‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 19 sur 296 · LIVRE I, CHAP. XI. 4S · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XI. 4S

vouloir s*iinmoler à mon bonheur, moins je me sentais disposée à y consentir. Lorsqu'il me vit ferme dans la résolution de ]e suivre, il changea tout à coup de ton; et prenant un air plus content : Madame, me dit-il, est-il possible que vous soyez dans les sentiments où vous paraissez être? Ah! puisque vous m'aimez encore assez pour préférer ma misère à la prospérité où vous vous trouvez, allons donc demeurer à 6etancos, dans le fond du royaume de Galice. J'ai là une retraite assurée. Si mes disgrâces m'ont ôté tous mes biens, elles ne m'ont point fait perdre tous mes amis; il m'en reste encore de fidèles, et qui m'ont mis en état de vous enlever. J'ai fait faire un carrosse à Zamora par leur secours; j'ai acheté des mules et des chevaux, et je suis accompagné de trois Galiciens des plus résolus ^. Ils sont armés de carabines et de pistolets, et ils attendent mes ordres dans le village de Rodillas. Profitons, ajbuta-t-il, de l'absence de don Ambrosio. Je vais faire venir le carrosse jusqu'à la porte de ce château, et nous partirons dans le moment. J'y consentis. Don Alvar vola vers Rodillas, et revint en peu de temps, avec ses trois cavaliers, m'enlever au milieu de mes femmes, qui, ne sachant que penser de cet enlèvement, se sauvèrent foii effrayées. Inès seule était au fait; mais elle refusa de lier son sort au mien, parce qu'elle aimait un valet de chambre de don Ambrosio : ce qui prouve bien que l'attachement de nos plus zélés domestiques n'est point à l'épreuve de l'amour.

Je montai donc en carrosse avec don Alvar, n'emportant que nies habits et quelques pierreries que j'avais avant mon second mariage; car je ne voulus rien prendre de tout ce que le marquis m'avait donné en m'épousant. Nous prîmes la route du royaume de Galice, sans savoir si nous serions assez heu-

' Les proYinces d'Ecpagoe ont tontes été dei royaumes qui ont Hé en gaerrê les uns contre les antres. Il en est résulté des épitbètes triviales et des sobriquets populaires que la -vieille prévention des sujets d'un de ces royaumes donnait à leurs voisins, et réciproquement. On sait alors ce qu'on entend par un Galicien, un Biscayen, an Catalan, etc.; comme nous avons en en France, dans les temps des grands Gefs, des appellations de Champenois, de Gascon, de Normand, etc., qui n'étaient rien moins que flatteuses, et qui sont restées dans la langue, si bien que La Fontaine a l'air de commencer bonnement une de ses fables par ce vers doublement malin <

Certain renard gascon, d'autres disent normand.

(Litre m, fable xi.)

reux pour y arriver. Nous avions sujet de craindre que don Ambrosio^ à son retour^ ne se mît sur nos traces avec un grand nombre de personnes, et ne nous joignît. Cependant nous marchâmes pendant deux jours sans voir paraître à nos trousses aucun cavalier. Nous espérions que la troisième journée se passerait de même^ et déjà nous nous enti^tenions fort tran*quillement. Don Alvar me contait la triste aventure qtii avait donné lieu au bruit de sa tnort^ et comment, après cinq années d'iBsclavage, il avait recouvré la liberté, quand nous rencontrâmes hier, sur le chemin de Léon, les voleurs avec qui vous étiez. C'est lui qu'ils ont tué avec tous ses gens^ et c'est lui qui fait couler les pleurs que vous ihe voye2 répandis en ce moment.

CQAP. Jlh — De quelle manière désagréable Gii Bla9 et U dame TureDt interrompus.

Dona Mencia fondit en larmes après avoir achevé ce i'écit. Bien loin d'entreprendre de la cohsdlër par des discours dans le goût dé Sénèque, je la laissai donner un libre cours à ses soupirs; je pleurai même aussi, tant il est Naturel de s'intéresser pour les malheureux, et pâtlièuliët^rnent polir uhfe belle personne affligée. J'allais lui demander qiiel parti elle voulait prendre dans la conjoncture où élîfe se trouvait, et peut-être allait-elle me consulter là-dessus, si notre ëoiitersàtioil n'eût pas été interrompue : mais^^tloUS entendîmes dailS l'hôtellerie un grand bruit, qui, malgré nous, attira notre attention. Ce bruit était causé par l'arrivée du corrégldoT, siiiVi de deux alguatils ^ et de plusieurs archers. Ill; vinrent dans là chambre où nous étions. Un jeune cavalier, qui les âccompagtlait, s'approcha de moi le premier, et se mit à regarder de près mon habit. U n'eut pas besoin de rexamîtterlohgtemps. Par saint Jacques, s'écria-t-il , voilà mon pourpoint ! c'est lui-même; il n'est pas plus difficile à reconnaître que mon cheval. Vous

■ Alguaiil i é*èài tin buiésiér exécuteur éa ordres du corrëgidor, uae manière d'exempt.

ir, 0. Cette nbtè est de ié S&^. Aj8utbnâ-t) i' 4»'eû espiigiibl une gtosse afafgbée (fui pr«fld \ei mouches dans srf tôflë s'àppèllë ext>resâëmènt Val^uaïil de ihoicai, l'algoazil dèi Mèiifehès; 9* i\ti'ëii Elpagtîe \i bliargé tfë grdnë atgdaKit est ùiië dignité'. les plus grands seigneurs s'hoporaient d'être les familier^ (ou espions) du saintoffice. Voyez aussi la not&fi^i esl çi-AprèSi à la fin du ciiapitre i*' du livre UL

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