‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 159 sur 296 · LIVRE VII, CHAJ». XIII. 4f · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAJ». XIII. 4f

dans le doute. Les seigneui-s s'en allèrent; j*abordai Fabrice. Il me reconnut dans le moment, me prit par la main; et, après m'avoir fait percer la foule avec lui pour sortir des appartements : Mon cher Gil Bias, me dit-il en m'embrassant, je suis ravi de te revoir. Que fais-tu à Madnd? es-tu encore en condition? as-tu quelque charge à la corn*? dans quel état sont tes affaires? Rends-moi compte de tout ce qui t'est aiTivé depuis ton départ précipité de Valladolid. Tu me demandes bien des choses à la fois, lui répondis-je ; et nous ne sommes pas dans un lieu propre à conter des aventures. Tu as raison, reprit-il ; nous serons mieux chez naoi. Viens, je vais t'y mener. Ce n'est pas loin d'id. Je suis libre, agréablement logé, parfaitement bien dans mes meubles; je vis content, et suis heureux, puisque je crois l'être.

Tacceptai le parti, et me laissai entraîner par Fabrice, qui me fit arrêter devant* une maison de belle apparence, où il me dit qu'il demeurait. Nous traversâmes une cour , où il y avait d'un côté un grand escalier qui conduisait à des appartements superbes; et de l'autre, une petite montée aussi obscure qu'étroite par où nous montâmes au logement qui m'avait été vanté. Il consistait en une seule chanobre, de laquelle mon ingénieux ami s'en était fait quatre séparées par des cloisons de sapin. La première servait d'antichambre à la seconde, où il couchait; il faisait son cabinet de la troisième, et sa cuisine de la dernière. La chambre et l'antichambre étaient tapissées de caries géographiques, de thèses de philosophie> et les meubles répondaient à la tapisserie. C'était un grand lit de brocart tout usé, de vieilles chaises de serge jaune, garnies d'une frange de soie de Grenade de la même couleur, une table à pieds dorés, couverte d'un cuir qui pai*aissait avoir été rouge, et bordée d'une crépine de faux or devenu noir par le laps de temps, avec une aimoire d'ébène ornée de figm*es grossièrement sculptées. Il avait pom* bureau, dans son cabinet, une petite table; et sa bibliothèque était composée de quelques livres, avec plusieurs liasses de papiers qu'on voyait sur des ais disposés par étages le long du mur. Sa cuisine, qui ne déparait pas le reste, contenait de la poterie et d'autres ustensiles nécessaires.

Fabrice, après m'avoir donné le loisir de considéi-cr son

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aj^ftrtemént^ tne dit : Que penses-tu dé mon ménage et de mon logement? n'eti es-tu pas enchanté? Oui^ ma fbi^ lui répondis-je en souriant. Il faut que tu ne fasses pas mal tes affaires à Madrid, pour y être si bien nippé. Tu as sans doute quelque commission? Le ciel m'en préserve! répliqua*t-il. Le parti que J'ai pris est au^essus de tous les emplois. Un hcH&me de distinction, à qui cet hôtel appartient, m'y a donné une chambre dont j'ai lait quatre pièces que j'ai meubla oomme tu vois. Je ne m'occupe que de chosei^ qui me fdnt pldisir, et je ne sens pas la nécessité. Parle-moi plus clairement, interrompis-je : tu irrites l'envie que j'ai d'aj^rendre ce que tu Ms. Eh bien ! me dit41, je tais te contenter. Je suis devenu auteur, je me suis jeté dans le bel espiit ; j'écris en vers et en prose ; je suis au p(Ml et à la plume.

Toi, &vori d'ApoÙon! m'écriai-je en riant : voilà ce que je n^aurais jamais deviné; je serais moins surpris de te voir tout autre chose. Quels charmes as-tu donc pu trouver dans la condition des poètes ? n me semble que ces gens-là sont méioses dans la vie civile, et qu'ils n'ont pas un ordinaire réglé. Eh fi ! s'écria-t-â à son tour. Tu me parles de ces nûsérablés auteurs dont les outrages sont le rdi>ut des librahres et de» comédiens^ Faut-il s'étonner si l'on n'estime pas de semblables écrivains? Mais les bons, mon ami, sont sur un meilleur pied dans le monde ; et je puis dire sans vanité que je suis du nombre de ceux-ci. Je n'en doute pas, lui dis-je : tu es uU garçon plein d'esprit, ce que tu composes ne doit pas être mauvais. Je Ue suis en peine que de savoir comment la rage d'écrire a pu te prendre; cela me paraît digne de ma curiosité.

Ton étonnement est juste> reprit Nunez. J'étais si content de mon état chez le seigneur Manuel Ordonnez, que je n'en souhaitais pas d'autre. Mais mon génie s'élevant peu à peu, comïne celui de Plante ^, au-dessus de la servitude, je comr posai une comédie que je lis représenter par des comédiens qui jouaient à Yalladolid. Quoiqu'elle ne valût pas le diable, die eut uU fort grand succès. Je jugeai par là que le public

' * Hnte» rainé pkr les frah qtie lai eoMaient les jeax scëniqaes, fut oblige', dit<m, de se vendre à un bonlanger et de travailler à tourner la mevle d'un moulin à bras : ron ne cottaaiisait pa> encore Its monttns à eau. Par le même besoin de vivre, Cléantlie, pliilosopbe grec, tirait de l'eau d'an puits.

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