LIVRE III^ CHAP. VI
de matière^ poursuivit-il; celle-ci m'ennuie. Tu pars iemain^ quelque envie que j'aie de te posséder plus
lat Le Sage, Boonault «Tait imité Phèdre en Ten moiiit élégiaU qv*iis M
La Prévention y Cible.
Autrefois les tribuns établirent à Rome
Deax troupes de comédiens :
{Le besoin de rimer m*oblige à dire comme A Paris les Français et les Italiens.)
L*ane et l'antre avec un grand sèle Tâchaient à renvoyer les auditeors contents. Vais dans l'une des deux, n'importe dans laquelle, Présidait Roscins, si cél^re en son temps,
Ses gestes, son air, sa parole, Bendaient en sa faveur le monde prévenu ; Bt quiconque après lui jouait un même rôle, S'il n'était fort habile, était fort mal venu.
Un jour que, dans certaine piècoy U grognait à peu près comme un petit cochon, Un rôle si nouveau parut en son espèce A tons les spectateurs admirablement bon. Borne était une ville en curieux féconde;
Bt chacun allant voir cela :
« Boscius, disa'it'on, est le seul homme au monde
> Capable de ce rôle^là. > Pendant que Rosdus, ayant le vent en poupe, Causait tant de plaisir et d'admiration.
Un des acteurs de l'autre troupe
S'avisa d'une invention Qni montre clairement que la prévention
A toujours l'ignorance en croupe.
Il dit que c'était un abus De croire Roscins un si merveilleux homme ; Bt fit même afficher aux carrefours de Rome Qu'il ferait le cochon moins mal que Roscins. Lee Rmnains, étonnés d'une pareille affiche, Bl qu'avec Roscius il fit comparaison.
Furent tons l'écouter plus pour lui faire niche
Que pour voir s'il avait raison.
Dès le moment qu'ils l'entendirent.
Ce fîit de tontes parts nn mnrmure confus; Ifille gens prévenus l'un à l'antre se dirent :
« Eh fi l ce n'est pas Rosdus. > n demande par grâce â poursuivre son rôle;
Bais ses efforts sont superflus; A peine grogne-t-il, que chacun le contrôle. Et crie â haute voix : « Ce n'est pas Roscius 1 »
Enfin, dans nn oonrronx extrême.
Tirant nn vrai cochon de dessons son mautean^ Â quif pour réussir dans un tel stratagèoM,
178 GIL BLàS.
longtemps? Je Toudrais^ répondit son parent^ pouvoir. (aire ici un plus long séjour^ mais je ne le puis^ je vous l'ai éé^ dit. Je suis venu à la cour d'Espagne pour une affaii'e d'État Je parlai hier, en arrivant, au premier ministre; je dois le voir encore demain matin, et je partirai, un moment apr^, pour m'en retourner à Varsovie. Te voilà devenu Polonais, répliqua Segiar, et, selon toutes les apparences, tu ne reviendras point demeurer à Madrid. Je crois que non, repartit don Pompeyo; j'ai le bonheur d'être aimé du roi de Pologne; j'ai beaucoup d'agrément à sa cour. Quelque bonté pourtant qu'il ait pour moi, croiriez-vous que j'ai été sur le point de sortir pour jamais de ses États? Eh ! par quelle iaventure? dit le marquis. Contez-nous cela, je vous prie. Très-volontiers, répondit don Pompeyo, et c'est en même temps mon histoire dont je vais vous faire le récit.
GHAP. VU. •— Histoire de don Pompeyo de Castro»
Don Alexo, poursuivit-il, sait qu'au sortir de mon enfonce je voulus prendre le parti des armes, et que, voyant notre pays tranquille, j'allai en Pologne, à qui les Turcs venaient alors de déclarer la guerre. Je me fis présenter au roi^ ipL me donna de l'emploi dans son armée. J'étais un cadet des moins riches d'Espagne; ce qui m'imposait la nécessité de me signaler par des exploits qui m'attirassent l'attention du général. Je ûs si bien mon devoir, qu'après une assez longue guerre, la paix ayant été faite, le roi, sur les bons témoignages que les officiers généraux lui rendirent de moi, me gratifia d'une pension considérable. Sensible à la générosité de ce monarque, je ne perdais pas une occasion de lui en témoigner ma reconnaissance par mon assiduité. J'étais devant lui à toutes les heures où il est permis de se présenter à ses regards. Par cette œnduite, je me fis insensiblement aimer de ce prince, et j'en reçus de nouveaux bienfaits.
n tirait sourdement la pean :
< Roscius, leur dlt-il, dont l'esprit est ti bean, > Fait donc mieux le cochon que le cochon lui-même! >
Quand on juge avec passion, En tous lieux, en tous temps mêmes choses aniTent; C'est un guide trompeur que la prévention,
Elle égare eeax qui la suiventt
BOUISAULT.