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qu'elle danse de mauTaue grftce^ qu'il y a de Taigreur dads sa YoiXy et qu'enfin ses charmes ne consistent que dans sa jeunesse, je suis assure que Son Excellence perdra reniâe de l'attirer à la cour.
Telle était la vengeance que je me promettais de tirer du procédé de Laure à mon égard ; mais mon ressentiment ne fut pas de longue durée. Le jour suivant, comme je tne préparais à partir, un petit laquais entra daits ma chambre, et me dit : Voici un billet que j'ai à remettre au seigneur de San^ tillane. C'est mot, mon enfant, lui répondis-je en prenant la lettre, que j'ouvris^ et qui contenait ces paroles : « Oubliei la » manière dont vous fûtes reçu hier au soir dans les foyers « comiques, et laissez-vous conduire où le porteur vous mè- « nera. » Je suivis aussitôt le petit laquais, qui^ quand nous fûmes auprès de la comédie, m'introduisit dans une fort belle maison, où, dans un appartement des plus propres, je trouvai Laure à sa toilette.
Elle se leva pour m'embrasser, en me disant : Seigneur Gil Bias, je sais bien que vous n'avez pas sujet d'être ccmtent de la réception que je vous ai faite quand vous m'êtes venu saluer dans nos foyers : un ancien ami comme vous était en droit d'attendre de moi un accueil plus gracieux; mais je vous dirai, pour m'excuser, que j'étais de la plus mauvaise humeur du monde. Lorsque vous vous êtes montré à mes yeux, j'étais occupée de certains discours médisants qu'un de nos messieurs a tenus sur le compte de ma nièce, dont l'honneur m'intéresse plus que le mien. Votre brusque retraite, figouta-t-elle, me fit tout à coup apercevoir de ma distraction, et dans le moment je chargeai mon petit laquais de vous suivre pour savoir votre demeure, dans le dessein de réparer aujourd'hui ma faute. Elle est toute réparée, lui dis-je^ ma chère Laure; n'en parlous plus : apprenons-nous plutôt mutuellement ce qui nous est arrivé depuis le jour malheureux où la crainte d*un juste châtiment me fit sortir de Grenade avec précipitation. Je vous laissai, s'il vous en souvient, dans un assez grand embarras; comment vous en tirâtes-vous ? Malgré tout Tesprit que vous avez, avouez que ce ne fut pas sans peine. N'est-il pas vrai que vous eûtes besoin de toute votre adresse pour apaiser votre amant portujfais? Point du
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tout^ répondit Laure; ne ^avei-Tous pas bien qu'en pareil cas les hommes sont si faibles, qu'ils épargnent quelquefois aux femmes jusqu'à la peine de se Justifier?
Je soutins, continua-t-elle, au marquis de MarialTa que tu étais mon frère. Pardonnez-moi, monsieur de Santillane, ai je TOUS parle aussi familièrement qu'autrefois; mais je ne puis me défendre de mes yieilles habitudes. Je te dirai donc que je payai d'audace. Ne voyex-vous pas, dis-je au seigneur portugais, que tout ceci est l'ouTrage de la jalousie et de la fui*eur ? Narcissa, ma camarade et ma rivale, enragée de me voir posséder tranquillement un cœur qu'elle a manqué, m'a joué ce toUr-là, que je lui pardonne; car enfin il est naturel à une femme jalouse de se venger. Elle a corrompu le fous* moucheur de chandelles, qui, pour serrirson ressentiment, a l'effronterie de dire qu'il m'a vue à Madrid femme de chambre d'Arsénié. Rien n'est plus faux : la veuve de don Antonio Gœllo a toujours eu des sentiments trop relevés pour vouloir se mettra au service d'une fille de théâtre. D'ailleurs, ce qui prouve la fausseté de cette accusation et le complot de mes accusateurs, c'est la retraite précipitée de mon frère. S'il était présent, il pourrait confondre la calomnie; mais Narcissa sans doute aura employé quelque nouvel artifice pour le faire disparaître.
Quoique ces raisons, poursuivit Laure, ne fissent pas trop bien mon apologie, le marquis eut la bonté de s'en contenter; et ce débonnaire seigneur continua de m'aimer jusqu'au jour qu'il partit de Grenade pour retourner en Portugal. Véritablement son départ suivit de fort près le tien, et la femme de Zapata eut le plaisir de me voir perdre l'amant que je lui avais enlevé. Après cela, je demeurai encore quelques années à Grenade; ensuite, la division s'étant mise dans notre troupe (ce qui arrive quelquefois parmi nous), tous les comédiens se séparèrent : les uns s'en allèrent à Seville, les autres à Cordoue, et moi je vins à Tolède, où je suis depuis dix ans avec ma nièce Lucrèce, que tu as vue jouer hier au soir, puisque tu étais à la comédie.
Je ne pus m'empécher de rire dans cet endroit. Laure m'en demanda la cause. Ne la devinez-vous pas bien ? lui dis-je. Vous n'avez ni frère ni sœur, par conséquent vous ne pouvez
èln tante de Lomee. Ootie œb, quand je olcrie en moioiânie le temfs qui <eA éooolé depoii notre dernière sépaïalîoo, H que je ooofjronte œ tenps avec le Tîsage de ¥iatre nîèce, il me leîiible que toiis pourriez cire tontes deux encore plus
le mus entends, monsieur GO Blasy reprit en rongissant nn peu la Tenre de don Antonio; comme toos «ajggyg les épofnes! il n'y a pas moyen de tous en foire accroire. Eh bien! oni, mon ami, Lucrèce est fille du marquis de MaiîalTa. et la arienne : die est le finit de notre union; je ne sanrais te le câer plus longtemps. Le grand effort qne toos faites, lui di»^, ma princesse, en me rér âant ce seciei, après m'aroir firit confidence de tos équipées aTcc Féconome de lliôpital de Zamora! Je tous dirai de plus qœ Locrèce est un suj^ de mérite si sn^nlier, que le public ne peu! assez tous remercier de hii aToir fait ce présent. Il serait à souhaiter ^m tontes Tos camarades ne lui en fissent pas de plus manrais.
Si quelque lecteur malin, rappdant ici les entretiens particuliers que j'eusà Grenade avec Lanre lorsque j'éûis secrétaire du marquis de MarialTa, me soupçonne de pourmr disputer à ce seigneur l'honneur d'être père de Lucrèce, c'est un soupçon dont je tcux bien, à ma honte, lui ayouer l'injustioe.
Je rendis compte à mon tour à Laure de mes principales ayentures, et de l'état présent de mes afTaires. Elle écouta mon récit avec une attention qui me fit connaître qu'il ne lui était pas indifférent. Ami Santillane, me dit-eUe quand je Teus acheré, tous jouez, à ce que je vois, un assez beau rôle sur le théâtre du monde : tous ne sauriez croire jusqu'à quel point j'en suis ravie. Lorsque je mènerai Lucrèce à Madrid pour la faire entrer dans la troupe du prince, j'ose me flatter qu'elle trouvera dans le seigneur de Santillane un puissant protecteur. Ven doutez nullement, lui répondis-je, vous pouvez compter sur moi; je ferai recevoir votre fille et vous dans la troupe du prince quand il vous plaira; c'est ce que je puis vous promettre sans trop présumer de mon pouvoir. Je vous prendrais au mot, reprit Laure, et je partirais dès demain pour Madrid, si je n'étais pas liée ici par des engagements avec ma troupe. Un ordre de la cour peut rompre vos liens.