‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 249 sur 296 · LIVRE X, CHAP. ÏU. Ml · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. ÏU. Ml

que les maîtres d'hôtellerie en Espagne faistient assez souvent ce quiproquo, de même que les pâtissiers. Ce discours^ oomme vous voyez, était fort consolant; aussi je n*eua plus aucune envie de retourner au civet^ pas mâme de toucher au plat de rôti^ de peur que le mouton ne fût pas mieux vdriBë que le lapin. Je me levai de table en maudissant le ragoût, Thôte et rhôtellerio ; et, m'étant recouché sur lô grabat. J'y passai la nuit plus tranquillement que je ne m'y étais attendu. Le jour suivant de grand matin, après avoir payé mon hôte aussi grassement que s'il m'eût foi-t bien traité, je m'éloignai d'IHescas, l'imagination encore si remplie du civet, que je prenais pour des chats tous les animaux que j'apercevais.

J'arrivai de bonne heure à Madrid , où, sitôt que j'eus satisfait mon muletier, je louai une chambre garnie auprès de la porte du Soleil. Mes yeux, quoique accoutumés au grand monde, ne laissèrent pas d'être éblouis du concours de seigneurs qu'on voit ordinairement dans le quartier de la cour. J*admirai la prodigieuse quantité de carrosses, et le nombre infini de gentilshommes, de pages et de laquais qui étaient à la suite des grands. Mon admiration redoubla lorsque, étant allé au lever du roi, j*aperçus ce monarque environné de ses courtisans. Je fus charmé de ce spectacle , et je dis en moi* même : Quel éclat ! quelle grandeur ! je ne m'étonne plus d'avoir ouï dire qu'il faut voir la cour de Madrid pour en concevoh* toute la magnificence; je suis ravi d'y être venu, j'ai un pressentiment que j'y ferai quelque chose. Je n'y fis pourtant rien que quelques connaissances infructueuses. Je dépensai peu à peu mon argent, et je fus trop heureux de me donner avec tout mon mérite à un pédant de Salamanque qu'une affaire de famille avait attiré à Madiîd, où il était né, et que le har sard me fit connaître. Je devins son faeiotum, et Je le suivis à son université lorsqu'il. y retourna.

Mon nouveau patron se nommait don Ignacio de Ipigna. U prenait le don pour avoir été précepteur d'un duc qui lui faisait par reconnaissance une pension à vie; ce m'est pa8 tout^ il en avait une autre comme professeur éqoérite du eoUég^; et de plus il avait tous les ans du public un revenu de deux ou trois cents pistoles par les livres de morale dogmatique qu'il avait coutume de fMre imprin^i^. U mAtlièN ,<lo# U coiqpo^

nit ses ouvrages mérite bien qu'oo en fasse mention. L'illustre don Ignacio passait presque tonte la joomée à lire ks anteors hâneux, grecs et latins, et à mettre sm- nn petit carré -de papier chaque apophthegÉne ou pensée brillante qu*il y liwrrait A mesure qu'il remplissait des carrés, il m'employait à les enfiler dans un fil de fer en tonne de guirlande, et chaîne guirlande faisait un tome. Que nous Causions de mauvais IHres! U ne se passait guère de mois que nous ne fissions pour le moins deux volumes, et aussitôt la presse en gémissait : ce qnH y a de plus surprenant , c'est que ces compilations se donnaient pour des nouveautés; et, si les critiques s'avisaient de reprocher à l'auteur qu'il pillait les anciens, il leur répondait avec une orgueilleuse effîronterie : Futio lœtamwr m ^mo ^.

n était aussi grand commentateur, et il y avait tant d'audition dans ses comoientah-es, qu'il faisait souvent des remarques sur des choses qui n'étaient pas dignes d'être remarquées, comme sur ces carrés de papier il écrivait quelquefois trèsmal à propos des passages d'Hésiode et d'autres auteurs; néanmoins, avec tout cela, je ne laissai pas de profiter dies ce savant; il y aurait de l'ingratitude à n'en pas convenir. J'y perfectionnai mon écriture à force de copier ses ouvrages; et si, me traitant en élève plutôt qu'en valet, il eut soin de me former l'esprit, il ne négligea point mes mœui's. Scipion, me disait-il, quand par hasard il entendait dire que quelquedomestique avait fait une friponnerie, prends bien garde, mon enfant, de suivre le mauvais exemple de ce fripon. 11 faut qu'un valet serve son maître avec autant de fidélité que de zèle, et s'efforce de devenir vertueux par le travail, s'il a le malheur de ne l'être point par nature. En un mot, don Ignacio ne perdait aucune occasion de me portet^ à la veriu ; et ses exhortations faisaient sur moi un si bon effet, que je n'eus pas la moindre tentation de lui jouer quelque tour pendant quinze mois que je demeurai chez lui.

J'ai d^à dit que le docteur de Ipigna était originah'e de Madrid; il y avait une parente, appelée Catalina, qui était femme de chambre de madame la nourrice. Cette soubrette, qui est

Nous somfmi fiers du larcin même» Ce passage latin est un hémis iche de Sau* teuil, dans les yen qu'il aTait adresses à l'Acadëmie des belles-lettres, pour soutenir « uéeetêU/é de lliiire eD latia let iostriptioos des monuments français.

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