‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 172 sur 296 · LIVRE Vni, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE Vni, CHAP. I

de vous le découvrir. Il y a vingt-six ans que j'aimais don Pèdre de Luna, votre père, qui était alors gouverneur de Sëgovie : vous devîntes le fruit de nos amours; il vous recon-' nut, vous fit élever avec soin, et, outre qu'il n'avait point d'autre enfant, vos bonnes qualités le déterminèrent à vous laisser du bien. De mon côté, je ne vous ai pas abandonné : sitôt que je vous ai vu entrer dans le monde, je tous ai attiré chez niol , pour vous inspirer ces manières polies qui sont si nécessaires à un galant homme, et que les femmes seules peuvent donner aux jeunes cavaUers. J'ai plus fait : j'ai employé tout mon crédit pour vous mettre chez le premier ministre. Enfin je me suis intéressée poiuf vous comme je le devais pour un fils. Après cet aveu, prenez vôtre parti. IS vous pouvez épurer vos sentiments et ne regarder en nioi qu'une mère , je ne vous bannis point de ma présence, et j'aurai pour vous toute la tendresse que j'ai eue jusqu'ici. Mais, si vous n'êtes pas capable de cet effort que la nature et la raison exigent de vous, fuyez dès ce moment, et me délivrez de l'horreur de vous voir.

Inésile paila de cette sorte. Pendant ce temps-là don Valerio gardait un morne silence : on eût dit qu'il rappelait sa vertu, et qu'il allait se vaincre hii-même. C'est à quoi il ne pensait nullement. Il méditait un autre dessein, et préparait à sa mère un spectacle bien différent. Ne pouvant se consoler de rpbstacle qui s'opposait à son bonheur, il céda lâchement à son désespoir. 11 tira son épée, et se l'enfonça dans le sein. Il se punit comme un autre Œdipe, avec cette différence que le Thébain s'aveugla de regret d'avoir consommé le crime, et qu'au cohtraii*e le Castillan se perça de douleur de lie le pouvoir conmiettre.

Le malheureux don Yalerio ne mourut pas sur-le-champ du coup qu'il s'était porté. Il eut le temps de se reconnaître et de demander pardon au ciel de s'être lui-même ôté la vie. Comme il laissa par sa mort un poste de secrétaire vacant chez le duc de Lerme, ce ministre, qui n'avait pas oublié ma relation d'incendie, non plus que l'éloge qu'on lui avait fait de moi, me choisit pour remplacer ce jeune homme.

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CHAP. n. •— Gil Bias est ptésèntô au dac de lerme, qai \é reçoit ao nombre de se» seerëteires; œ iriiiistre le fait travailler, et est ceoteet de son travail. .

€e fut Monteser qui m'annonça cette agréable nouvelle, ef me dit : Ami Gil Blaa, quoique je ne vous perde pas sans re^ gret, je vous aime trop pour n*être pas ravi que vous succédiû2 à don Yalerio. Vous ne manquerez pas de faire une belle fortune, pourvu que vous suiviez les deux conseils que j'ai à vous donner : le premier, c'est de paraître tellement attadié à S(m Excellence^ qu'elle ne doute pas que vous ne lui sqyÏBz entièrement dévoué; et le second, c'est de bien faire votre cour au seigneur don Rodrigue de Calderone : car cet hommelàmanie comme une cire molle Tesprit de son maître. Si vous avez le bonheur de vous acquérir la bienveillance de ce secrétaire favori , vous irez^ loin en peu de temps ; c'est une chose dont j'ose hardiment vous répondre. - Seigneur, dis-je à don Diègue après lui avoir rendu grâces de ses bons avis, apprenez-moi, s'il vous plaît, de quel caractère est don Rodrigue. J'en ai quelquefois entendu parler dans le monde. On me Ta peint comme un assez mauvais sujet; niais je me défie des portraits que le peuple fait des personnes qui sont en place ^ la cour, quoiqu'il en juge sainement quelquefois. Dites-moi donc, je vous prie, ce que vous pensez du seigneur Calderone. Vous me demandez une chose délicate, répondit le surintendant avec un souris malin. Je dirais à un autre que vous, sans hésiter, que c'est un trèshonnête gentilhomme, et qu'on n'en saurait dire que du bien; mais je veux avoir de la franchise avec vous. Outre que je vous crois un garçon fort discret, il me semble que je vous dois parler à cœur ouvert de don Rodrigue, puisque je vous ai conseillé de le bien ménager; autrement ce né serait vous obliger qu'à demi.

Vous saurez donc, poursuivit-il, que de simple domestique qu'il était de Son Excellence, lorsqu'elle ne portait encore que le nom de don François de Sandoval, il est parvenu par degi'és au poste de premier secrétaire. Oii n*a jamais vu d'homme plus fier, n ne répond guère aux politesses qu'on lui fait, à moins que de fortes raisons né l'y obligent. En un mot, il se regarde comme un collègue du duc de Lerme; et, dans le fond, on dirait qu'il partage avec lui l'autorité de premier ministre,

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