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tout possible à Tamour du roi, cette pensée l'affligea vivement. Mais, bien loin de flatter les soupçons jaloux de son gendre^ il lui représenta d'un air d'assurance que cette voix qu'il s'imaginait avoir entendue, et cette épée qui s'était opposée à la sienne, ne pouvaient être que des fantômes d'une imagination séduite par la jalousie; qu'il était impossible que quelqu'un fût entré dans la chambre de sa Me; qu'à l'égard de la tristesse qu'il avait remarquée dans son q^ouse, quelque indisposition l'avait peut-être causée; que l'honneur ne devait point être responsable des altérations du tempérament; que le changement d'état d'une fille accoutumée à vivre dans un désert, et qui se voit brusquement livrée à im homme qu'elle n'a pas eu le temps de connaître et d'aimer, pouvait bien être la cause de ces pleurs, de ces soupirs et de cette vive affliction dont il se plaignait; que l'amour, dans le cœur des filles d'un sang tioble, ne s'allumait que par le temps et pai: les services; qu'il l'exhortait à calmer ses inquiétudes,, à redoubler sa tendresse et ses empressements pour disposer Blanche à devenir plus sensible; et qu'il le priait enfin de retourner vers elle, persuadé que ses défiances et son trouble offensaient sa vertu.
Le connétable ne répondit rien aux raisons de son beaupère, soit qu'en effet il commençât à croire qu'il pouvait s'être trompé dans le désordre oii était son esprit, soit qull jugpât plus à propos de dissimuler que d'entreprendre inutilement de convaincre le vieillard d'un événement si dénué de vraisemblance. Il retourna dans l'appartement de sa femme, se remit auprès d'elle, et tâcha d'obtenir du sommeil quelque relâche à ses inquiétudes. Blanche, de son côté, la triste Blanche n'était pas plus tranquille; elle n'avait que trop entendu les mêmes choses que son époux, et ne pouvait prendre pour illusion une aventure dont elle savait le isecret et les motifs. Elle était surprise qu'EnS^ue cherchât à slntf oduire dans son appai-tement, après avoir donné si solennellement sa foi à la princesse Con* stance. Au lieu de s'applaudir de cette démarche et d'en sentir quelque joie, elle la regardait comme un nouvel outrage, et son cœm* en était tout enflammé de colère.
Tandis que la fille de Sifiredi, prévenue contre le jeune roi, le croyait le plus coupable des hommes, ce malheureux prince, plus épris que Jamais de Blanche, s(Hihaitait de l'entreteni?
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pour la rassurer contre les appaiences qui le condamnaient, n serait venu plus tôt à Belmonte pour cet effets si tousles soins dont il avait été obligé de s'occuper le M eussent permis; mais il n'avait pu avant cette nuit se dérober à sa cour. Il connaissait trop bien les détours d'un lieu où U avait été élevé pom* être en peine de se glisser dans le château de SiStedi^ et même il conservait encore la clef d'une porte arrête par oil l'on entrait dans les jardhs. Ce fut par là qu'il gagna son ancien appartement^ et qu'ensuite il passa dans la cbamhre de Blanche. Imaginez-vQus quel dut être l'étonnemçnt de ce
Erînce d'y trouver un bonune et de sentir une épée opposée la sienne. Peu s'en fallut qu'il n'éclatât, et ne fit punir à l^eure même l'audacieux qui osait lever sa main saoilége sm* son propre roi ; mais le ménagement qu'il devait à la fiUe de Leontio suspendit son ressentiment. Il se retira de la même manière qu'il était venu; et, plus troublé qu'auparavant ^ i) reprit le chemin de Païenne. Il y arriva quelques moments devant le jour, et ^'enferma dans son appartement. Il était trop agité pour y prendre du repos. U ne songeait qu'à retourner à Belmonte. Sa sûreté, son honneur, et surtout son amour, ne lui permettaient pas de différer l'éclaircissement dé toutes les circonstances d'une si cruelle aventure.
Dès qu'il fut jour, il connnanda son équipage de chasse; et, sous prétexte de prendre ce divertissement, il s'enfonça dans la forêt de Belmonte avec ses piqueurs et quelques-uns de ses courtisans. Il suivit quelque temps la chasse pour cacher son dessein; et, lorsqu'il vit que chacun courait avec ardeur à la queue des chiens, il s'écarta de tout le monde, et prit seul le chemin du château de Leontio. U connaissait trop les routes de la forêt pour pouvoir s'y égarer; et son impatience ne lui permettant pas de ménager son cheval, il eut en peu de temps parcom'u tout l'espace qui le séparait de l'objet d^%on amour* Il cherchait dans son esprit quelque prétexte plausible pour se procurer un entretien secret avec la fille de Sifiredi, quand^ traversant une petite route qui aboutissait à une des portes du parc, il aperçut auprès de lui deux femmes assises qui s'entretenaient au pied d'un arbre. Il ne douta point que ces personnes ne fussent du château, et cette vue lui causa de l'émotiçn; mais il fut bien plus agité, lorsque^ ces fenunes 3'étant
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tournées de son côte au bruit que son cheTal faisait en courant^ il reconnut sa chère Blanche. Elle s'était échappée du château avec Nise, celle de ses fénunes qui avait le plus de part à sa confiance, pour pleurer du moins son malheur en liberté.
Il vola, il se précipita pour ainsi dire à ses pieds; et, voyant dans ses yeux tous les signes de la plus profonde affliction, il en fut attendri. Belle Blanche, lui dit-il, suspendez les mouvements de votre douleur. Les apparences, je Pavoue, ihé peignent coupable à vos yeux; mais quand vous serez instruite du dessein que J'ai formé pour vous, ce que vous regardei comme Un crime vous paraîtra une preuve de mon mnocencô et de l*eîcës de tnon amour. Ces paroles, qu'Eniique croyait capables de modérer l'affliction dé Blanche, ne servirent qu'à la redoubler. Elle voulut répondre; mais les sanglots étouffèrent sa voix. Lô prince, étonné de son saisissement» lui dit : puoi! niadame, je ne puis calmer votre trouble? Par quel malheur ai-je perdu votre confiance, moi qui mets en péril ma couronne et tnême ma vie pour me conserver à vous ? Alors la fille de Leontio, faisant un effort sur elle pour s'explî-^ quer, lui dit : Seigneur, vos promesses ne sont plus de saison. Rien désormais ne peut lier ma destinée à la vôtre. Âhl Blanche, interrompit brusquement Enrique, quelles paroles cruelles me faites-vous entendre? Qui peut vous enlever à mon amour? qui voudra s'opposer à la fureur d'un roi qui mettrait en feu toute la Sicile plutôt que de vous laisser ravir à ses espérances? Tout vôtre pouvoir, seigneur, reprit langidssamment la fille de SifiVedi, devient inutile cotitre les obstacles qui nous séparent. Je suis femme du connétable.
Femme du connétable! s'écria le prince en reculant dé quelques pas. 11 ne put continuer, tant il fut saisi. Accablé de ce coup impt^vu, ses forces l'abandonnèrent. Il se laissa tomber au pied d'un arbre qui se trouva derrière lui. Il était pâle, tremblant, défait, et n'avait de libre que les yeux, qu'il attacha sur Blanche d'une manière à lui faire comprendre combien il était sensible au malheur qu^elle lui annonçait* Elle le regardait de son côté d'un air qui lui Ikisait assez connaître (pie ses mouvements étaient peu difiéi:ents des siens^ et ces deux amants mfortunés gardaient entre eux un silence
qui avait quelque chose d'affreux. Enfin le prince, revenant un peu de son désordre par un effort de coiu*age, reprit la par rple , et dit à Blanche en soupirant : Madame , qu'avez-vou? fait? Vous m'avez perdu, et vous vous êtes perdue vous-même par votre crédulité.
Blanche fut piquée de ce que le prince semblait lui faire des reproches, lorsqu'elle croyait avoir les plus fortes raisons de se plaindre de lui. Quoi! seigneur, répondit-elle, vous ajoutez la dissimulation à l'infidélité! VouUez-vous que je démentisse mes yeux et mes oreilles, et que, malgré leur rapr port, je vous crusse innocent? Non, seigneur, je vous l'avoue, je ne suis point capable de cet effort de raison. Cependant, madame, répliqua le roi, ces témoins, qui vous paraissent si fidèles, vous en ont imposé. Ils ont sûdé eux-mêmes à vous trahir; et il n'est pas.moins vrai que je suis innocent et fidèle, qu'il est vrai que vous êtes l'épouse du connétable. Eh quoi! seigneur, reprit-elle, je ne vous ai point entendu confirmer à Constance le don de votre main et de votre cœur? vous n'avez point assuré les grands de l'État que vous rempliriez les volontés du feu roi? et la princesse n'a pas reçu les hommages de vos nouveaux sujets, en qualité de reine et d'épouse du prince Enrique? Mes yeux étaient-ils donc fascinés? Dites, dites plutôt, infidèle, que vous n'avez pas cru que Blanche dût balancer dans votre cœur l'intérêt d'un trône; et, sans vous abaisser à feindre ce que vous ne sentez plus, et ce que peutêtre vous n'avez jamais senti, avouez que la couronne de Sicile vous a pai'u plus assurée avec Constance qu'avec la fille de Leontio. Vous avez raison, seigneur; im trône éclatant ne m'était pas plus dû que le cœur d'un prince tel que vous. J'étais trop vaine d'oser prétendre à l'un et à l'autre ; mais vous ne deviez pas m'entretenir dans cette erreur. Vous savez les alarmes que je vous ai témoignées sur votre perte, qui me semblait presque infaillible pour moi. Pourquoi m'avez-vous rassurée? Fallait-il dissiper mes craintes? J'aurais accusé le sort plutôt que vous, et du moins vous auriez conservé mon cœur, au défaut d'une mam qu'un autre n'eût jamais obtenue de moi. 11 n'est plus temps présentement de vous justifier; je suis l'épouse du connétable; €t, pom* m'épargner la suite d'un entretien qui fait rougir ma gloire, souffrez, seigneur, que.