LIVRE VU, CHAP. XV
Le Napolitain erirageait de me lencoDtrer partout; et ce qui le mortifiait crueUement^ c'étaient les contradictions qu'il avait à essuyer de, ma part toutes les fois qu'il s'agissait de me rendre ses comptes; car, pour mieux lui rogner les ongles, je me donnais la peine d'aller dans les marchés pom* savoii le prix des denrées. De sorte que je le voyais venir après cela, et, comme il ne manquait pas de vouloir (errer la tnule, je le relançais vigoureusement* J'étais bien persuadé qu'il me maudissait cent fois le jour; mais le sujet de ses malédictions m'empêchait de craindre qu'elles ne fussent exaucées. Je ne sais comment il pouvait résister à mes persécutions et ne pas quitter le service du seigneur sicilien. Sans doute que, malgré tout cela, il y trouvait son compte.
Fabrice, que je voyais de temps en temps, et à qui je contais toutes mes prouesses d'intendant, jusqu'alors inouïes, était plus disposé à blâmer ma conduite qu'à l'approuver. Dieu veuille, me dit-il un jour, qu'après tout ceci ton désintéressement soit bien récompensé ! Mais entre nous, si tu n'étais pas si roide avec le maître d'hôtel, je crois que tu n'en ferais pas plus mal. Eh quoi ! lui répondis-je, ce voleur mettra effrontément, dans un état de dépense, à dix pistoles un poisson qui ne lui ^n aura coûté qiie quatre, et tu veux que je lui passe cet article? Pourquoi non? répliqua-t-il froidement : il n'a qu'à te donner la moitié du surplus, et il fera les choses dans les règles. Sur ma foi, notre ami, continua-t-il en branlant la tête, pour un homme d'esprit, vous vous y prenez bien mal ; vous êtes un vrai gâte-maison, et vous avez bien la mine de servir longtemps, puisque vous n'écorchez pas l'anguille pendant que vous la tenez. Apprenez que la fortune ressemble à ces coquettes vives et légères qui échappent aux galants qui ne les brusquent pas.
Je ne fis que rire des discours de Nunez; il en rit lui-même à son tour, et voulut me persuader qu'il ne me les avait pas tenus sérieusement. Il avait honte de m'avoir donné inutilement un mauvais conseil. Je demeurai ferme dans la réso^ lution d'être toujours fidèle et zélé. Je ne me démentis point,; et j'ose dire qu'en quatre mois, par mon épargne, je fis profit à mon maître de trois mille ducats poui* le moins.
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An boot de ee tempi-la, ie repos qui renaît à FhMd M étrangemeiil troublé par qd accident qui ne pandtra qif une bagatelle an keteur, et qui derinl pourtant nne dioae finrt aérieuge pour les domestiquea et sortoot peur moi. CoiMdon^ ce snge dont j'ai parfé, cet animal si chéri dn patron, en Tonlanl on jour santer d'une fisnêtre à une autre, s'en acijn^i si mal, qu'il tmnba dans la cour et se démit une jambes. La comte ne sut pas sitdt ce malheur, qu'il poussa des cris oMnnia ime femme; et, dans Fexcès de sa douleur, s'en prenant à tons ses gens sans exceptioD, peu s'en fallut qu'il ne fît maisoli nette. 11 borna toutefms sa fureur à maudire notre né^igoice et à nous apostropher sans ménager les tarnes. D envoya diercher sur4e-ehanq> les chirurgiens de Madrid les f^us habiles pour les fractives et dislocations des os. Ils yisitèrenf la jambe du blessé, la lui remirent, et la bandèrent. Ma^ quoiqu'ils assurassent tous que ce n'était rien, cela n'empêcha pas que mcm maître ne retint un d'entre eux pour demeurer auprès de l'animal juscpi'à parfaite guérison.
J'aurais Usri de passer sous silence les peines et les inquiétudes qu'eut le seigneur sicilien pendant tout ce tempfr4à. Croira-t-on bien que le jour U ne quittait pmnt son cher Chhpidon? U était présent quand on le pansait, et la nuit 11 se levait deux ou trois fois pour le voir. Ce qu'il y ayait de j^us fâcheux, c'est qu'il fallait que tous les domestiques, et moi principsdement, nous fussions toujours sur pied pour être prêts à courir où Ton jugerait à propos de nous envoyer pour le service du singe. En un mot, nous n'eûmes aucun repos dans l'hôtel, jusqu'à ce que la maudite bête, ne se ressentant plus de sa diute, se remît à faire ses bonds et ses culbutes ordinaires. Après cela, refuserons-nous d'ajouter foi au rapport de Suétone , lorsqu'il dit que Caligula aimait tant son cheval, qu'il lui donna une maison ridiem^it meublée avec des officiers pour le servir, et qu'il en voulait même fsdre un consul? Mon patron n'était pas moins charmé de son singe; il en aurait volontiers fait un corridor.
Ce qu'il y eut de malheureux pour moi; c'est que j'avais