LIVRE VIII, CHAP. VI. 4iSi
ceux-ci, et je vous répélerai mot pour mot ce que je leur aurai entendu dire.
Le vizir y consentit. Le Cacherairien s'approclia des corbeaux, et parut leur prêter une oreille attentive. Après quoi, revenant à son maître : Seigneur, lui dit-il, le croiriez-vous? nous faisons le sujet de leur conversation. Cela n'est pas possible, s'écria le ministre persan. Eh ! que disent-ils de nous? Un des deux, reprit le secrétaire, a dit : Le voilà lul->méme, ce grand vizir Atalmuc, cet aigle tutélaire qui couvre de ses ailes la Perse comme son nid, et qui veille sans cesse à sa conservation! Pour se délasser de ses pénibles travaux, il tabasse dans ce bois avec son fidèle Zéaiigû*. Que ce secrétaire est heureux de servir un maître qui a mille bontés pour lui! Doucement, a interrompu l'autre corbeau, doucement, ne vantez pas tant le bonheur de ce Cachemirien! Atalmuc, il est vrai, s'entretient avec lui familièrement, l'honore de sa confiance, et je ne doute pas même qu'il n'ait dessein de lui donner quelque jour un emploi considérable, mais avant ce temps-là, Zéangir mourra de faim. Ce pauvre diable est logé dans une petite chambre garnie, où il manque des choses les plus nécessaires. En un mot, il mène une vie misérable, sans que personne s'en aperçoive. à la cour. Le grand vizir ne s'avise pas de s'itiform^r s'il est bien ou mal dans ses affaires; et, content d'avoir poiu* lui de bons sentiments, il le laisse en proie à la pauvreté*.
Je cessai de parler en cet endroit pour voir venir le duc de Lerme, qui me demanda en souriant quelle impression cet apologue avait faite sur l'esprit d' Atalmuc, et si ce grand \izir ne s'était point offensé de la hardiesse de son secrétaire. Non, monseigneur, lui répondis-je, un peu troublé de sa question ; la fable dit au contraire qu'il le combla de bienfaits. Cela est heureux, reprit le duc d'un air sérieux ; il y a des ministres qui ne trouveraient pas bon qu'on leur fit des leçons. Mm,
* <iette ëreditioii dans les fables orientales ne doit pu étonner. Le Sage avait ëtc à la sonrce de la science dans ce genre asaes pea cemman. Son ami Peiis de Lacroix, interprète des langues, et craignant de ne pas bien écrire dans la sienne, emprunta en 1716 la plume de Le Sage, pour corriger le style de sa traduction des MilU tt un Jour$. < Le Sage profita des richesses qui Ini furent confiées, et ironva bfenl^ l'oc» « casion de mettre sur la scène plusieurs eontes persans t Arù^n, ro» de Sérendib^- > en 1713, etc. » {Biographie univênelUf article de Lx Sa«e, par M. Àadiffret)
sgouta-t-4l en rompant l'entretien et en se levant, je crois qoû le roi ne tardera guère à se réveiller, mon (J^YOJr m'appeUe auprès de lui. A ces mots, il marcha vers le palais à graiids pas^ sans me parler davantage, et très-mal alfecté, à pç qui! me semblait, de ma fable indienne.
Je le suivis jusqu'à la porte de la chambre de Ba Hbjje^té, i^rès quoi j'allai remettre les papiers dmX j'ét^ isharg^ à l'endroit où je les avais pris. J'entrai dan^ un cabinet Q^ tu^ deux secrétaires popistes travaillaient, car ils étaient ^i^d^ voyage. Qu'avez-vous, seigneur de SanttUane? dii^tr^s eu me voyant; vous êtes Imcq ému! Vous serait-il ^rmé iqn^q^e désagréable accident?
J'étais trop plein du mauvais succès da raojEk a^)ogH#, popr leur cacher ma douleur. Je leur fis le réicit des chp^ fua jlayais dites au dUiC> et ils se montrèrent sensibles h 1# vi¥^ afQiction dont je leur parus sai^. Vous av^f ^^t d'être qb^ grin, me dit l'un des ài^ux, Monsi^neur, qmelqib^fgis, pr^d les choses de t^uvers. Cela n'est que trop vrai, di^ l'isu^re, Puissies-vouB être mieux traité que ne te fut un seçr(^taire4u durdinal SpinoaaM Ge secrétaire, laa de m rien receveur i^r piiis quinze mois qu'il ^it oeci^ P^ SQ9i Êmn&çm, pj^jb ml jdur la liberté de lui représenter ses besoins, ^ d^ ^r mander quelque argent ponr vivre. 11 est justes, h^i 4Û k qû-t' oistre, que voua soyez payé, Tenez^ poursuivitril en lui i^ettai^t entre les mains une ordonnance de mille dueats, SLÙe^ tQpc^r cette sonmie au trésor royal, mais sçuvene^yous en fpêipe temps que je vous remercie de vos ^rvi/çes. Le secrëtai^'e se serait cm^oi^ d'être congédijé, s'il eût reçu se^ mille du£^ts et qu'on l'eût laissé chercher de l'emploi aillei^s; maiç en sortant de che^i le cardinjBtl il fut arrêté par un alguazil e^ cqj;^^ duit à la jtour de Ségevifi* m U a été Ipngteipps prisoni^iBr,
Ge tr^t historiqu^ re^oubk ma f^aye^r. Je me crus perdu; et^ ne pQuv$mt m'en cqq^oI^, je commençai à me repr^l^
* Le cardinal d'Espiaoaa, mon C0 1573, avait Hé loogteipps le pr^ncip») aifDistre du fameui( Philippe U, U démo» du Midi, qm l'fiitijjBa il beaucoup, el qui Teo^l^j^i^ MBS raimec
€« cardioal fiit U TicUnae d'une catalep«^ danv laquelle il passa pour qiort. Ua •hirurgieD fut chargé d'ouTrir aoB eorpa pour rauhaiimer. Le cardinal poussa un cri» eftikorta la naia au aoalpel i(|ui m te readail à la vie que pour la lui ô4^r d'unie ma^nièce iplnà affreMW.