‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 158 sur 296 · LIVRE' VII % GtiAP. XII · texte numérisé non relu

LIVRE' VII % GtiAP. XII

m'adressant la parole, n'admii*e«-vous pas les scrupules qu'il se fait? Vive Dieu ! c'est bien à la cour qu'il y faut regai-der de si près. Sons quelque vilaine foitne que la fortune s'y présente, en ne la laisse point échapper.

J'applaudis à ce que dit Pédrille; et nous haranguâmes si bien tous deux le capitaine, que nous le fîmes malgré lui devenir oncle de Sirend. Quand nous eûmes gagné cela sur son orgueil, ce qui ne nous fut pas aisé, nous nous mîmes tous trois à foire pour le ministre un nouveau placet, qui Ait revu, augmenté et corrigé. Je l'écrivis ensuite proprement^ et Pédrille le porta à TAragonaise qui, dès le soir mêmé^ en chargea le seigneur don Rodrigue , à qui elle parla de façon que ce secrétaire > la cioyant véritablement nièce du capitaine, prcHDit de s'employer poui* lui. Peu de jours après, nous vîmes Fefifet de cette manœuvre. Pédrille revint à notre hôtel d'un ahr triomphant. Bonne nouvelle! dit-il à Chinchilla. Le tfÀ fera mie distribution de commanderies, de bénéfices et de pensTons, où vous ne serez pas oublié; cfest de quoi je suis chargé de vous assurer. Mais j'ai ordre de vous demander en même temps quel présent vous prétendez faire à Sirena. Pour moi, je vous déclare que je ne veux rien; je préfère. à tout l'or du monde le plaisir d'avoir contribué à améliorer la forlune de mon ancien maître. Il n'en est pas de même de notre nymphe d'Albarazin : elle est un peu juive lorsqu'il s'agit d'obliger le prochain; elle a ce petit défaut-là, elle prendrait l'argent de son propre père; juger si elle refusera celui d'un oncle supposé!

Elle n'a qu'à dire ce qu'elle exige de moi, répondit don Annibal^ Si elle veut tous les ans le tiers de la pension que j'obtiendrai, je le lui promets^ et cela doit lui suffire, quAnd il s'agirait de tous les revenus de Sa Majesté Catholique, lé me fierais bien à votre parole, moi, r^liqua le Mercure de don Rodrigue; je sels bien qu'elle Taiit le jeu; mais vous avez affaire à une petite perstmne nficttirellemetit fort défiante. D'ailleurs, eUe aimera beaucoup tdeux que vous lui donniez, une fois pour toutes, les deux tierd d'avance en argent comp^ tant. Eh ! où diable veut-elie que }e les prenne? interrompit brusquement l'offider : me croit-elle un (xmtador mayor^ ?

* CStNiM^ mojfory gnûd trésorier.

Il faut que vous ne l'ayez pas instruite de ma situation. Pardonnez-moi, repartit Pédrille : elle sait bien que vous êtes plus gueux que Job ; après ce que \e lui ai dit, elle ne saurait l'ignorer. Mais ne vous mettez pas en peine ; je suis un homme fertile en expédients. Je connais un vieux coquin d'oydor qui se plait à prêter ses espèces à dix pour cent. Vous lui feres par-devant notaire un transport, avec garantie, de la première année de votre pension, pour pareille somme que vous reconnaîtrez avoir reçue de lui, et que vous toucherez en efiTet, à l'intérêt près. A l'égard de la garantie, le prêteur se contentera de votre château de Chinchilla tel qu'il est : vous n'aures point de dispute là-dessus.

Le capitaine protesta qu'il accepterait ces conditions, s'il était assez heureux pour avoir quelque part aux grâces qui seraient distribuées le lendemain. Ce qid ne manqua pas d'arriver. Il fut gratifié d'une pension de trois cents pistoles sur une commanderie. Aussitôt qu'il eut appris cette nouvelle, il donna toutes les sûretés qu'on exigea de lui, fit ses petites affaires, et s'en retouroa dans la Castillo nouvelle avec qudques pistoles de reste.

CRAP. xm. — Gil Bias reocontre 4 la cour sou cher ami Fabrice. Grande joie de part et d'aatre. Où ils allèrent loas dcax, et de la curieuse conversatioD qu'ils eurent ensemble.

Je m'étais fait une habitude d'aller tous les matins chez le roi, où je passais deux ou trois heures entières à voir entrer et sortir les grands, qui me paraissaient là sans cet éclat dont ils sont ailleurs environnés.

Un jour que je me promenais et me carrais dans les; appartements, y faisant, comme beaucoup d'autres, une assez sotte figure, j'aperçus Fabrice, que j'avais laissé à Valladolid, au service d'un administrateur d'hôpital. Ce qui m'étonna, c'est qu'il s'entretenait famiMèrement avec le duc de Medina Sidonia et le marquis de Sainte-Croix. Ces deux seigneurs, à ce qu'il me semblait , prenaient plaisir à l'entendre. Avec cela, il était vêtu aussi proprement qu'un noble cavalier.

Ne me tromperais-je point? disais-je en moi-même; est-ce bien là le fils du bai'bier Nunez? C'est peut-éti-e quelque jeune courtisan qui lui resseiPble. Je ne demeurai pas longtemps

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