LIVRE VH, CUAP. X
Je ne me sentais pas la conscience assez nette pour être content de moi; aussi je me reprochai d'ayoir appuyé ('imposr ture de Laure. J'avais beau me dire^ pour n^'excuser^ que je n'avais pu honnêtement donner un démenti h une fille qui n'avait en vue que de me faire plaisir^ et qu'en quelque fayon
Il sait qv'il Cant d'abord être bien avec soi.
On peut tromper les grands, éblouir le Tnlgafre;^^
Mais à sa conscience 4)n ne pent se soustraire.
Soit donc qne le Cancer préside aux plus longs jours, Soit que le Capricorne ouvre aux nuits un long court) Le sage s'interroge : il observe en silence, Dans la juste rigneor de sa propre balaftoe^ SI de les actions l'équilibre est r^ljé, Si par aucun excès il n'est jamais trouble ; S'il a vers le bien seul dirigé ses études, Tourné ses sentiments, léchi ses habitudes; S'il n'a point pris \p change et couru trop souvent, |)e chimàro en chimère, après l'ombre et le vent. Pour peu que l'on s'oublie, aisément on s'égare, tx l'on prévient ses torts mieux qu'on se les répare ; C'est le soin dont surtout le sage est souçieu^. Jamais au doux sommeil il ne livre ses yeux, Qne, mettant devant lui son ftraé toute nuê, De sa journée entière il n'ait (hit la revue.
|i se dit à lui-même : c f h bien 1 ce jour de plus
> N*08t-il ^ mettre au rang que des jours superflus?
> Comment en ai-je usé? Qu'ai-je oublié de faire? » J'ai parlé : qu'ai-je dit qu'il aurait fallu taire 7
> Chez moi de quel travail ai-je cueilli le fruit ?
» Ou bien hors de chez moi quel motif m'a conduit? » Ai-je pris le parti qu'il fallait que je prisse? » Ai-je écouté plutôt l'orgueil on le caprioe 7 ^ Ou par légèreté me suis-je détourné
> Du but que la raison m'avait déterminé ?
> Si j'ai pu soulager le malheur, Tindigence,
> Ai-je à ce saiiu devoir mis de la négligence?
> Ai-je réglé mes vopux ? Ar-je osé préférer
> Ce qu'il eût été mieux de ne pas désirer ?
> Ai-je à mon intérêt sacripé ma gloire?
> Ai*je blessé quelqu'un ? Personne a-t-il pu croire
> Que mes dtscpurs, mon air, voulussent l'oflenser? » Ai-je d'aucun égard osé me dispenser ?
> Pourquoi surtout quitter, trop contraire à moi-m6me»
> La loi que je connais, et la vertu que j'<|ime, » Pour ipe livrer au vice à mon cœur étranger,
> Me repentir sans cesse et ne jamais changer? > Ainsi donc, actions, paroles et pensées»
Du matin jusqu'au soir sont toutes repassées; Ainsi le sage en tout se scrute, et n'omet rien Pour se purger du mal et s'anHuer au bien.
ie m'étais trouvé dans la nécessité de me rendre complice de la supercherie; peu satisfait de cette excuse, je répondais que je ne devais donc pas pousser les choses plus loin, et qu'il fallait que je fusse bien effî'onté pour vouloir demeurer auprès d'un seigneur dont je payais si mal la confiance. Enfin, après un sévère examen, je tombai d'accord avec moi-même, que si je n'étais pas un fripon, il ne s'en fallait guère.
De là passant aux conséquences, je me représentai que je jouais gros jeu, en trompant un homme de condition qui, pour mes péchés, peut-être, ne tarderait guère à découvrir la fourberie. Une si judicieuse réflexion jeta quelque terreur dans mon esprit ; mais des idées de plaisir et d'intérêt l'eurent bientôt dissipée. D'ailleurs, la prophétie de l'homme à i'élixir aurait suffi pour me rassurer. Je me livrai donc à des images tout agréables. Je me mis à faire des règles d'arithmétique, à compter en moi-même la sonune que feraient mes gages au bout de dix années de service. J'ajoutais à cela les gratifications que je recevrais de mon maître; et, les mesurant à son humeur libérale, ou plutôt à mes désirs, j'avais une intempérance d'imagination, si l'on peut parler ainsi, qui ne mettait point de bornes à ma fortune. Tant de bien peu à peu m'assoupit, et je m'endormis en bâtissant des châ teaux en Espagne.
Je me levai le lendemain sur les huit heures pour aller recevoir les ordres de mon patron; mais, comme j'ouvrais ma porte pour sortir, je fus tout étonné de le voir paraître devant moi en robe de chambre et en bonnet de nuit. 11 était tout seul. Gil Bias, me dit-il, hier au soir, en quittant votre sœur, je lui promis de passer chez elle ce matin ; mais une affaire de conséquence ne me permet pas de lui tenir parole. Allez lui témoigner de ma part que je suis bien mortifié de ce contre-temps, et assurez-la que je souperai encore aujoiu*d'hui avec elle. Ce n'est pas to\it, ajouta-t-il en me mettant • entre les mains une bourse, avec une petite boîte de chagrin enrichie de pierreries, portez-lui mon portrait, et gardez cette bourse où il y a cinquante pistoles que je vous donne pour marque de l'amitié que j'ai déjà pour vous. Je pris d'une main le portrait, et de l'autre la boiu-se que je méritais si peu. Je coums sm-le-champ chez Laure, en disant dans l'excès