‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 162 sur 296 · LIVRE VII, CHAI». XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAI». XIV

pondit-il; ces viâages-là me sont inconnus* Mais, selon toutes les apparences 9 ce sont des politiques de cafés qui censui*ent le gouveniement. Considère ce gentil cavalier qui siffle en se promenant dans cette salle, et en se soutenant tantôt sur un pied et tantôt sur un autre. C'est don Augustin Moreto y un jeune poète qui n'est pas né sans talent, mais que les flatteurs et les ignorants ont rendu presque fou. L'honmieque tu vois qu'il aborde est tm de ses confrères qui fait de la prose rimée, et que Diane ^ a aussi frappé.

Encore des auteurs! s'écria-t-il en me montrant deux hommes d'épëe qui entraient. Il semble qu'ils se soient tous donné le mot pour venir ici passer en revue devant toi. Tu vois don Bernard Deslenguado^ et don Sébastien de Villa Yiciosa. i«e premier est un esprit plein d6 fiel, un auteur né sous l'étoile de Saturne , un auteur malfaisant qui se plaît à haïr tout le monde , et qui n'est aimé de perscmne. Pour don Sébastien, c'est un gai*çon de bonne foi, un auteur qui ne veut rien avoir sur la conscience. Il a depuis peu mis au théâtre une pièce qui a eu une réussite extraordinaire, et il la fait issyprimer pour n'abuser pas plus Icœgtemps de l'estime du public.

Le charitable élève de Googora se préparait à continuer de m'expliquer les figures du tableau changeant que nous avions devant les ^eux , lorsqu'un gentilhonune du duc de Medina Sidonia vint Tinterrompre en lui disant : Seigneur don Fabrido , je vous cherchais pour vous avertir que monsieur le duc voudrait bien vous parler. Il vous attend chez lui. Nunez, qui savait qu'on ne peut satisfaire assez tôt un grand seigneur qui souhaite quelque chose, me quitta dans le moment même pour aller trouver son Mecenas, me laisssmt fort étonné de l'avoir entendu^ traiter de don, et de le voir ainsi devenu noble, en dépit de maîti*e Chrysostome le barbier, son père.

CHAP. XIV. — Fabrice place Oil Bias auprès du conife Galiano, seigneur siciliep.

J'avais trop d'envie de revoir Fabrice^ pour n'être pas chez lui le lendemain de grand matin. Je donne le bonjour, dis-je en enti'ant, au seigneur don Fabrick), la fleur ou plutôt le

' Diane est ici pour la lune.

' UetUnguadOi qui donne carrière à sa Ungii«^ médisaiit, mil «mbotK;|ié*

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champignon de la noblesse asiurienne. A ces paroles^ U se mit à rire. Tu as donc remarqué, s'écria-t-il, qu'on m'a traite de don? Oui, mou gentilhomme, lui répondis-je; et vous me permettrez de vous dire qu'hier, en me contant votre métor morphose, vous oubliâtes le meilleur. D'accord, répUqua-tdU; mais en vérité, si j'ai pris ce titre d'honneur, c'est moins pour contenter ma vanité que pour m'accommoder à celle des au^^s. Tu connais les Espagnols : ils ne font aucun cas d'un honnête homme, s'il a le malheur de manquer de bien et de Qs^issimâB. Je te dirai de plus que je vois tant de gens, et Dieu sait qii(i|les ' sortes de gens, qui se font appeler don François, don Cj^bwl, don Pèdi'e, ou don conune tu voudras, qu'il faui conYeml* que la noblesse est une chose Men commune, et qn'm ter turier qui a du mérite lui fait honneur quand il veut bien 9'f agréger.

Mais changeons de matière, ajouta-t-il. Hier au 3olr, an souper du duc de Medina Sidonia, où, entre autres convives, était le comte Galiano> grand seigneur «uïilien, la conversa-r tion tomba sur Içs effets ridicules de Tamour-propre. Çharm^ d'avoir de quoi réjouir la compagnie làt^essus, je la régalai de l'histoire des homélies. Tu t'imagines bien qu'on en a ri, et qu'on en a donné de toutes les façons à ton archevêque; ce qui n'a pas produit un mauvais effet pour toi, car on t'a plaint ; et le comte Galiano, après m'avoir fait force questions sur ton ' chapitre, auxquelles tu peux croire que j'ai répondu comme il fallait, m'a chargé de te mener chez lui. J'allais te chercher tout à rheure pour t'y conduire. Il veut apparemment te pro* poser d'être un de ses secrétaires. Je ne te conseille pas de rejeter ce parii : tu seras parfaitement bien chez ce seigneur; il est riche, et fait à Madrid une dépense d'ambassadeur. On dit qu'il est venu à la cour pour conférer avec le duc de Lerme sur des biens royaux que ce ministre a dessein d'aliéner en Sicile. Enfin, le comte Galiano, quoique Sicilien, paraît généreux, plein de droiture et de franchise. Tu ne saurais mieux faire que de t'attacher à ce seigneur-là. C'est lui probablement qui doit t'enriçhir, suivant ce qu'on t'a prédit à Grenade.

J'avais résolu, dis-je à Nunez, de battre un peu le pavé et de me donner du bon temps avant de me remettre à servir; mais tu me parles du comte sicilien d'une manière qui me

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