LIVRE Vît y CHAP« XVI
ttichéri sur tous les valets poiir mieux Mre ma edur au sew gneur^ et je m'étais donné de si grands mouvements pour son Gupidon^ que j'en tombai malade. La fièvre me prit violenvr ment^ et mon mal devint tel^ que je perdis toute connaissance. J'ignore ce qu'on fit de moi pendant quinze jours que je fus entre la vie et la mort. Je sais seulement que ma jeu^ nesse lutta si bien contre la fièvre^ et peut-être contre les re* mèdes H]u'on me donna , que je repris enfin mes sens. La premier usage que j'en fis fut de m'apercevdr que j'étais dans une auti'e chambre que la mtenne. Je voulus savoir jpoupquoi; je le demandai à une vieille femme qui me gardait, mais eUe me répondit qu'il ne fallait pas que je pariasse^ que le m^ein l'avait expressément défendu. Quand on se porte Men^ on se moque ordinairement de ces docteivs; est-on malade^ on se soumet docilement à leurs ordonnanis^.
Je pris donc le parti de me taire^ quelque envie que j'eusse de m'entretenir avec ma garde. Je faisais des réfl^diHis là^ dessus^ lorsqu'il entra deux manià*es de p^tits-maitres f(Ht lestes. Ils avaient des habits de velours 9 avec ^ très^beau linge garni de dentelles. Je m'imaginai que c'étaient des seigneurs Amis de mon maître^ lesquels, par considération pour lui, me venaient voir. Dans cette pensée, je fis un effort pour me mettre en mon séant, et j'ôtai par respect mon bonnet; mais ma garde me recoucha tout de mon long, en me disant que ces seigneurs étaient mon médecin et. mon apothicaire,.
Le docteur s'approcha de moi, me tâta le pouls, observa mon visage, et remarquant tous les signes d'une prochaine guérison, il prit uû air de triomphe, ccmune s'il y eût mis beaucoiq) du sien, et dit qu'il ne fallait plus qu'une médecine pour achever son ouvrage; qu'après cela il pourrait se vanter d'avoir fait une belle cure. Quand il eut parlé de cette sorte, il fit écrire par l'apothicaire une ordonnance qu'il lui dicta en se regardant dans un miroir, eia rajustant ses che^ veux, et en faisant des grimaces dont je ne pouvais m'empêcher de rire malgré l'état où j'étais. Ensuite il me salua de la tête fort cavaUèrement, et sortit plus occupé de sa figure que des drogues qu'il avait ordonnées.
Après son départ, l'apothicaire, qui n'était pas venu chez moi pour rien, se prépara, on juge biea à quoi foire^ Sdt qu'il
craignit que la vieille ne s'en acquittât pas adrotlement, soit' pour mieux faire valoir la marchandise, il voulut opérer luimême. Mais avec toute son adresse, je ne sais conunent cela se fit, l'opération fut à peine achevée, que, rendant à Toperant ce qu'il m'avait donné, je mis son h2d)it de velours dans un bel état. Il regarda cet accident conune un malheur attaché à la pharmacie. Il prit une serviette , s'essuya sans (Hre un mot, et s'en alla bien résolu de me faire payer le dégraisseur, à qui sans doute il fut obligé d'envoyer son habit.
Il revint le lendemain matin, vêtu plus modestement, qumqu'il n'eût rien à risquer ce jouiMà, m'apporter la m^edne que le docteur avait ordonnée la veille. Outre tpie je me sentais mieux de moment en moment, j'avais tant d'aversion, depuis le jour précédent, pour les médecins et les apotMcaires, que je maudissais jusqu'aux universités oii ces messieurs reçoivent le pouvoir de tuer les honunes impunément. Dans cette disposition, je déclarai en jurant que je ne voulais plus de l'emèdes, et que je donnais au diable Hippocrate et sa séquelle. L'apothicaire, qui ne se souciait nullement de ce que je ferais de sa composition, pourvu qu'elle lui fût payée, la laissa sur la table, et se retira sans me dire une syllabe.
Je fis sm*-le-champ jeter par les fenêtres cette chienne de médecine, contre laquelle je m'étais si fort prévenu, que j'aurais cru être empoisonné si je l'eusse avalée. A ce trait de désobéissance j'en ajoutai im autre ; je rompis le silence, et dis d'un ton ferme à ma garde que je prétendais absolument qu'elle m'apprît des nouvelles de mon maître. La vieille, qui appréhendait d'exciter en moi une émotion dangereuse en me satisfaisant, ou qui peut-être aussi ne m'obstinait que pour irriter mon mal, hésitait à me parler ; mais je la pressai si vivement de m'obéir, qu'elle me répondit enfin : Seigneur cavalier, vous n'avez plus d'autre maître que vous-même. Le comte Galiano s'en est retourné en Sicile.
Je ne pouvais croire ce que j'entendais; il n'y avait pourtant rien de plus véritable. Ce seigneur, dès le second joiu* de ma maladie, craignant que je ne moui'usse chez lui, avait eu la bonté de me faii'e transporter avec mes petits eflets dans une chambre garnie, où il m'avait abandonné sans façon à la Providence et aux soins d'une garde. Sui- ces entrefaites ,