LIVRE I, CHAP. XVI
TOUS pouviez être le libérateur de ma cousine. Ah! puisque je vous ai rencontré, continuart-elle, je veux vous faire voir combien je suis sensible aux services qu'on rend à ma famille, et particulièrement à ma chère cousine. Vous viendrez, s*il vous plait, dès ce moment loger chez moi ; vous y serez plus commodément qu'ici. Je voulus m'en défendi'e, et représenter à la dame que je pourrais l'incommoder chez elle : mais il n'y eut pas moyen de résister à ses instances. IL y avait à la porte de Fhotellerie un carrosse qui nous attendait, fille prit soin elle-même de faire mettra ma valise dedans, parce qu'il y avait, disait*-elle, bien des fripons à Valladolid; ce qui n'était que trop véritable. Enfin je montai en carrosse avec elle et son vieil écuyer, et je me laissai de cette manière enlever de rtrôtellerie, au grand déplaisir de l'hôte, qui se voyait par là sevrer de la. dépense qu'il avait compté que je ferais chez lui, avec la dame, Técuyer et le petit Maui*e. • Notre can'osse, après avoir quelque temps roulé, s'an*êta. Nous en descendîmes pour entrer dans une assez grande maison, et nous montâmes dans un appai'tement qui n'était pas malpropre, et que vingt ou trente bougies éclairaient. 11 y avait là pluslews domestiques à qui la dame demanda d'abohl si don Raphael était amvé; ils répondirent que non. Alors, m'adressant la parole : Seigneur GÛ Bias, me dit-elle, j'attends mon frère qui doit revenir ce soir d'un château que nous avons à deux lieues d'ici. Quelle agréable surprise pour lui de trouver dans sa maison un homme à qui toute notre * famille est si redevable ! Dans le moment qu'elle achevait de parler ainsi, nous entendîmes du bruit, et nous apprîmes en même temps qu'il était causé par l'arrivée de don Raphaël. Ce cavalier parut bientôt. Je vis un jeune homme de belle taille et de fort bon air. Je suis ravie de votre retour, mon frère, lui dit la dame ; vous m'aiderez à bien recevoir le seigneur Gil Bla3 de Santillane. Nous ne saurions assez reconnaître ce qu'il a fait pour dona Mencia, notre parente. Tenez, ajouta-t-elle en lui présentant une lettre, lisez ce qu'elle m'écrit. Don Raphaël ouvrit le billet, et lut tout haut ces mots : « Ma chère Camille, le seigneur Gil Bias de Santillane, » qui m'a sauvé l'honneur et la vie, vient de partir pour la » cour. 11 passera sans doute par Ysdladolid. Je vous conjure
02 mt BLAf.
D par le sang^ et plus encore par i*amitië qui iioiM ufiit^de )» le régaler et de le retenir quelque temps ehex tous. Je me V flatte que vous me donnerez cette satisfaction^ et que mon D libérateur recevra dé vousy et de don Raphaël mon cousin^ » toutes sortes de bons traitements. A Burgos. Votre affec^ n tionnée cousine> Donà Mencià. »
CcHument! s'écria don Raphaël^ après avoir lu la lettre^ c'est à ce cavalier que ma parente doit rhonneur et la vie? Ah ! je. rends grâces au ciel de cette heureuse rencontre. En parlant de cette sorte, il s'approcha de moi ; et mè serrant étroitement entre ses bras : Quelle joie^ poursuivit-il^ j'ai de voir ici le seigneur Gil Bias de Santillane ! Il n'était pa» besoin que ma cousine la marquise nom recommandât de vous régaler; elle n'avait seulement qu'à nous- mander que vous deviez passer par Valladolid ; cela suflQsait. Noos savons bien, ma sœur Camille et moi, comme il en faut user avec mi homme qui a rendu le plus grand service du monde à la personne de notre famille que nous aknons le plus tendrement. Je répondis le mieux qu'il me fut possible à ces discours, qui furent suivis de beaucoup d'autres semblables, et entremêlés de mille caresses. Après quoi, s'apercevant que j'avais mocare mes bottines, il me les îà ôter par ses videts.
Nous passâmes ensuite dans une diambre où l'on avait servi; Nous nous mimes à table, le cavalier, la dame et moi. Us me dirent cent choses oMigeantes pendant )e souper, n ne - m'échappait pas un mot qu'ils ne relevassent comme un trait admirable ; et il fallait voir l'attention qu'ils avaient tons deux à me présenter de tous les mets. Don Rapha3 buvait souvent à la santé de dona Mencia. Je suivais son exemple; et il me semblait quelquefois que Camilie, qui trinquait avec nous, me lançait ctes regards qui signifiaient quelque chose. Je crus même remarqua qu'elle prenait son temps pour cela, comme si eUe eût craint que son Irère ne s'en aperçût. 11 n'en fallut pas davantage pour me persuader que la dame en tenait; et je me flattai de profiter de cette découverte, pour peu que je demeurasse à Yalladolid. Cette espérance fut cause que je me rendis sans peine à la prière qu'ils me firent de vouloir bien pass^ quelques jours chez eux. Us me remercierait de ma complaisance; et la joie qu'en tânoigna Ca-