‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 180 sur 296 · LIVRE yiii| ouap. yi · texte numérisé non relu

LIVRE yiii| ouap. yi

ïùon impatience > comme si je n'eusse |laè été asset patient. Hélas! disalsrje, pourquoi faut^-il que j^aie hasardé cette mal» hmireuse fable qvà a déplu au ministre? Il était ^eut'-être sur le point de me tirer de mon état miséra])lep pet|t-ôtre même allais^je fati'e «tie de tés fortunes suMtes ifk étonnent tout le monde. Que de richesses, que d'honneurs m'échappent par mon étsurderie ! le devais bfen faire réâexioh qull y a des grands qui u'slimeut pas qu'on les prévienne^ et qui teuleait qu'on re$oiVe d'eut comme des grâces Jusqu'aux moindres choses qé'ils sont Obligés de donner^ Il eût mieuM vahi con^ iiûu&t ma diète «ans en rien témoigne!* au dim | Je devak même me laisser mourir de faim pour mettrei tout le tort dft son côté- ■■ ' ■

Quand j'fturâts encore consefté quelque espâ«ttôé^ mon maitrti, quô je vis l'api^s-dinéé^ më l'eût fait perdre entière^ menti II fut foH sérieux avec md> contre mu ordinaire, et U ne nie pailla {iôint dit tout, ce qui me dausa le ^est^ du jour une inqtiiétude mortelle. Je ne passai pas la nuit plus tran^ quillement : le regret de voir évanouir mes agréables illih sions , et la crainte d'augmenter le nombre des prisonniers d'État, ne me permirent que de soupirer et de Mre des lamentations.

Le jour suivant fut le joui* de Crise; Le duo me ût appeler le matin, l'entrai dans sa chambre, plus tremblant qu'un criminel qu'on va juget. Santillane> me dit-il en me montrant lui papier qull avait à la main, prends cette ordonnance... Je frémis à ce mot d'ordonnance, et dis en moi4nême : 0 ciel I voici le cardinal Spinosa, la voitui'e est priste potu* Ségovie. La frayeur qui me saisit dans ce moment fut telle, que j'in^ terrompis le mimàtrë > et, me jetant à ses pieds : Monsel^ gneur, lui dis^je tout en pleurs^ je supplie irès-humblement Votre Excellence de nié pardonner ma hardiesse ; c'est lanécessiié qui ni'a forcé de vous apprendre nia misère.

Le duc ne put s'éâipêchel' de rire du désordre 6ii il me voyait. GonsdleM-toi, Gil Bias 5 me répondit>-il, et m'écôutei Quoiqu'en me découvrant tes besoins, ce sOit me reprideher dé ne les avoir pas prévenus, je ne t'en sais point mauvais gré^ mon ami. Je me veux plutôt du mal à mcn-même de ne f avoi^ pas demanda ^mine tû vivais. Ilais^ pour commencer à lé*

parer cette faute d'attention, je te donne une ordonnance de quinze cents ducats^ qui te seront comptés à vue au trésor royal. Ce n'est pas tout^ je t'en promets autant chaque année ; et, de plus, quand des personnes riches et généreuses te prieront de leur rendre service, je ne te défends pas de me parler en leur faveur.

Dans le ravissement où me jetèrent ces paroles, je baisai les {ôeds du ministre, qui, m'ayant commandé de me relever, continua de s'enti'etenir familièrement avec moi. Je voulus de mon côté rappeler ma belle humeur, mais je ne pus passer si subitement de la douleur à la joie. Je demeurai aussi troublé qu'un malheureux qui entend crier grâce au moment qu'il croit recevoir le coup de la mort. Mon maître attribua toute mon agitation à la seule crainte de lui avoir déplu, quoique la peur d'une prison perpétuelle n'y eût pas moins de part. 11 m'avoua qu'il avait affecté de me paraître refroidi, poiu: voir si je serais bien sensible à ce changement ; qu'il jugeait par là de la vivacité de mon attachement à sa personne, et qu'il m'en aimait davantage.

CHAP. VII. — Du bon usage qu'il fit de ses quinze cents ducats; de la première aflaire dont il se mêla, et quel profil il lui en revint»

Le roi , comme s'il eût voulu servir mon impatience, retourna dès le lendemain à Madrid. Je volai d'abord au trésor royal, où je touchai sur-le-champ la somme contenue dans inon ordonnance. 11 est rare que la tète ne tourne pas à un giieux qui passe subitement de la misère à l'opulence. Je changeai tout à coup avec la fortune ; je n'écoutai plus que mon ambition et ma vanité ; j'abandonnai ma misérable chambre garnie aux secrétaires qui ne savaient pas encore la langue des oiseaux, et je louai pour la seconde fois mon bel appartement, qui par bonhem^ ne se trouva point occupé. J'envoyai chercher un fameux tailleur qui habillait presque tous les petits-maîtres. Il prit ma mesure, et me mena chez un mar^ chand où il leva cinq amies de drap qu'il fallait, disait-il, pour me faire un habit. Cinq aunes pour un habit à l'espagnole ! juste del!... Mais n'épiloguons pas là-dessus; les taiUem-s qui sont en réputation en prennent toujours plus que les auti^es. J'achetai ensuite du linge dont j'avais grand besohi , des bas de soie, avec un castor bordé d'un point d'Espagne.

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