‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 220 sur 296 · LIVRE Xy CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE Xy CHAP. II

posa point à un si prorapt dëpâii. Il ne fut plus question que de savoir de quelle sorte j'en usemis avec elle. Ma mère, lui dis-je^ puisque mon oncle a besoin de votre assistance> je ne vous presserai plus de m'accompagner; mais comme il ne paraît pas éloigné de sa fin y promettez-moi de venir me rejoindre à ma terre aussitôt qu'il ne sera plus. J'attends de vous cette marque d'affection.

Je ne vous ferai point cette promesse, répondit ma mère» cai* je ne la tiendrais pas. Je veux passer le reste de mes jours dans les Asturies, et dans une parfaite indépendance. Ne serez-vous pas toujours, lui répliquai-je, maîtresse absolue dans mon château? Je n'en sais rien, repartit-^elle; vous n'avez qu'à devenir amoureux de quelque petite fille; vous l'épouserez; elle sera ma bru , je serai sa beUe-mère; nous ne pourrons vivre ensemble. Vous prévoyez, lui dis- je, les malheurs de trop loin; je n'ai aucune envie de me marier; mais quand la fantaisie m'en prendrait, je vous réponds que j'obligerais bien ma femme à se soumettre aveuglément à vos volontés. C'est me répondre témérairement, reprit ma mère, et je demanderais caution de la caution. Je craindrais que votre complaisance pour votre épouse ne l'emportât sur la force du s«ûig, et je ne voudrais pas jurer que dans nos brouilleries vous ne prissiez plutôt le parti de votre fenmie que le mien, quelque tort qu'elle pût avoir.

Vous parlez à merveille, madame, s'écria mon secrétaire en se mêlant à la conversation ; je crois, comme vous, que les brus dociles sont bien rares. Cependant, pour vous accorder, vous et mon maître, puisque vous voulez absdument demeurer, vous dans les Asturies et lui dans le royaume de Valence, il faut qu^'il vous fasse une pension de cent, piâtoles, que je vous apporterai ici tous les ans. Par ce moyen, la mère et le fils vivront fort satisfaits à deux cents lieues l'un de l'autre. Les deux pailles intéressées approuvèrent la convention proposée; après quoi je payai la première année d'avance, et je sortis d'Oviedo le lendemain avant le jour, de peur d'être traité par la populace comme un saint Etienne ^

' Saint Élieone, ptemiçr martyr do Jësoi-Christ, lapidé par les Juifs, pria Dieu, en mourant, pour ses persécuteurs.

ISfè GIL BLAS.

TèUe fut la i-ëceptkm que Ton me fit dans nia patrie. Belle leç<m pour les honunes du comnnin^ lesquels, après s'être *enridii$ hors de leur pays^ y veulent retourner pour y fonre les gens dlmixnrtance. Plus ils y fa*ont briller de richesses^ phis ils seront haïs de leurs compatriotes.

CHAP. HT. — Gil Blu pread b route au rafauM ém Jtkme^ et «rrW» esEa à Li. rias; deKriptioade ton chàteao, eommeot il.j fol reça, M qtfeUes geus il j tnMiTa.

^ Noos primes le diemin de Lëon. ensuite oehii de Palcncia; et 9 eontinuant notre yoyage à petites journées ^ nous arrivâmes au boat de la dixième à la ville de Sé^orbe , d'où le lendemain, dans la matinée, nous nous rendîmes à ma terre, qui n'en est éloignée que de trois lieues. A mesure que nous nous en approchions, je prenais plaisir à yoir mon secrétaire observer avec beaucoup d'attention tous les châteaux qm s'offraient à sa vue^ à droite et à gauche, dans la campagne. LorsqulL en apercevait un de grande apparence, il ne manquait pas de me dire, en me le montrant du doigt : Je voudrais bien que ce fût là notre retraite.

Je ne sais, lui di»-je, mon ami, quelle idée tu as de notre habitation; mais si tu f imagines que c'est une maison m»* gniûque, une terre de grand seigneur, je t'avertis que tu te tnonpes furieusement.

Si tu veux n'être pas la dupe de ton imagination, représente-toi la petite maison qu'Horace avait dans le pays des Sabins , près de Tibur, et qui lui fut donnée par Mecenas. Don Alphonse m'a liait à peu près le même présent Tant pis! s'écria Scipion, je ne dois donc m'attendre qu'à voir une chaumière. Ce n'en est pas tout à fait une, lui répondis-jé* mais Souviens-toi que je t'en ai toujours fait une description trèsHnodeste; et, dès ce moment, tu peux juger pai* toi-même si j'en ai fait une fidèle peinture. Jette les yeux du côté du Guadalaviar, et regarde sur ses bords, auprès de ce hameau de neuf à dix feux, cette maison qui a quatre petits pavillonsc'est mon château.

Comment j diable! dit alors mon secrétaire d'un ton de voix admiratif, c'est un bijou que cette maison. Outre l'air de noblesse que lui donnent ses pavillons, on peut dire qu'elle est bien située, bien bâtie, et entourée de pays plus charmants

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