‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 38 sur 296 · LIVRE U^ GIUP. V. i · texte numérisé non relu

LIVRE U^ GIUP. V. i

poiimîf te dire à pea ])rà8 la même chose; je n'ai pas sou* tent la satis&ction de gruérir les personnes qui tond)ent entre mes mains; et^ si je n*étais pas aussi sûr de mes principes que je le suis» je attirais mes remèdes contraires à presque toutes les maladies que je traite. Si yous m'en veules crob«^ monsieur, repris^je ^ nous changerons de pratique. Donnons par curiosité des préparations diimiques à nos malades : es^ safOQi le kermès : le pis qu'il puisse nous arriTer, c'est qu'il l^ôduise le même effet que notre eau chaude et nos saignées, ié taûs Yolontiers cet essai, répliqua-t-il, si cela ne tirait poiot à conséquenoe; mais j'ai publié un livre où je vante la firéqiimite aai§^éè et l'usage de la boisson *■ : veux-tu que j'aille décrier mon ouvrage? ûhl vous avez raison, lui rq>artis-je| 11 ne Cuit point accorda: ce triomphe à vos ennemis : ils diraient que vous vous laissez désabuser; ils vous perdraient da ri^iitiation. Périssent plutôt le peuple, la noblesse et le dsfgé ! Allons donc toigours notre train. Après tout, nos confrte^i malgré l'aversion qu'ils ont pour la saignée , ne savept pas km de plus grands miracles que nous; et je crois que leurs drogues valent bien nos ^léeifiques.

Nous Ncontinuâmes à travailler sur nouveaux frais, et nous y procédâmes de manière qu'en moins de six semaines nous fîmes autant de veuves et d'orphelins que le siège de Troie. 11 semblait que la peste fût dans Valladolid, tant on y faisait d^ funéraillesf II venait tous les jours au logis quelque père nous demander compte d'un âls que nous lui avions enlevé, ou bien quelque onde qui pous reprochait la nuNi de son neveu. Peur les neveux et les fils dont les oncles et leS pères s'étaient mai trouvés de nos remèdes, ils ne paraissaient point chee nous. Les maris étaient aussi fort discrets : ils ne nous chicanaient point sur la perta dé leurs femmes; mais les personnes affligées dont il nous ùdlait essuyer les reproches avaient quelqueibis une douleur bnitale ; ils nous appelaient ignfiarants> assassins, ils ne ménageaient point les termes.

' A «0 tra>^ 09 ne pant méeon^i^lfp ]» mé^^dn PlUlipp* HM^vci, qvi ^it ea efet l'aotear d'an Uvre intHalë Vertus dé Veau wmmunêt 2 yqlL in-12. C'était d'aillem an kooiiM bablle et res|>eettUe. On IH «veé pUWr ta vie écrite par Rémond de JSaiM-Hnic, en tèu de fa ffedtdm en panerai. Le Sage a «aé de wn droil, en ckaiiçeantle jpertrait df docteur S^BSiltdoj awi» |^ «aai de JMeqiM ne doit pet éM ■k tu bat dlôie telle carlcatore lani de jaUèa reatridiona. Vejea liTte X, cba^, \.

J'étais ému de leurs épithètes; mais mon maître ^ qui était fait à cela^ les écoutait de sang-froid. J'aurais pu, comme lui, m'accoutumer aux injures, si le ciel, pour ôter sans douté aux malades de Yalladolid un de leurs fléaux, n'eût fait naître une occasion de me dégoûter de la médecine, que je prati*^ quais avec si peu de succès. Cest de quoi je vais Cure un dé^ tail fidèle, dût le lecteur en rire à mes dépens.

n y avait dans notre voisinage un jeu de paume où les fainéants de la ville s'assemblaient chaque^jour. On y voyait un de ces braves de profession qui s'édgent en maîtres, et décident les différends dans les tripots. 11 était de Biscaye, et se faisait appeler don Rodrigue de Mondragon. Il paraissait avoir trente ans. C'était un bomme d'une taille (»*dinaire, mais sec et nerveux. Outre deux petits yeux étincelants qui lui roulaient dans la tête, et semblaient menacer tous ceux qu'il regardait, un nez fort épaté lui tombait sur une moustache rousse qui s'élevait en croc jusqu'à la tempe. Il avait la parole si rude et si brusque, qu'il n'avait qu'à parler pour In^ spirer de TeffroL Ce casseur de raquettes s'était rendu le tyran du jeu de paume : il jugeait impérieusement les contestations qui survenaient entre les joueurs ; et il ne fallait pas qu'on appelât de ses jugements, à moins que l'appelant ne voulût se résoudre à recevoir de lui, le lendemain, un cartel de défi. Tel que je viens de représenter le seigneur don Rodrigue , que le don qu'il mettait à la tête de son nom n'empêchait pas d'être roturier, il fit une tendre impression sur la maîtresse du tripot. C'était une femme de quarante ans, riche, asses agréable , et veuve depuis quinze mois. J'ignore comment il put lui plaire : ce ne fut pas assurément par sa beauté; ce fut donc par ce je ne sais quoi qu'on ne saurait dire. Quoi qu'il en soit, elle eut du goût pour lui, et forma le dessein de l'épouser; mais dans le temps qu'elle se préparait à consonh^ mer cette affaire, elle tomba malade; et, malheureusement pour elle, je devins son médecin. Quand sa maladie n'aurait pas été une fièvre maligne , mes remèdes suffisaient pour la rendre dangereuse. Au bout de quatre jours, je remplis de deuil le tripot. La paumière alla où j'envoyais tous mes ma« lades, et ses parents s'emparèrent de son bien. Don Rodrigue, au désespoir d'avoh' j)erdu sa maîtresse, ou plutôt l'espérance

ame, et je m'imaginais unis cesse te voir entier dans maison d'un air furieux ; je ne pouvais goûter un mode repos. Cela me détacha de la médecine, et je ne Bon-

plni qu'à m'alTranchir de mon inquiétude. Je repris mon brodé; et, après avoir dit adieu à mon maSlre, qui ne

ne retenir, je sortis de la ville à la pointe du jour, non

(ninle de trouver don Rodrigue en mon chemin.

IL — <tiiiUeroaU il (ill « uttut de VkUxlcdiil, <tqul kouH h jolgalt

ifflirphiiM tort vite, et regardais de temps en temps dermoi, pour voir si ce redoutable Biscayen ne suivait point fU : j'avais l'imagination si remplie de cet honune-Ià, fl [tenais pour lui tous les arbres et les buissons : je aen- L tout moment m(»i cœur tressaillir d'eflroi. Je me raspourtant après avoir Tait une bonne lieue, et je contimiai doucement mon cbemin vers Madrid, où je me proposais ir. le quittais sans peine le séjour de Valladi^id ; lout n^ret était de me séparer de Fabrice, mon cher Pylade, je n'avais pu même faire mes adieux. Je n'étais nuUe- . f&ché d'avoir renoncé à la médecine ; an contraire, je indaîs pardon à Dieu de l'avoir exercée. Je ne laissai pas oq^ter avec plaisir l'argent que j'avais dans mes poches, qne ce fAt le salaire de mes assassinats. Je reeeemblais JHoomes qui cessent d'Être libertines, mais qui saident

Tandfo que je rappelais tout ce que j'en ayais etiï dive, et que je jouissais par atance des plaii^irs qu*eii y prends f énr tendis la voix d'un homme qui marchait sur mes pas> et qcà chantait à plein gosier. Il avait sur le dos un sac de oiîir^ une guitare pendue au cou, et il portait une asset longue épée. n allait si bon train 5 qu'il me joignit en peu de tempe. C'était un des deux garçons barbiers avec qui j*avais été en prison pour Taventure de la bague. Nous nous reconnûmes dHilMHNi l'un l'autre^ quoique nous eussions changé d*habit^ et nous demeur&mes fort étonnés de nous rencontrer inopinémefit sur un grand chemin< Si je lui témoignai que j'étais ravi de ravoir pour compagnon de voyage , il me parut de son eôtë sentilr une extrânie joie de me revoir. Je lui contai pourquoi j'ahaïkdonnais Valladolid; et lui^ pour me faire la màaie eontideiifl^ m'apprit qu'il avait eu du bruit avec son maître^ et qu'ils s'étaient dit tous deux réciproquement un étemel adteu. À j'eusse voulu^ ajouta-t-il^ demeurer plus longtemps à Valladolid J'y aurais trouvé dix boutiques pour une; car^ lana vahité) j'^Nie dire qu'il n'est point de barbier en Espagne qui sache mieux que moi raser à poil et à contra^pdl^ et mettM une moustache en papillotes. Mais je n'ai pu résistsr duvaur tage au violent désir que j'ai de retourner dans ma patrie i d'où il y a dix années entières que je suis aorti. Je vexpL rest pirer un peu Tair natal ^ et savoir dans quelle situaticm scttit mes pareîirts. Je serai chez eux après^demain^ puisque Vbù* droit qu'ils habitent, et qu'on appelle Olmedo, est un groi village en deçà de Ségovie.

Je résolus d'accompagner ce barlner jusque ches lul^ et d'aller à Ségovie chercher quelque commodité pour lladiid* Nous oommençâmes à nous entretenir de d^oses indlQéreatai en poursuivant notre route. Ce jeune homme était de bownâ humeur y et avait l'esprit agréable. Au bout d'une heure dk conversation, il me demanda si je me sentais de l'appétit* Je lui répondis qu'il le verrait 4 la premie hôtellerie, lu al« tendant que nous y arrivions, me dit-^il, nous pouvons Sum un0 pause t j'ai dans mpn sac de quoi déjeuner. Quand j^ voyage, j'ai toujours soin de porter des provisions. Je ne ma charge point d'habits, de linge ni d'autres bardes inutiles ; je ne veux rien de superflu. Je ne m^ dans mon tac ipwjdH

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