LIVRE IX, .CUAP. VI
91as pibsséder tranquillement la seule pei^nne que je ^\ûm aimer» U faut encore que je vous bannitiie de ma pensée ! Vous voules m'arrachet n^otn amcmr> m'enlever l'unique bien qui me reste! Ah! cruelle, pensea-voua qu'il toit possible 1^ un homme que vous avea une fois charmé de reprendre son cœur ? Connaissez-vous mieux que voUs ne laites, et cesser de ^l'exhorter vainement à vous ôter de mon souvenir. Ëh bien ! répliqua4-elle avec précipitation, cesses done aussi d*espérer qu^ je paye votre passiao de quelque re^nnais^ sance. Je n'ai qu'un mot à vous dire, Tépouse de dou B1a9 Oie sera point Tàmante de don Gaston | prenez sur cela votre parti. Fuyes, ajouta-t-elle. Finissoiiâ pix)mptement uu entretien que je me reproche, malguâ la pureté dô mes int^n^ lions, et que je me ferais un crime de prolonger,
A <ïea paroles, qui m'ôtaient toute espérance. Je tombai aux genoux de la dame. Je lui tins des discours touchants» J'employai jusqu'aux larmes pour Tattendrir. Mais iout cela ne servit qu'à exciter peut-être quelques sentiments de pitié qu'on se garda bien de laisser pai*a!tFe, et qui furent sacri^ fiés au devoir^ Après avoir infructueusement épuisé les expre&* sions tendres, les prières et les pleurs, ma ten^esse se chaîigea tout à coup^ en fureur. Je tirai mon épée poiu* m'en percer: aux yeux de l'inexorable Hélène, qui ne s'aperçut pas plutôt de mon action, qu'elle se jeta sur moi pour en prévenir les suites. Arrêtez, Gogolloa, me dit-elle. Est-ce ainsi que vous ménagez ma réputation ? En vous, ôtant ainsi la vie, vous allez me déshonorer, et faire passer mon mari pour vat assassin.
Dans le désespoir qui me possédait, bien loin de donner k ces mots l'attentioa qu'ils méritaient; je ne songeais qu'à tromper les efforts que faisaient la maîtresse et la suivante pour me sauver de ma funeste main; et je n'y aurais sans doute réussi que trop, si don Bias, qui avait été averti de notre entrevue, et qui, au lieu d'aller à la campagne, s'était caché derrière une tapisserie pour entendre notre entretien, ne fût vite venu se joindre à elles. Don Gaston, s'écria4-*il en me retenant le bras, rappelez votre raison égarée, et ne cédez point lâchement an transport furieux qui vous agite !
J'interrompis Combados« E^H^e à Tou^ lui di»-je, à jue
détourner de ma l'ésolution? Vous devriez plutôt me plongea vous-même un poignard dans le sein. Mon amour^ tout malheureux qu'il est^ vous ofiénse. N'est-ce pas assez que vous me surpreniez la nuit dans Tappartement de votre femme? en faut-il davantage pour voi» exciter à la vengeance? Percezmoi pour vous défaire d\in homme qui ne peut cesier d'adoi-er dona Helena qu'en cessant de vivre. Cest en vain^ me répondit don Bias, que vous tâchez d'intéresser mon honneur à vous donner la mort. Vous êtes assez puni de votre témérité, et je sais si bon gré à mon épouse de ses sentiments vertueux, que je lui pardonne l'occasion où elle les a fait éclater. Croyez-moi, GogoUos, ajouta-t-il, ne vous désespérez pas comme un faible amaiit ; soumettez-vous avec coui*age à la nécessité.
Le prudent Galicien, par de semblables discours, calma peu à peu ma fureur, et réveilla ma vertu. Je me retirai, dans le dessein de m'éldgner d'Hélène et des lieux qu'elle habitait. Deux jours après je retournai à Madrid : là, ne voulant plus m'occuper que du soin de ma foi*tune, je commençai à paraître à la cour et à m'y faire des amis. Mais j'ai eu le malheur de m'attadier particulièrement au marquis de Villaréal, grand seigneur portugais, qui, pour avoir été soupçonné de songer à délivrer le Portugal de la domination des Espagnols^ est présentement au château d'Alicante. Conmie le duc de Lerme a su que j'avais été dans une étroite liaison avec ce seigneur, il m'a fait aussi arrêter et conduire ici. Ce minisire croit que je puis être complice d'un pareil projet; il ne saurait faire un outrage plus sensible à un homme qui est noble et Castillan.
Don Gaston cessa de parler en cet endroit. Après quoi je lui dis, pour le consoler : Seigneur chevalier, votre honneur ne peut recevoir aucune atteinte de cette disgrâce, qui tom*nera sans doute dans la suite à votre profit. Quand le duc de Lerme sera instruit de votre innocence, il ne manquera pas de vous donner un emploi considérable, pour rétablir la réputation d'un gentilhomme injustement accusé de trahison ^
* Celte hisloire inléressanle esl tirée d'une de ces Nouvelles que l'on substitua aux romans en plusieurs volunaes, sous le règne de Philippe II. Ce régne < peut être ap- > peic 4e siècle des neiUcurs écrivains dans tous les genres ; on comptait alors uv