LIVRE Ij CHAF» XVI
milte II10 confirma dam l'opinion que j'avais qu'elle me (roumi fort à son grë#
Don Raphaôlj» ni6 voyant déterminé à faire quelque séjour chei lui, me proposa de me mener à son château. Il m'en fit une description magnifique, et me parla, des plaisirs qu' 1 prétendait m^y donner. Tantdt, disait-il, nous prendrons le divertissement de la chasse, tantôt celui de la pêche; et si TOUS aimez la promenade, nous avons des bois et des jardins délicieui. D'ailleurs, nous aurons bonne compagnie : j'espère que TOUS ne voua ennuierei point. J'acceptai la proposition, et il fut résolu que nous irions à ce beau château dès le jour suivait. Nous nous levâmes de table eu formant un si agréa* ble dessein. Don Raphaël me parut transporté de joie. Seigneur Gil Blas^ dit-U en m'embrassant, je vous laisse avec loa sœur. Je vais de ce pas donner les ordres, nécessaires, et iaire avertir, toutes les personnes que je veux mettre de la partie. Â. ces paroles, il sortit de la chambre où nous étions; et je continuai de m'entretenir avec la dame, qui ne démentit point par ses discours les douces œillades qu'elle m'avait je^ tées. elle me prit la main, et regardant ma bague : Vous avez U, dit-elle^ un diamant assez joli; mais il est bien petit. Vous C(nuiais8e2<^TOU8 en pierreries? Je répondis que non. J'en suis fâchée, reprit^elle; car vpus me diriez ce que vaut celle-ci. En achevant ces mots, elle me montra un gros rubis qu'elle avait au doigt; et, pendant que je le considérais, elle me dit ; Un de mes oncles, qui a été gouverneur dans les habitations que les Espagnols opt aux îles Philippines, m'a donné ce rubis. Les joailliers de Yalladolid l'estiment trois cents pistoles. Je le croirais bien, lui dis-je; je le trouve parfaitement beau. Puisqu'il vous plaît, répUqua-t-elle, je veux faire un troc avec vous. Aussitôt elle prit ma bague, et me mit la sienne au petit doigt. Après ce troc, qui me parut une manière galante de £aire un présent, Camille me serra la main et me regarda d'un air tendre; puis tout à coup, rompant l'entretien, elle me donna le bonsoir, et se retira toute confuse, conmie si elle eût eu honte de me faire trop connaître ses sentiments. Quoique galsMnt des plus novicesi je sentis tout ce que cette retraite précipitée avait d'obligeant pour moi| et je jugeai ^e je oe passerais point mal le tempi à la («ampagne^ Plein
de cette idée flatteuse et de l'état brillant de mes affaires^ je m'enfermai dans la chambre où je devais coucher, après ayôir dît à mon valet de me venir réveiller de bonne heure le lendemain. Au lieu de songer à me reposer, je m'abandonnai aux réflexions agréables que ma valise, qui étedt sur une table, et mon rubis m'inspirèrent. Grâce au ciel, disais-je, si j'ai été malheureux, je ne le suis plus. Mille ducats d'un côté, une bague de trois cents pistoles de l'autre : me voilà pour longtemps en fonds. Majuelo ne m'a point flatté, je le voiS bien : j'enflammerai mille femmes à Madrid, puisque j'ai plu si facilement à Camille. Lés bontés de cette généreuse dame se présentaient à mon esprit avec tous leurs charmes, et je goûtais aussi par avance les divertissements que don Raphaël me préparait dans son château. Cependant, parmi tant d'images de plaisir, le sommet ne laissa pas de venir répandre sur moi ses pavots. Dès que je me sentis assoupi, je me déshabillai et me couchai.
Le lendemain matin, lorsque je me réveillai, je m'aperçus qu'il était déjà tard; Je fus assez surpris de ne pas voir paraître mon valet, après l'ordre qu'il avait reçu de moi. Ambroise, dis-je en moi-même , mon fidèle Ambroise est à l'église, ou bien il est aujourd'hui fort paresseux. Mais je perdis bientôt cette opinion de lui pour en prendre une plus mauvaise ; car m'étant levé, et ne voyant plus ma valise, je le soupçonnai de l'avoir volée pendant la nuit. Pour éclaircir mes soupçons, j'ouvris la porte de ma chambre, et j'appelai l'hypocrite à plusieurs reprises. Il vint à ma voix un vieillard, qui me dit : Que souhaitez-vous, seigneur? tous vos gens sont sortis de ma maison avant le jour. Comment, de votre maison ? m'écriai-je : est-ce que je ne suis pas ici chez don Raphaël? Je ne sais ce que c'est que ce cavalier, me répondit-il. Vous êtes dans un hôtel garni, et j'en suis l'hôte. Hier au soir, une heure avant votre arrivée, la dame qui a soupe avec vous vint ici, et arrêta cet appaiiement pour un grand seigneur, disait-elle, qui voyage incognito. Elle m'a même payé d'avance.
Je fus alors au fait. Je sus ce que je devais penser de Camille et de don Raphaël; et je compris que mon valet, ayant une entière connaissance de mes afiGsdres, m'avait Tendu à