‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 22 sur 296 · V4 GIL BI · texte numérisé non relu

V4 GIL BI

Vous 8ave<| contiauar(-«lle^ mes aTentures jusqfa'm Jour oh iMms fûmes emprisonnés ious deux : je ^ais tous coni» m qui m'est arrÎTë depuis ce temps-là. Lorsque le eorrégidcMr d'Astorga m'eut fait conduire à Burgos > après avoir eiitoida de ma bouche un fidèle récit de mon histcnre, je me reodii au château d'Ambrpsio. lion retour y causa une extrême sûr* prise; mais on me dit que je revenais trop tard^ que le timg^ quis^ frappé de ma fuite comme d'un coup de foudre, était tombé malade , et que les médecins désespéraient de sa yiffé Ce fut pour moi un nouveau sujet de me plaindre de la Hgiieur de ma destinée. Cependant je le fis avertir que je ver* nais d'arriver. Puis j'enttai dans sa chambre , et oounis mo jeter à genoux au chevet de son lit, le visage couvert de larmes, et le cœur pressé de la plus vive douleur. Qui voua ramène ici? me dit-il dès qu'il m'aperçut; veneï-v^os con* templer votre ouvrage? Ne vous snffit-il pas de m'ôt^Ia vîef Faut-il, pour vous contenter, que vos yeux soient témoins dfl ma mort? Seigneur, lui répondis-je, Inès a dû vous dire que je fuyais avec mon premier époux; et, sans le triste aooidfmt qui me l'a fait perdre > vous ne m'auriez jamais revue. Eq même temps je lui aigris que don Alvar avait été tué par des voleurs, qu'ensuite on m'avait menée dans un souterrain. Je racontai tout le reste; et lorsque j'eus achevé de parler, dost. Ambrosio me tendit la main. C'est assez, me dit-il tendrement, je cesse de me plaindre de vous. Eh ! dois-je, en elfet» vous faire des reproches? Vous retrouvez un époux chéri; vous m'abandonnez pour le suivre : puis-je blâmer cette conduite? Non, madame, j'aurais tort d'en nmrmurer. Aussi n'ai-je point voulu qu'on vous poursuivît; quoique ma, mort fût attachée au malheur de vous perdre. Je respectais dans votre ravisseur ses droits sacrés , et le penchant méine que vous aviez pour lui. Entiu je vous fais justice , et par votre retour ici vous regagnez toute ma tendresse. Oui , ma chère Mencia, votre présence me comble de joie; mais, hélas! je n'en jouirai pas longtemps. Je sens approcher ma dernière heure. A peine m'êtes-vous rendue, qu'il faut vous dire ua éternel adieu. A ces paroles touchantes, mes pleurs redou-* blèrent. Je ressentis et ûs éclater une affection immodérée. Don Alvar, que j'adorais, m'a fait verser moins de larmes.^

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Don Àiiibrc»sio n'atait pas an faux prenenliment de sa mort| il mourat dès le lendemain^ et je demeurai maîtresse du bien considérable dont il m'avait avantagée en m'épousant; Je n'en prétends pas faire un mauvais usage. On ne me verra point, quoique Je sois jeune encore^ passei* dans les bnls d'un troisième époux. Outre que cela ne convient, ce me semble, qu'à des femmes sans pudeur et sans délicatesse Je vous dirai que je n'ai plus de gCM&t pour le monde ; je veux finir mes jours dans ce couvent^- et en devenir une bienfaitrice.

Tel fut le discours que me tint dona Mencia. Puis elle tira de dessous sa robe une bourse qu'elle me mit entre les mains, en me disant : Voilà cent ducats que je vous donne seulement pour vous faire habiller. Révenez me voir après cela; je n'ai pas dessein de l)omer ma reconnaissance à si peu de chose. Je rendis mille grâces à la dame, et lui jurai que je ne sortirais point de Burgos sans prendre congé d'elle. Ensuite de ce serment, que je n'avais pas envie de violer, j'allai chercher une hôtellerie. J'entrai dans la première que je rencontrai Je demandai une chambre ; et, pour prévenir la mauvaise opinioB que ma souquenille pouvait encore donner de moi , je dis à l'hôte que, tel qu'il me voyait, j'étais en état de bien payer mon gîte. A ces mots, l'hôte, appelé Majuelo*, grand railleur de son naturel, me parcourant des yeux depuis le haut jusqu'en bas, me répondit d'un air froid et malin qu'ils n'avait pas besoin de cette assurance pour être persuadé que je ferais beaucoup de dépense chez lui; qu'au travers de mon habillemeqt il démêlait en moi quelque those de noble, e^ qu'enfin il ne doutait pas que je ne fusse m gentilhomme fort aisé. Je vis bien que le traître me raillait; et, pour mettre fin tout d'un coup à ses plaisanteries, je lui montrai ma bourse. Je comptai même devant lui mes ducats sur une table, et je m'aperçus que mes espèces le disposaient à juger de moi plus favorablement. Je le priai de me faire venir un tailleur. U vaut mieux, me dit-il, envoyer chercher un fripier, il vous apportera toutes sortes d'habits, et vous serez habillé sur-Iecbamp. J'approuvai ce conseil, et résolus de le suivre, mais, comme le jour était près de se fermer, je remis l'emplette au

' MûfmlQt en etpàgo<^} peUl vignoble ; uùm sisniticalif p6ar ùd hoûUne qui débite

lendemain^ et je ne songeai qu'à bien souper^ poui* me dëdom* mager des mauvais repas que j'avais faits depuis ma sortie du souterrain.

. GHAP. XV. -' De qnelle façon s'habilla Gil Bias, du nouveau présent qu'il reçut de la dame, et dans quel équipage il partit de Bui^os.

On me servit une copieuse fricassée de pieds de mouton , que je mangeai presque tout entière. Je bus à proportion; puis je me couchai. J'avais un assez bon lit^ et j*espérais qu'un profond sommeil ne tarderait guère à s'emparer de mes sens. Je ne pus toutefois fermer l'œil; je ne fis que rêver à l'habit que je devais prendre. Que faut-il que je fasse? disais-je : suivrai-je mon premier dessein? Achèterai-je une soutanelle pour aller à Salamanqiie chercher une place de précepteur? Pourquoi m'habiller en licencié? Ai-je envie de me consacrer à l'état ecclésiastique? Y suis-je entraîné par mon penchant? Non, je me sens même des inclinations trèsepposées à ce parlî-là. Je veux porter Tépée, et tâcher de faire fortune dans le monde; ce fut à quoi je m'arrêtai.

Je me résolus à prendre un habit de cavalier, persuadé que sous cette forme je ne pouvais manquer de parvenir à quel* que poste honnête et lucratif. Dans cette flatteuse opinion, j'attendis le jom* avec la dernière impatience, et ses premiers rayons ne frappèrent pas plutôt mes yeux que je me levai. Je fis tant de bruit dans rhôtellerie que je réveillai tous ceux qui dormaient. J'appelai les valets qui étaient encore au lit, et qui ne répondirent à ma voix qu'en me chargeant de malédictions. Ils furent pourtant obligés de se lever, et je ne leur donnai point de repos qu'ils ne m'eussent fait venir un fripier. J'en vis bientôt paraître un qu'on m'amena. 11 était suivi de deux garçons qui portaient chacun un gros paquet de toile verte. 11 me salua fort civilement, et me dit: Seigneur cavalier, vous êtes bien heureux qu'on se soit adressé à moi plutôt qu'à im autre. Je ne veux point ici décrier mes conft'ères; à Dieu i\e plaise que je fasse le moindre tort à leur réputation! mais, entre nous, il n'y en a pas un qui ait de la conscience, ils sont tous plus durs que des juifs. Je suis le seul fripier qui ait de la morale. Je me borne à un profit raisonnable; je me contente de la livre pour sou^ je veux

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