‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 276 sur 296 · LIVRE XII, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAP. IV

j'avais à le porter, et je le priai de m'employer à toute autre chose, n parut étonné de ma vertu. Santillane, me dit-il, ta délicatesse me charme; et, puisque tu es un si honnête garçon, je veux te donner une occupation plus convenable à ta sagesse. Yoici ce que c'est : écoute attentivement la confidence que je vais te faire.

Quelques années avant que je fusse en faveur, continuat-il, le hasard offrit un jour à ma vue une dame qui me parut si bien faite et si belle, que je la fis suivre. J'appris que cëtaif une Génoise, nommée dona Margarita Spinola, qui vivait à Madrid du revenu de sa beauté : on me dit même que don Francisco de Valéasar *; alcade de cour, homme riche, vieux et marié, faisait pour cette coquette une dépense considérable. Ce rapport, qui n'aurait dû m'inspira que du mépris pom* elle, me fit concevoir un désir violent de partager ses bonnes grâces avec Yaléasar. J'eus cette fantaisie ; et, pour la satisfaire, j'eus recours à une médiatrice d'amour, qui eut l'adresse de me ménager en peu de temps une secrète entrevue avec la Génoise ; et cette entrevue fut suivie de plusieurs autres ; si bien que mon rival et moi, nous étions également bien traités pour nos présents. Peut-être même avait-elle encore quelque autre galant aussi heureux que nous.

Quoi qu'il en soit, Marguerite, en recevant tant d'hommages confus, devint insensiblement mère, et mit au monde un gai'çon, dont elle voulut faire honnem* à chacun de ses amants en particulier; mais aucun, ne pouvant en conscience se vanter d'être père de cet enfant, ne voulut le reconnaître; de sorte que la Génoise fut obligée de le nom*rir du fruit de ses galanteries : ce qu'elle a fait pendant dixhuit années, au bout desquelles étant morte, elle a laissé son fils sans bien, et, qui pis est, sans éducation.

Voilà, poursuivit monseigneur, la confidence que j'avais à te faire, et je vais présentement t'instruire du grand dessein que j'ai formé. Je veux tirer du néant cet enfant malheureux, et, le faisant passer d'une extrémité à l'autre, le reconnaître poui* mœi fils et l'élever aux homieurs •.

' Valéasar, valeur de hasai-d.

' Tout ceci est fondé sur des i-U'oemetits reel!», et voici ce qu'en dit rbistoii-e : « Le > grand secret dont le conitc-duc s'était servi povf gouverner son naUre, c'était de

A ce projet enLtravagant, il me fut impossible de me taire. Comment, seigneur, m'écriai-je, Votre Excellence peut-elle avoir pris une résolution si étrange? Pardonnez-moi ce terme; il échappe à mon lèle. Tu la trouveras raisonpable, reprit-il avec précipitation, quand je t'aurai dit les raisons qui m'ont déterminé à la prendre. Je ne veux point que mes collatéraux soient mes héritiers. Tu me diras que je ne suis point encore dans un âge assez avancé pour désespérer d'avoir des enfants de madame d'Oiivarès. Mais chajcun se connaît : qu'il te suffise d'apprendre que la chimie n'a pas de secrets que ie n'aie inutilement mis en usage pour redevenir père. Ainsi, puisque la fortune, suppléant au défaut de la nature, me présente un enfant dont peut-être dans le fond je suis le veritable père, je l'adopte; c'est une chose résolue.

Quand je vis que le ministre ^vait en tête cette adoption, je cessai de le contredire, le connaissant pour un honmie capable de faire une sottise plutôt que de démordre de son sentiment. Il ne s'agit plus, ajouta-t-il, que de donner de l'éducation à don Henri-Philippe de Guzman (car c'est le nom que je prétends qu'il porte dans le monde, jusqu'à ce qu'il soit en état de posséder les dignités qui l'attendent). C'est toi, mon cher Santillane, que je choisis pour le conduire : je me repose sur ton esprit et sur ton attachement pour moi, du soin de faire sa maison, de lui donner toutes sortes de maîtres, en un mot de le rendre un cavalier accompli. Je voulus me défendre

> se rendre le compagnon ou du moins le confident de ses plalsiri, pendant que laf-

> même affectait une grande ostentation de pieté et de déTotion ; il était Boa-S8al«-

> ment engagé dans la débauche, mais il la nourrissait dans le roi, an grand soandale » de ses sujets et au grand préjudice de ses affaires. En 1642, le temps le moins

> propre pour une pareille démarche, Olivarès reconnut un fils naturel, qui avait » porté jusque-là le nom de Julien. Le comte-duc lui fit prendre hi nom de Enri*

> quez de Guzman, le produisit à la cour avec un magnifique équipage, et, soit par

> flatterie, soit par contrainte, lui fit épouser la fille du connétable de Castille. OK-

> varës engagea le roi à faire une démarche de même nature. Dans uneocca^on où

> le roi avail été extrêmement irrité contre lui, le comte regagna les bonnes grftoes t du monarque, en lui procurant les faveurs de la Calderon^, célèbre comédienne. » Le roi en eut qn fils, qui était resté jusqu'ici dans Tobscurité ; mais, pour Justifier » la conduite du comte-duc, ce jeune homme, qui avait à peine quatorze ans, fbt » reconnu du roi sous le nom de don Juan d'Autriche, et déclaré généralissime ea » Portugal, pendant que don Baltazar, alors héritier de la couronne, vivait encore » sous la conduite ou plutôt sous la captivité de la duchesse d'Olivarès; ce qui mor- » tifia extrêmement la reine, irrita le peuple,, et étonna tout le monde, > [An9cdottt eu tomte-due. UUloir* «fi»o«rs«M«, livr« XXU, chap, l.)

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