‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 264 sur 296 · LIVRE XI, CHAP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAP. XIII

travaillé d'une inquiétude qui avait deux causes différentes : le péril que courait la vie de son époux, et la crainte de sentir^ en me revoyant, rallumer un feu mal éteint. Cela lui causait une agitation tenible. Madame, lui dit don Bias lorsqu'elle fut en sa présence, vous arrivez assez à temps pour recevoir mes adieux. Je vais mourir, et je regarde ma mort comme une punition du ciel,, de vous avoir, par une tromperie, arrachée à don Gaston; bien loin d'en murmurer, je vous exhorte moi-même à lui rendre un cœur que je lui ai ravi. Dona Helena ne lui répondit que par des pleurs; et véritablement c'était la meilleure réponse qu'elle lui pût faire, n'étant pas encore assez détachée de moi pour avoir oublié l'artifice dont il s'était servi pour la déterminer à me manquer de foi*

Il arriva, comme le chirurgien l'avait pronostiqué, qu'ai moins de trois jours Combados mourut de ses blessures, au lieu que les miennes annonçaient une prochaine guérison. La jeune veuve, uniquement occupée du soin de faire transporter à Coria le corps de son époux, pour lui raidre tous^les honneurs qu'elle devait à sa cendre, partit de ViUarejo pour s'en retourner, après s'être informée, comme par pure politesse, de l'état où je me trouvais. Dès que je pus la suivre, je pris le chemin de Coria, où j'achevai de me rétablir. Alors dona Eleonor, ma tante, et don Georges de Galisteo, résolurent de nous marier promptement, Helena et moi, de peur que la fortune ne nous sépai'ât encore par quelque nouvelle traverse. Ce mariage se fit sans éclat, à cause de la mort trop i-éccnte de don Bias; et peu de jours après je revins à Madrid avec doua Helena. Comme j'avais passé îe temps prescrit par le comte-duc pour mon voyage, je. craignais que ce ministre n'eût donné à un autre la lieutenance qu'il m'avait promise; mais il n'en avait point disposé, et il eut la bonté de recevoir les excuses que je lui fis de mon retardement.

Je suis donc, poursuivit Cogollos, lieutenant de la garde espagnole, et j'ai de l'agi ément dans mon poste. J'ai fait des amis d'un commerce agréable, et je vis content avec eux. Je voudrais pouvoir en dire autant, s'écria don André; mais je suis bien éloigné d'être satisfait de mon sort : j'ai perdu mon emploi, qui ne laissait pas de m'être fort utile, et je n'ai point d'amis qui aient assez de crédit pour m'en procurer un so-

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