‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 169 sur 296 · LIVRE Vil 9 CBAPi XVI · texte numérisé non relu

LIVRE Vil 9 CBAPi XVI

rânpter aiet M; cfti* m mofneàl a^^ je le vis arriver tout essoulQë. n me présenta son mémoire^ dtos lequel^ sous des noms ffcA m'ëtaiént inconnm^ quoi(]uë f eusse été médecin^ il avait écrit tous les prétendus remèdes qu'il m'avait fournis dans le temps que j*étais sans sentiment. On pouvait appeler ce mémoire-là de vraies parties d'apothicaire; aussi nous eûmes une dispute lorsqu'il fut question du paiement. Je prétendais qu'il rabattît la moitié de la somme qu'il demandait. 11 jura qu'il n'en rabattrait pas même une obole. Considérant toutefois qu'il avait afiaire à un jeune homme qui ^ dès ce jour-là^ pouvait s'éloigner de Madrid, il aima mieux se contenter de ce que je lui offrais, c'est-à-dire de trois fois au delà de ce que valaient ses drogues^ que de s'exposer à perdre tout. Je lui lâchai des espèces à mon grand regret, et il se retira bien vengé du petit chagrin que je lui avais causé le jour du lavement.

Le médecin parut presque aussitôt, car ces animaux-là sont toujours à la queue Tun de l'autre. J'escomptai ses visites, qui avaient été très-fréquentes, et je le renvoyai content. Mais avant que de me quitter, pour me prouver qu'il avait bien gagné son argent, il me détailla les inconvénients mortels qu'il avait prévenus dans ma maladie; ce qu'il fit en fort beaux termes et d'un aii* agréable, mais je n'y compris rien du tout. Lorsque je me fus défait de lui, je me crus débarrassé de tous les ministres des Parques. Je me trompais : il entra un chirurgien que je n'avais vu de ma vie. Il me salua fort civilement, et me témoigna de la joie de me voir échappé du danger que j'avais couru, ce qu'il attribuait, disait-il, à deux saignées abondantes qu'il m'avait faites et aux ventouses qu'il avait eu l'honneur de m'appliquer. Autre plume qu'on me tira de l'aile. Il me fallut aussi cracher au bassin du chirurgien. Après tant d'évacuations, ma bourse se trouva si débile, qu'on pouvait dire que c'était un corps confisqué, tant il y restait peu d'humide radical.

Je commençai à perdre courage en me voyant retombé dans une situation misérable. Je m'étais, chez mes derniers maîtres, trop affectionné aux commodités de la vie; je ne pouvais plus, comme autrefois, envisager Tindigçnce en philosophe cynique. J'avouerai pourtant que j'avais tort de me

laisser aller à la tristesse^ après avoir tant de fois éprouvé que la fortune ne m'avait pas plutôt renversé qu'elle me relevait; je n'aurais dû regarder Tétat fâcheux où j'étais que œmme une occasion procliaine de prospérité.

rUf DU LtYRB SEPTIEME

LIVKE VllI^ CQAP. I. 461

Page 1