LIVRE XII 4 CHAP. III. 'TIS
pi^rdg point de temps; hâle-toi^ mon ami, d'aller exécuter l'ordre impoitaiit qu'on t'a donnée et dont il y a bien des sei* gneurs à la cour qui feraient gloire d'être chargés. Songe, poursuivit-il, que tu n'as point ici de comte de Lemos qui t'enlève la meilleure partie de Thonneur du service rendue tu l'auras tout entier, et de plus tout le profit.
C'est ainsi que Son Excellence me dora la pilule, que j'avalai tout doucement, inm sans en sentir l'amertume; car depuis ma piison je m'étais accoutumé à regarder les choses dans un point de vue moral, et je ne ti^ouvais pas l'emploi de Hercure en chef aussi honorable qu'on mêle disait. Cependant, si je n'étais point asset vicieux pour m'en acquitter sans remords, je n'atais pas non plus assez de vertu pour refuser de le remplir. J'obéis donc d'autant plus volontiers au roi, que je voyais en même temps que mon obéissance serait agréable au ministre, à qui je ne songeais qu'à plaire.
Je jugeai à propos de m'adresser d'abord à Laure, et de l'entretenir en particulier. Je lui exposai ma missic»i en termes mesurés, et sur la fin de mon discours je lui présentai l'écrin en forme de péroraison. A la vue des pierreries, U dame, ne pouv€mt cacher sa joie, la fit éclater en liberté. Seigneur Gil Bias, s'écria-t-elle, ce n'est pas devant le meilleur et le plus ancien de mes amis que je dois me contraindre ; j'aurais tort de me parer d'une fausse sévérité de niours et de faire des grimaces avec vous. Oui, n'en doutez pas, continua-t-elle, ie suis ravie que ma fille ait fait une conquête si précieuse; j'en conçois tous les avantages. Mais, entre nous, je crains que Lucrèce ne les regarde d'un autre œil que moi : quoique fille de théâtre, je vous l'ai dit, elle a la sagesse si fort en recommandation, qu'elle a déjà rejeté les vœux dé deux jeunes seigneurs aimables et riches. Vous me
» d'ëut de a'appHqtier loncpi'il eê sentit It méoemAié, » [BUtai^ mniv9ftêlk, U XXIV, in-4*, page 163.)
A raitiple d'Olivarès, Ladvocai dit aussi que la favear de ce ministre anpràs de Philippe IV venait des moyens qu'il avait procures au jetine pnnce de satisfaire ses goûts pour 1m fsmnee. {Suftplémmt au DicUotmrnin kiêt&ri^, page 469.)
Enfin ce don Juan d'Autriche (qui fut batlu par Turenne à la bataille des Dunes, et qui parvint à faire chasser de k cour d'Eqiagne te jësulte Nitaid) était lils de Phiiitppe IV el d'une eomédienne.
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direz, poursuivit-elle, que ces deux seigneurs ne sont pas des rois : j'en conviens, et vraisemblablement Famour d*mi amant couronné doit étourdir la vertu de Lucrèce ; néan* moins, je ne puis m'empêcher de vous dire que la chose est incertaine, et je vous déclare que je ne contraindrai pas ma fille. Si, bien loin de se croire honorée de la tendresse passagère du roi, elle envisage cet honneur comme une infamie, que ce grand piince ne lui sache pas mauvais gré de s'y dérober. Revenez demain, ajouta-t-elle, je vous dirai s*il faut lui rendre une réponse favorable ou ses pierreries.
Je ne doutais point du tout que Laure n'exhortât plutôt Lucrèce à s'écarter de son devoir qu'à s'y maintenir, et je comptais fort sur cette exhortation. Néanmoins, j'appris avec surprise le jour suivant que Laure avait eu autant de peine à porter sa fille au mal que les autres mères en ont à porter les leurs au bien ; et ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est que Lucrèce, après avoii* eu quelques entretiens secrels avec le monarque, eut tant de l'egrets de s'être Hvrée à ses désirs, qu'elle quitta tout à coup le monde, et s'enferma dsins le monastère de l'Incarnation, où bientôt elle tomba malade et mouiTit de chagrin ^. Laure, de son côté,* ne pouvant se consoler de la perte de sa fille et d'avoir sa mort à se reprocher, se retira dans le couvent des Filles Pénitentes, pour y pleurer les plaisirs de ses beaux jours. Le roi fut touché de la retraite inopinée de Lucrèce ; mais ce jeune prince, n'étant pas d'humeur à s'affliger longtemps, s'en consola peu à peu. Pour le comte-duc, quoiqu'il ne parût guère sensible à cet incident, il ne laissa pas d'en être mortifié ; ce que le lecteur n'aura pas de peine à croire.
GHAP. IV. — Du nouvel emploi que dopna le ministre à SautiUaue.
Je sentis aussi très-vivement le malhem* de Lucrèce; et j'eus tant de remords d'y avoir contribué, que, me regardant comme un infâme, malgré la qualité de l'amant dont j'avais servi lès amours, je résolus d'abandonner pour jamais le caducée ; je témoignai même au ministre la répugnance que
' On ne s'attendait pas à un semblable dënoûment; il parait fondé sur l'histoire. La mere de don Juan d'Autriche, simple comédienne, tint la même conduite que l'oa Til imiter ?n France par madame de La Yallière, et s'enferma dans un coaveot.