LIVRE 111^ CHAP. IX
presqiie déjà sans Tie. Ce spectacle m'attendrit; et je ne pi» m'empêcher de pleurer une mort à laquelle , sans y penser, j'avais servi d'instrument. Néanmoins , malgré ma douleur, je ne laissai pas de songer à mes petits intérêts. Je m*en retournai promptement à Thôtel sans rien dire; je fis un paquet de mes bardes, où je mis par mégarde quelques nippes de mon maître ; et quand j'eus porté cela chez le barbier, oii mon habit d'homme à bonnes fortunes était encore, je répandis dans la ville l'accident funeste dont j'avais été témoin. Je le contai à jqui voulut l'entendre, et surtout je ne manqucâ pas d*aller rannoncer à Rodriguez. 11 en parut moins aiàigé qu'occupé des mesures qu'il avait à prendre là-dessus. 11 assembla ses domestiques, leur ordonna de le suivre, et nous sens rendîmes tous au pré de Saint-Jérôme. Nous enlevâmes don Ifathias qui respirait encore, mais qui mourut trois heures après qu'on l'eut transporté chez lui. Ainsi périt le seigneur don Mathias de Silva, pour s'être avisé de lire mal à propos des biUets doux supposés.
CHAP. IX. — Quelle personne il alla servir après la mort de don Ifathias de Siln*
Quelques jours après les funérailles de don Mathias, tous ses domestiques furent payés et congédiés. J'établis mon domicile chez le petit barbier, avec qui je commençais à vivre dans une étroite liaison. Je m'y promettais plus d'agrément que chez Melendez. Gomme je ne manquais pas d*argent, je ne me hâtai point de chercher une nouvelle condition ; d'ailkors j'étais devenu difficile sur cela. Je ne voulais {dus servir qœ des personnes hors du conunun; encore avais-je résolu de bien examiner les postes qu'on m'offrirait. Je ne croyais pas le meilleur trop bon pom* moi, tant le valet d'un jeune sdgneur me paraissait alors préférable aux autres valets!
£d attendant que la fortune me présentât une maison telle que je m'imaginais la mériter, je pensai que je ne pouvais mieux fiaire que de consacrer mon oisiveté à ma belle Laure, que je n'avais point vue depuis que nous nous étions si plaisamm^it détrompés. Je n'osai m'habiller en don Césai* de Ribera; je ne pouvais, sans passer pour un extravagant, mettre cet habit que pour me déguiser. Mais , outre que le mien o'avait pas encore l'air trop malpropre, j'étais bien chaussé
et bien coiffé. Je me jparai donc, à l'aidé du barbier, d'ètlfè manière qui tenait un milieu entte àoti Cësar et Gil nâi Dans cet état, je me rendis à la maison d'Arsénié. Je trdiital Laure seule dans la même salle où je lui àyais déjà ffaiH. Ah! c'est vous, i'écria-t-elle aussitôt iju'elle m'aperçut; jfe TOUS croyais perdu. Il y d sept ou huit jbiirs qiie je touâ tl permis de me venir voir ! vous n'abitôez point, à èe qae jk vois, des libertés que les dames voUs donnebté
Je m'excusai sur la mort de mon maître j sdr lëli MuipÊf tiens que j'avais eues; et j'ajoutai fbrt joliment ^tié^;^ dm mes embarras mêmes, inon aimable Laui*e avait toujodhi fit présente à ma pensée. Cela étant ^ me dit-^lle, je ne tète fl^ rai plus de reproches, et je vous avouerai ^tle j'cU atissi Mag& à vous. D^aboi^d que j'ai appris lé malheur dé don Màtlilft^, j'ai formé un projet qui ne vous déplaira peut-être pUilt; D j a Idngtemps qde j'entends dire à nitt niaîiresse qu'elle vetti avoir chez elle une espèce d'homme d'afEMres, ttn ^ai'çm ^ entende bien l'économie , et qui tienne uii registre fexaiA flte sommes qu'on lui donnera pour faire la dépense de la maison. J'ai jelé les yeux sur votre seigneurie; il me sendble que vous ne remt>lirez point mal cet eniplui. Je sens, lui rë|iDndis-je, que je m'en acquitterai à merveille. J'ai lu les Économiques d'Aristote; et pour tenir des registres; c'est mon fttti;:. Mais, mon enfant, poursuivis-je, ime difQculté m'empêdfe d'entrer au service d'Arsénié. Quolle difficulté? me dit Laure. J'ai juré, lui répliquai-je, de ne plus servir de bourgeois; j'en ai même juré par le Styx ! Si Jupiter n'osait violer ce »e^ment, jugez si un valet doit le respecter! Qu'appdlcs-tn des bourgeois? repartit fixement la soubrette : pour qui prend!tu les comédiennes? Les prends-tu pour des avocates ou {Mr des prôcureuses? Oh! sache, mon àlni, que ies comédiétthes sont nobles, archinobles par les alliances qu'elles iDDiitrabtent avec les grands seigneurs.
Sur ce pied-là> lui dis-je, mon infante, je ptiiâ acëeptfer là place que vous me destinei;; je né dérogerai point. Noll, Stan doute, répondit-elle : passer de chez iin petit-maître au Hët^ vice d'une hétx)îne dé théâtl^; c'est être tiWjouts dans le mêaik monde. Nous allons de pair avec les gens de qualité. Nôhs avons des équipages comme eux, nôiï faidc^ olisii bomlë