugais ne faisait pas d'ordinaire chez lui, et qu'il donnait à chaque domestique une certaine somme par mois pour se nourrir. Je fis encore d'autres questions, et j'appris que les gens du marquis étaient d'heureux fainéants. Après un entretien assez court, je quittai l'intendant pour aller trouver Lam*e, en m'occupant agréablement du présage que je concevais de ma nouvelle condition.
Sitôt que j'arrivai à la porte de la comédie, et que je me dis frère d'Estelle , tout me fut ouvert. Vous eussiez vu les gardes s'empresser à me faire un passage , comme si j'eusse été im des plus considérables seigneurs^ de Grenade. Tous les gagistes, receveurs de marques et de contre-marques que je rencontrai sur mon chemin, me firent de profondes révérences. Mais ce que je voudrais pouvou* bien peindre au lecteur, c'est la réception sérieuse que l'on me fit comiquement dans les foyers, où je trouvai la troupe tout habillée et prête à commencer. Les comédiens et les comédiennes à qui Laure me présenta, vinrent fondre sur moi. Les hommes m'accablèrent d'embrassades; et les femmes à leur tour, appliquant leure visages enluminés sur le mien, le couvrirent de rouge et de blanc. Aucun ne voulant être le dernier à me faiie compliment, ils se mirent tous ensemble à me parler. Je ne pouvais suffire à leur répondre ; mais ma sœur vint à mon secours, et sa langue exercée ne me laissa en reste avec personne.
Je n'en fus pas quitte pom* les accolades des acteurs et des actrices. Il me fallut essuyer les civilités du décorateur, des violons, du souffleur, du moucheur et du sous-moucheur de chandelles, enfin de tous les valets de théâtre, qui sur le bruit àe mon arrivée accoururent pour me considérer. Il semblait que tous ces gens-là fussent des enfants trouvés qui n'avaient jamais vu de frère.
Cependant on commença la pièce. Alors quelques gentils- '