‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 23 sur 296 · LIVRE I, CHAP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XV

dire, dn sou pour Uvi'e. Grâces au ciel, j'exerce rondement ma profession.

Le fripier, après ce préambuîe, que je pris sottement au pied de la lettre, dit à ses garçons de défaire leurs paquets. On me montra des habits de toutes sortes de couleurs. On m'en fît voir plusieurs de drap tout uni. Je les rejetai avec mépris, parce que je les trouvai trop modestes; mais ils m'en firent essayer un qui semblait avoir été fait exprès pour ma taiUe, et qui m'éblouit, quoiqu'il fût un peu passé. C'était un pourpoint à manches tailladées, avec im haut-de-chausses et un manteau, le tout de velours bleu et brodé d*or. Je m*at* tachai à celui-'là, et je le niarchandai. Le fripier, qui s'aperçut qu'il me plaisait, me dit que j*ayais le goût délicat. Vive Dieu! s'écria-t-il , on voit bien que vous vous y connaissez. Apprenez que cet habit a été fait pour un des plus grands seigneurs du royaume, et qu'il n'a. pas été porté trois fois. Examinez-en le velours; il n'y en a point de plus beau; et pour la broderie, avouez que rien n'est mieux travaillé. Combien, lui dis-je, voulez-vous le vendre? Soixante ducats, répondit-il; je les ai refusés, ou je ne suis pas honnête homme. L'altemative était convaincante. J'en offris quarante-cinq ; il en valait peut-être la moitié. Seigneur gentilhomme, reprit froidement le fripier, je ne surfais point; je n'ai qu'un mot. Tenez, continua-t-il en me présentant les habits que j'avais rebutés, prenez ceux-ci; je vous en ferai naeilleur marché. U ne faisait qu'irriter par là l'envie que j'avais d'acheter celui que je marchandais; et comme je m'imaginai qu'il ne voulait rien rabattre, je lui comptai soixante ducats. Quand il vit que je les donnais si facilement, je crois que, malgré sa morale, il fut bien fâché de n'en avoir pas demandé davantage. Assez satisfait pourtant d'avoir gagné la livre pour sou, il sortit avec ses garçons, que je n'avais pas oubliés.

J'avais donc un manteau, un pourpoint et un haut-dechausses fort propres. 11 fallut songer au reste de l'habillement; ce qui m'occupa toute la matinée. J'achetai du linge y un chapeau, des bas de soie, des souliers, et une épée ; après quoi je m'habillai. Quel plaisir j'avais de me voir si bien équipe! Mes yeux ne pouvaient, pour ainsi dire, se rassasier de mon ajustement* Jamais paon n'a regardé son plumage

avec plus de complaisance. Dès ce jour-là^ je fis une seconde Visite à dona Mencia , qui me reçut encore d'un air très-gracieux. Elle me remercia de nouveau du service que je lui avais rendu. Là^^lessus, grands Compliments de part et d'autre. Pttis, me souhaitant toutes sortes de prospérités, elle me dit adieu , et se retira , sans me donner tien autre chose qu*une bague de trente pistoles, qu'elle me pria de gardçr pour me souvenir d'elle.

Je demeurai bien sot avec ma bague; j'avais compté sur un présent plus considérable. Ainsi, peu content de la générosité de la dame, je regagnai mon hôtellerie en rêvajit; mais comme j'y entrais, if y arriva un homme qui marchait sur mes pas, et qui tout à coup, se débarrassant de son manteau qu'il avait sur le nez, laissa voir un gros sac qu*ii portait sous l'aiBselle. A l'apparition du sac, qui avait tot;t l'air d'être plein d'espèces, j'ouvrisJ de grands yeux, aussi bien que quelques personnes qui étaient j)résentes; et je. crus entendre ta Voix d'un sétaphin, lorsque cet homme me dit, en posant le sac sur une table i Seigneur Gll Blas> voilà ce que madame la marquise vous envoie. Je fis de profondes révérences aii por-r teur, je l'accablai de civilités; et dès qu'il fut boi^s de l^batellerie, je me jetai sur le sac comme un faucon siir sa proie, et l'emportai dans ma chambre. Je le déliai sans perdre de temps, et j'y trouvai mille ducats. J'achevais de les compter, quand l'hôte, qui avait entendu les paroles du pofteur, entra pour savoir ce qu'il y avait dans le sac. JLa vue de mes espèces étalées sur une table le frappa vivement. Comment diable, s'écria-t-il, voilà bien de l'argent! Il laut, poui*suivît-il en souriant d'un air malicieux, que vous sachiez tli*er bon parti des femmes. 11 n'y a pas vingt-quatre heures que vous êtes à Burgos, et Vous avez déjà des marquises sous contribution M

Ce discours ne me déplut point; je fus tenté de laisser Majuelo dans son en'eur; je sentais quelle me faisait plaisir. Je ne m'étonne pas si les jeunes gens aiment à passer pour hommes à bonnes fortunes. Cependant l^inndceUce de me^ mœurs Remporta sur ma vanité. Je désabusai mon hôte. Je

' if o«> une fetnmè â<mâ eoner/6i4^/o<i eit tine façon d« patler qui s'enlçod de reste ; en I» retrouver» dapi la idite de cëUe histoire \ mafi Je ne Mche pM ({^e eéite ^ pres$iQo ait été employée par d'antres ^ue Le S4^.

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