‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 192 sur 296 · LIVRE VIU; GjOAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE VIU; GjOAP. XI

pos de nous en servir, nous attende à minuit aux envii'ons du palais.

Je me rendis aussitôt chez les dames. Je ne vis point Catalina; on me dit qu'elle reposait. Je ne parlai qu'à la senora Mencia. Madame, lui dis-je, excusez-moi de grâce si je parais dans votre maison pendant le jour; mais je ne puis faire autrMuent; il faut bien que je vous avertisse que le prince d'Espagne viendra chez vous cette nuit ; et voici, ajoutai-jie* en lui mettant entre les mains un sac où étaient les espèces, voici une offrande qu'il envoie au temple de G^tbère pour s'en rendi'e les divinités favorables. Je ne vous ai pas^ comme vous vo^ez, engagée dans une mauvaise affaire. Je vous en suis redevable, répondit-elle; mais apprenez-moi , seigneur de Santillane, si le prince aime la nmsique. Il Faime, repris-je, à ta folie. Rien ne le divertit tant qu'une belle voix accompagnée d'un luth touché délicatement. Tant mieux! s'écria-t-elle toute transportée de joie ; vous me chai*mez en me disant cela, car ma nièce a un gosier de rossignol et joue du luth à ravir : elle dansij même parfaitement Vive Dieu ! m'écriai-je à mon tour, voilà bien des perfections, ma tante : il n'en faut pas tant à une tille pour (aire fcHiune ; un seul de ces talents lui suffit pour cela.

Ayant ainsi préparé les voies, j'attendis l'heure du coucher du prince. Lorsqu'elle fut arrivée, je donnai mes ordres à mon cocher, et je rejoignis le comte de Lemos, qui me dit que le prince, pour se défaire plus tôt de tout le monde, allait feindre une légère indisposition, et même se mettre au lit pour mieux persuadei* qu'il était malade; mais qu'il se relèverait une heure après, et gagnerait par une poi'te secrète un escalier dérobé qui conduisait dans les cours.

Lorsqu'il m'eut instruit de ce qu'ils avaient concerté tous deux, il me posta dans un endroit par où il m'assura qu'ils passeraient. J'y gardai si longtemps le mulet,, que je commençai à croire que notre galant avait pris par un autre chemin ou perdu l'envie de voir Catalina; comme si les pnncos perdaient ces sortes de fantaisies avant que de les avoir satisfaites ! Enfin je m'imaginais qu'on m'avait oublié, quand il parut deux hommes qui m'abordèrent. Les ayant reconnus poui' ceux que j'attendais, je les menai à mon carrosse, dans

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lequel IÎS montèrent Tun et fautre; pour moi, je me mis auprès du cocher pour lui servir de guide, et je le fis arrêter à diîquanle pas de chez les dames. Je donnai la main au prince d*Ëspagne et à son compagnon pour les aider à descendre, et nous marchâmes vers la maison oii nous voulions nous intro=duire. La porte s'ouvrit à notre approche, et se referma dès que nous fûmes entrés.

* Nous nous trouvâmes d'abord dans les mêmes ténèbres oii je m'étais trouvé la première fois, quoiqu'on eût pourtant par distinction attaché une petite lampe à un mur. La lumière ipi'elle répandait était si sombré, que nous l'apercevions seulement sans en être éclairés. Tout cela ne servait qu'à r^idre l'aventure plus agréable à son héros, qui fut vivement frappé de la vue des daïnes lorsqu'elles le reçurent dans la salle, où la clarté d'un grand nombre de bougies compensait Tobscurite qui ï^égnait dans la cour. La tante et la nièce étaient dans on déshabillé galant, où il y avait une intelligence de coquetterie qui ne les laissait pas regarder impunément. Notre prince se serait fort bien contenté de la^nora Mencia, s'il n'eût pas eu à choisir; mais les charmes de la jeune Catalina, comme de raison, eurent la préférence.

Eh bien I mon prince, lût dit le comte de f>emos, pouvionsnous vous procurer le plaisir de voir deux personnes plus jolies? Je les trouve toutes deux ravissantes, répondit le prince; et je n'ai garde de remporter d'id mon cœur, puisqu'il n'échapperait point à là tante, si la nièce le pouvait manquer.

Après un compliment si gracieux pour une tante, il dit mille choses flatteuses à Catalina, qui lui répondit très-spirituellement. Gomme il est permis aux honnêtes gens qui font le personnage que je fedsais dans cette occasion , de se mêkr à l'entretien des amants, pourvu que ce soit pour attiser le feu, je dis au galant que sa nymphe chantait et jouait du luth à merveille. Il fut ravi d'apprendre qu'elle eût ces talents; il la pressa de lui en montrer un échantillon. Elle se rendit de bonne grâce à ses instances, prit un luth tout accordé, joua quelques airs tendres, et chanta d'une manière si toudiante, que le prince se laissa tomber à ses genoux tout transporté d'amour et de plaisir. Mats Unissons là ce tableau, et disons seulement que^ dans la douce ivresse où Thëritier de la mo»

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