‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 183 sur 296 · LIVRE VUI^ CUAP. VUl · texte numérisé non relu

LIVRE VUI^ CUAP. VUl

Non^ naii^ reprit brusquement* le jaloux; je ne suis que trop assure de votre tra^son. Les personnes qui m'en ont averti sont dignes de foi. Don Huberto... Ah! seigneur^ inter» rompit-elle avec précipitation, vous devez vous défier de don Huberto. 11 est moins votre ami que vous ne pensez. S'il vous a dit quelque chose au désavantage de ma Vjertu^ ne le croyez pas. Taisez-vous, infâme que vous êtes! réphqua don Anatasio. En voulant me prévenir conti-e Hordalès, vous justifiez mes soupçons au lieu de les dissiper. Vous tâchez de me rendre ce, parent suspect, parce qu'il est instruit de votre mauvaise conduite. Vous voudriez bien afiaiblir son témoignage; mais cet artifice est inutile , et redouble l'envie que j'ai de vous punir. Mon cher époux, reprit l'innocente Ëstéphanie en pleurant amèrement, craignez votre aveugle colère. Si vous en suivez les mouvements, vous commettrez une action dont vous ne pourrez vous consoler quand vous en aurez reconnu l'injustice. Au nom de Dieu, calmez vos transports! Donnez-vous du moins le temps d'éclaircii* vos soupçons; \ uus rendrez plus de justice à une femme qui n'a rien à se leprocher.

Tout autre que don Anastasio aui-ait été touché de ces paroles, et encore plus de l'arfliction de la personne qui venait de les prononcer ; mais le cruel, loin d'en paraître attendri^ dit à la dame, une seconde fois, de se recommander pix)mptement à Dieu, et leva même le bras pour la frapper : Arrête, barbare ! lui ci'ia-t-elle. Si l'amour que tu as eu pour moi est entièrement éteint, si les marques de tendresse que je t'ai prodiguées sont effacées de ton souvenir, si mes larmes ne sauraient te détoiu*ner de ton exécrable dessein, respecte ton propre sang; n'aime pas ta main furieuse contre un innocent qui n'a point encore vu la lumière ! Tu ne peux devenu* son bourreau sans offenser le ciel et la terre. Pom* moi, je le pardonne ma mort; mais, n'en doute pas, la sienne demandera justice d'un si hcnrible forfait!

Quelque déterminé que fût don Anastasio à ne faire aucune attention à ce que pourrait lui dire Ëstéphanie , il ne laissa pas d'être ému des images affreuses que ces derniers mots présentèrent a son esprit. Aussi, conuue s'il eût craint que son émotion ne U'ahit son ressentiment, il se hâta de profiter

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de là fîfreiir qui hn restait, et plongea smi poignard dan* le (ËÔté drdit de sa fenime. Elle tomba dans le moment. E k trùi morte ; fl sœUt aosiôtAI de sa maison, et £spanit d'Ain tequerre.

Cependant cette épouse infortanée fîit û ëtoordie dti Mip qu'elle aTaît reçu, qu'elle demeura quelques instants à terre eonmie une personne sans Tie. Ensuite, reprenant ses esprits^ elle fit des plaintes et des lamentations qui attirèrent anptès d'elle une vieille femme qui la serrait. Dès que ci<tte hoiniie TÎeille yit sa nudtfesse dans un si pitoyable ébd, elte pou^ des cris qui disâpètent le sommeil des auti-es doniestiqUeil, et même des plus proches Yoisins. La chambre fut bientAt remplie de inonde. On appela des chirurgiens. Ils Yisitèreiii la plaie, et n'en eUretit pas mauvaise opinion. Ils ne se trom* pèrent point dàn$ leur Conjecture; ib guérirent tnêine en assez peu de temps Estéphanie, qui accoucha fort heureusement d'un fils trois inois après cette crueUe aventure; et c'est ce fils, seigneur Gil Bias, que vous voyes en moi; je sub le Iruit de ce triste enfantement.

Quoique la médisance n'épargne guère la vertu des femmes, elle respecta pourtant ceUe de ma mère; et celte scène sanglante ne passa dans la ville que pour le transport d'un mari jaloux. 11 est vrai que mon père y était connu pour un honune violent et fort sujet à prendre trop facilement ombrage. Hordalès jugea bien que sa parente le soupçonnait d'avoir troublé par des fables l'esprit de don Ânastasio; et, satisfait de s'être du moins à demi vengé d'elle, il cessa de là voir. De peur d'ennuyer Votre Seigneurie, je ne m'étendrai pohlt sur l'éducation qu'on m'a donnée. Je dirai seulement que ma mère s'est principalement attachée à me faire apprendre l'escrime, et que j'ai longtemps fait des armes dans les plus célèbres salles de Grenade et dé Séyille. Elle attendait ave6 impatience que je fusse en âge de mesurer mon épée à celle de don Huberlo, pour m'instruii'è du sujet qu'elle avait de se plaindre de lui ; et , me voyant enfin datis ina dix-huitième année, elle m'en fit confidence, non sans répandre des pleurs abondanunent^ ni paraître saisie d'une vive douleur. Quelle impression ne fait pas une mère en cet état sur un fils qui a du courage et du sentiment ! J'allai sur-le-champ trouver

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