‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 184 sur 296 · LIVRE Vltl, cnAt>. Yltl · texte numérisé non relu

LIVRE Vltl, cnAt>. Yltl

Uordalès; je l'attirai dans un endroit écarté , eu, après un assez long combat, je le perçjBii de trois coups d-^pée, et le jetai sur le carreau ^

Don HubeHo, se sentant mortellement blessé, attacha sur moi ses derniers regards, ^t me dit cpx'il recevait la mort que je lui donnais comme unei juste punition du crime qu'il avait conwis contre Thonneur lie ma mère, Il confessa que c'était pour 68 vengev de ses rigueurs qu'il s'était résolu à la perdre, Pui$ il expira en demandai pardon de sa £aute au del, à don Ànastasio, à Estépbanie et à moi. Je ne jugeai point à pro* po9 à» retourner au logis pour in&^nev ma mère de cet événement; j'en laissai le soin à la renommée. Je passai les Qioiït^^eSy et me rendis à la ville de Malaga, où je m^em^ È^uv|ual avec un a^imiav^ qui sortit du port pour allep en course. J0 n^ lui parus pus nu^quer d>e (Coeur; il consentit vi^nti«i:ii que je me Joignisse aux enCiin^s de bonne vcdonté qu'il i^yài^ sur sçn bord.

Nou$ %it topâmes guère à trouver nrm occasion de nous signalei?. f^m rencoutràipes^ aux environ^ de, l'Ile d'Albouran', un Q(»rs^e de IteUlla?, qui r^urnait vers les cdtes d'Aûique avei; uu bornent espagnol qu'il avait pris à la hauteur de Carthàgèiae^>^t qui ét^jt richement chargé. Nous attaquâmes vivement l'il^friieain) et nous nous rendimes maîtres de ses deux vei9seftux> où il y avait quatre-vingts ehrétiens qu'il

' Une «y^ea^vre de ce genre s'est pawée k PariSj et dans vne fomille iUuttre. Une fep^me de qualité, dopt le mari avait été tué par un prince brutal^ restée veave avec deux garçons, éleva ces enfants dans le dessein de se venger. Elle leur fit apprendre avec soin l'art de faire des armes ; et, quand ils eurent l'âge et la 4oto& convenable, eUe leur présenta la ckemise sanglante de leur inalbeureai^ père : le lendemaiii niatin le prince bomba sous leurs coups, et le roi leur fit grâce. Ce tait est bien connu ; Le Sage ne l'a point puisé dans une anecdote espagnole. Mais que I4 scène soit en Espagne ou en France, de telles aventures ne peuvent avoir lieu que là où il n'y a aucune espèce de justice. Quçis pays, en effet, que ceux où il laot que des fils se fassent spadassins punr tiuer à lenr tour l'assassin 40 leur père ! Ainsi le meorti». est donc impuni d'un côté, pour être autorisé de l'antre 1 On dit donc ^nune dans UCids

Ce n'ert que dans le sang qu'on lave un tel outrage : Meurs, ott toe....»

' Petite Ile dans ta Méditerranée, sur les côtes du royaume de Fes. } jM^iU, peti^ ville du n^ëme royaume.

* C^jrtbjSgéne, ou la Nouvelie-Carthage, ville du royaume de Horcie, sur les fiôtes dé la Méditerranée.

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emmenait esclavefe en Barbarie. Alors, profitant d'un vent qui s'éleva, et cpii nous était favorable pour gagner la côte de Grenade, nous arrivâmes en peu de temps à Punta de Helena.

Comme nous demandions aux esclaves que nous avions délivrés de quel endroit ils étaient , je fis cette question à un homme de très-bonne mine, et qui pouvait bien avoir cinquante ans. il me répondit en soupirant qu'il était d'Antequerre. Je me sentis ému de sa réponse sans savoir pourquoi; et mon émotion, dont il s'aperçut, excita en lui un trouble que je remarquai. Je suis, lui dis-je, votre concitoyen. Peut- : on vous demander le nom de votre famille? Hélas! niê ré- ; pcmdit-il, vous renouvelez ma douleur en exigeant de moi que je satisfasse votre curiosité. Il y a dix-huit années que j'ai quitté le séjour d'Anlequerre, où l'on ne doit se souvenir de moi qu'avec horreur. Vous n'avez peut-être vous-même que trop entendu parler de moi ': je me nomme don Anastasio de Rada. Juste ciel! m'écriai-je, dois-je croire ce que j'entends? Quoi! vous seriez don Anastasio? serait-ce mon père que je verrais? Que dites-vous, jeune homme? s'écriat-il à son tour, en me considérant avec surprise. Serait-U bien possible que vous fussiez cet enfant malheureux-qui était encore dans les flancs de sa mère q[uand je la sacrifiai à ma furem? Oui, mon père, lui dis-je ; c'est moi que la vertueuse Estéphanie a mis au monde trois mois après la nuit funeste où vous la laissâtes noyée dans son sang.

Don Anastasio n'attendit pas que j'eusse achevé ces paroles pour se jeter à mon cou. 11 me serra entre ses bras, et nous ne fîmes pendant un quart d'heure que confondre nos soupirs et nos larmes. Après nous être abandonnés aux tendres mouvements qu'une pareille reconnaissance ne pouvait manquer d'exciter en nous, mon père leva les yeux au ciel, pour le remercier d'avoir sauvé la vie à Estéphanie ; mais un moment après, comme s'il eût craint de lui rendre grâces mal à propos, il m'adressa la parole, et me demanda de quelle manière on avait reconnu Tinnocence de sa fenune. Seigneur, lui répondis-je, personne que vous n'en a jamais douté. La conduite de votre épouse a toujours été sans reproche. 11 faut que je vous désabuse. Sachez que c'est don Huberto qui vous a trompé. En même temps je lui contai toute la perfidie de ce parent.

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qnello vengeance j*en avais lii'ée, et ce qu'il m'avait avoué en mourant.

Mon père fut moins sensible au plaisir d'avoir recouvré sa liberté qu'à celui d'entendre les nouvelles qu3 je lui annonçais. 11 recommença, dans l'excès de la joie qui le transportait, à m'embrasser tendrement. Il ne pouvait se lasser de me témoigner combien il était content de moi. Allons, mon fils, me dit-il, prenons vite le chemin d'Antequerre ! Je brûle d'impatience de me jçter aux pieds d'une épouse que j'ai si indignement traitée. Depuis que vous m'avez fait connaître mon injustice, j'ai des remords qui me déchirent le cœur.

J'avais trop d'envie de rassembler ces deux personnes qui m'étaient si chères, pour en retarder le dpux moment. Je quittai l'armateur ; et, de l'argent que je reçus pour ma part de la prise que nous avions faite, j'achetai à Adra deux mules, mon père ne voulant plus s'exposer aux périls de la mer. U eut tout le loisir sur la route de me raconter ses aventures, que j'écoutai avec cette avide attention que prêta le prince d'Ithaque au récit de celles du roi son père. Enfin, après plusieurs journées, nous nous rendîmes au bas de la montagne la plus voisine d'Antequerre, et nous fîmes halte en cet endroit. Comme nous voulions arriver secrètement au logis, nous n'entrâmes dans la ville qu'au milieu de la nuit.

Je vous laisse à imaginer la surprise où fut ma mère de revoir un mari qu'elle croyait avoir perdu pour jamais ; et la manière, pour ainsi dire, miraculeuse dont il lui était rendu devenait encore pour elle un autre sujet d'étonnement. Il lui demanda pardon de sa barbarie avec des marques si vives de repentir, qu'elle ne put se défendre d'en être touchée. Au lieu de le regarder comme un assassin, elle ne vit plus en lui qu'un homme à qui le ciel l'avait soumise, tant le nom d'époux est sacré pour une fenune qui a de la vertu ! Estéphanie avait été si en peine de moi, qu'elle fut charmée de mon retour. Elle n'en ressentit pas toutefois une joie pure. Une sœur de Hordalès procédait criminellement contre le meurtrier de son frère; elle me faisait chercher partout; de sorte que ma mère, ne me voyant pas en sûreté dans notre maison, n'était pas sans inquiétude. Cela m'obligea dès celte nuit-là même de partir pour la cour, où je viens, seigneur, solliciter ma

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grâce ^ que j'espère obtenir, puisque vous voulez bien parler en ma faveur au premier ministre^ et m'appuyer de tout votre cr^t.

Lfr vaillant fils de don Ànastasio finit là son réelt ; ajHrès quoi Je lui dis d'un air important : C'est assea , seigneur don Roger; le cas me paraît graciable. le me charge de détailler votre affaire à Son Excellence , dont j'ose vous promettre la protection. Le Grenadin, sur cela, se répandit en remerdments qui ne m'auraient fait qu'entrer par une oreille et sortir par l'autre, s'il ne m'eût assuré que sa reconnaissance suivrait de près le service que je lui rendrais. Mais, d'abord qu'il eut touché cette corde-là , je me mis en mouvement. Dès le jour même je contai cette histoire au duc, qui, m'ayant permis de lui présenter le cavalier, lui dit : Don Roger, je suis instruit de l'affaire d'honneur qui vous a fait venir à la cour; Santillane m'en a dit toutes les circonstances. A^ez l'esprit tranquille : vous n'avez rien fait qui ne soit excusable; et c'est particulièrement aux gentilshommes qui vengent leur honneur offensé que Sa Majesté aime à faire grâce. Il faut, pour la forme, vous mettre en prison; mais soyez assuré que vous n*y deineurerez pas longtemps. Vous avez dans Santillane un bon £uni qui se chargera du reste; il hâtera votre élargissement.

Don Roger fit une profonde révérence au ministre, sur la parole duquel il alla se constituer prisonnier. Ses lettres de grâce furent bientôt expédiées par mes soins. En moins de dix jours j'envoyai ce nouveau Télémaque rejoindre son Ulysse et sa Pénélope; au lieu que, s'il n'eût pas eu de protecteur et d'argent, il n'en aurait peut-être pas été quitte pour une année de prison. Je ne tirai pourtant de ce service rendu que cent pistoles. Ce n'était point là un grand coup de filet ; mais je n'étais pas encore un Calderone pour mépriser les petits.

CHAF* I^* — P^' quels moyens Gi^ Bias lî^ en peu de temps une forluue considérable, et des grands airs (jif'ii se donna.

CettQ affaire me mit en goût, et dix pistoles que je donnai à Scipion pour son droit de courtage, l'encom^gèrent à faire de nouvelles recherches. J'ai déjà vanté ses talents là- dessus; on aimdt pu l'appeler à juste titre le grand Scipion. 11 m'amena

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