‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 163 sur 296 · LIVRE vn, CHAI», xnr · texte numérisé non relu

LIVRE vn, CHAI», xnr

ikit changer de r^lution. le voudrai* déjà être auprès de lui. Tu y seras bientôt, reprlt-il, où je suis foi-t trompé. Nou» sortîmes en même temps tous deiix pour aller chea le comte, qui occupait la maison de don Saiiche d'Avila, son ami, qui était edôrs à la campagne.

Nods trouvâmes dans la cour je ne sais coml»en de pages et de laqu»s qui portaient une livrée aussi riche que galante, et dans Tantichambre plusieurs écuyers, gentilshommes et autres officiers. lis avaient tous dès habits magnifiques^ tilais avec cela des faces si baroques, que Je crus voir une troupe de singes vêtus à Tespagnole. 11 fout avouer qu'il y a des mines dlionmies et de femmes pour qui Tart ne peut rien.

On annonça don Fabricio, qui fut introduit un moment après dans la chambre^ où je le suivis. Le comte, ea robe de chambre, était assis sur un sofa, et prenait son diooolat. Nous le saluâmes avec toutes lès démonstratioiis d'un profond respect; et il nous fit de son côté une iiidination de tête, accompagnée de regards si gracieux^ que je me sentis d'abord gagner Vàme, Effet admirable, et pourtant ordinaire, que lait sur nous l'accueil favorable des grands ! Il faut qu'ils nous reçoivent bien mal, quand ils nous déplaisent.

Après avoir pris son chocolat, il s'amusa quelque temps à badiner avec un gros singe qu'il avait auprès de lui, et qu'il appelait Gupidon. Je ne sais pourquoi on avait dotmé le nom de ce dieu à cet animal, si ce n'est à cause qu'il en avait toutela malice; car il ne lui ressemblait nullement d'ailleurs. 11 ne laissait pas, tel qu'il était, de faire les délices de soa maître, qui était si charmé de ses gentillesses, qu'il le tenait sans cessé dans ses bras. Nunet et Inoi, quoique peu divertis des gambades du singe, nous fîmes scmoÂilant d'en être enchantée. Cela plut fort au Sicilien ^ qui suspendit le plaisir qoll prenait à ce passe-temps^ pour me dke : Mon ami, il ne tiendra qu'à vous d'être un de mes secretaires. $ le parti vous convient^ je vous donnerai deux cents (nstoles tous les ans. Il suffit que don Fabricio vous {Hrésente et réponde de vous. Oui, seigneur, s'écria Nunez, je suis plus lûtrdi que IHaton qui n'osait répondre d'un de ses amis qu'il envoyait à Denis le Tyran. Je ne ci'ains pas de m'attirer des reproches»

Je remerciai pai* une révérence le poète des Àsturies de sa

hardiesse obligeante. Puis^ m'adressant au patron, je l'assurai de mon zèle et de ma fidélité. Ce seigneur ne vit pas plutôt que sa proposition m'était agréable, qu'il fit appeler son intendant, à qui il parla tcNut bas; ensuite il me dit : Gil Bias, je vous apprendrai tantôt à quoi je prétends vous employer. Vous n'ayez en attendant qu'à suivre mon homme d'affaires; fli vient de recevoir des ordres qui vous regardent. l'obéis> laissant Fabrice avec le comte et Cupidon.

L'intendant, qui était un Messinois des plus fins, me coaduisit à son appartement en m'aecablant d'honnêtetés. Il envoya chercher le tailleur qui avait habillé toute la maison, et lui ordonna de me faire promptement un habit de la même magnificence que ceux des principaux officiers. Le tailleur prit ma mesure et se relira. Pour votre logement, me dit le Messinois, je sais une chambre qui vous conviendra. Ëh ! avezvous déjeuné? poursuivit-il. Je répondis que non. Ah! pauvre garçon que vous êtes, reprit-il, que ne parlez-vous? Vous êtes id dans ime maison où il n'y a qu'à dire ce qu'on souhaite pour l'avoir. Venez, je vais vous mener dans un endroit où, grâce au ciel, rien ne manque.

A ces mots, il me fit descendre à l'offîce, où nous trouvâmes le mcdtre d'hôtel, qui était un Napolitam qui valait bien un Messinois. On pouvait dire de lui et de l'intendant : Jean danse mieux que Pierre, Pierre danse mieux que Jean. Cet honnête maître d'hôtel était avec cinq ou six de ses amis qui s'empiffraient de jambons, de langues de bœuf et d'autres viandes salées qui les obligeaient à boire coup sur coup. Nous nous joignîmes à ces vivants, et les aidâmes à fesser les meilleurs vins de monsieur le comte. Pendant que ces choses se passaient à l'office, il s'en passait d'autres à la cuisine. Le cuisinier régalait aussi trois ou quatre bourgeois de sa connaissance qui n'épargnaient pas plus que nous le vin, et qui se remplissaient l'estomac de pâtés de lapins et de perdrix : il n'y avait pas jusqu'aux marmitons qui ne se donnassent au cœur joie de tout ce qu'ils pouvaient escamoter. Je me crus dans une maison abandonnée au pillage; cependant ce n'était rien que cela. Je ne voyais que des bagatelles, en compaiaison de ce que je ne voyais pas.

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