‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 73 sur 296 · LIVRE IV, CttAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CttAP. IV

de la passion la plus ardente et naturellement jaloux. Cet ^[KHix, charmé de la posséder, était sans cesse à ses genoux. Il ne lui laissait pas seulement la triste consolation de pleurer en secret ses malheurs» La nuit arrivée, la fille de Leontio sentit redoubler son affliction. Mais que devint-elle, lorsque ses tenunes^ ^rès l'avoir déshabillée, la laissèrent seule avec le connétable? d lui demanda respectueusement la cause de rabattement où elle semblait êtr(£' Cette question embarrassa Blanche, qui feignit de se trouver mal. Son époux y fut d'abord trompé; mais il ne demeura pas longtemps dans cette enreur. Comme il était véritablement inquiet de Tétat où il la voyait, et qu'il la pressait de se mettre au lit, ses instances, qu'elle e]q)liqua mal, présentèrent à son esprit une image si crueUe, que, ne pouvant plus se contraindre, elle donna un libre cours à ses soupirs et à ses larmes. Quelle vue pour un honune qui s'était cru au comble de ses vœux ! Il ne douta plus que rafïliction de sa femme ne renfermât quelque chose de sinistre pour son amour. Néanmoins, quoique cette connaissance le mit dans une situation presque aussi déplorable que celle de Blanche, il eut assez de force sur lui pour cacher ses soupçons. U redoubla ses empressements, et continua de presser son épouse de se coucher, l'assurant qu'il lui laisserait prendre tout le repos dont elle avait besoin. 11 s'offrit même d'appeler ses femmes, si elle jugeait que leur secours pût ^port^ quelque soulagement à son mal. Blanche, s'étant rassurée sur cette promesse, lui dit que le sommeil seul lui était nécessaùre dans la faiblesse où elle se sentait. 11 feignit de la croire. Ils se mirent tous deux au lit, et passèrent une nuit bi^i différente de celle que Famour et l'hyménée accordent à deux amants charmés l'un de l'autre.

Pendant que la fille de Sifiredi se livrait à sa douleur, le eonnëtable^^erchait en lui-même ce qui pouvait lui rendre son mariage si rigoureux. Il jugeait bien qu'il avait un rival; mais, quand il voulait le découvrir, il se perdait dans ses idées. U savait seulement qu'il était le plus malheureux de tous les hommes. 11 avait déjà passé les deux tiers de la nuit dans ces agitations, lorsqu'un bruit sourd frappa ses oreilles. n fut surpris d'entendre quelqu'un traîner lentement ses pas dans la chambre. 11 crut se tromper ; car il se souvint qu'il

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avait fermé la porte lui-même, après que les femmes de Blanche furent sorties. Il ouvrit le rideau pour s'éclaircir par ses propres yeux de la cause du bruit qu'il entendait; mais la lumière qu'on avait laissée dans la cheminée s'était éteinte, et bientôt il ouït une voix faU)let et languissante qui appela Blanche à plusieurs reprises. Alors ses soupçons jaloux le transportèrent de fureur ; ^ son honneur alarmé l'obligeant à se lever pour prévenir im affront ou pour en tirer '♦engeance, il prit son épée, il marclia du côté que la voit lui semblait paitir. Il sent une épée nue qui s'oppose à la sienne. Il avance, on se retire. Il poursuit, on se dérobe à sa poursuite. Il cherche celui qui semble le fuir par tous les endroits de la chambre, autant que l'obscurité le peut permettre, et ne le trouve plus. Il s'arrête, il écoute, et n'entend plus rien. Quel enchantement! Il s'approche de la porte, dans la pensée qa'elle avait favorisé la fuite de ce secret ennemi de son holineur; mais elle était fermée au verrou comme auparavant. Ne pouvant lien comprendre à cette aventure, il appela ceux de ses gens qui étaient le plus à portée d'entendre sa voix; et, comme il ouvrit la porte pour cela, il en ferma le passage, et se tint sur ses gardes, craignant de laisser échapper ce qu'il cherchait.

A ses Cl is redoublés, quelques domestiques accoururent avec des flambeaux. Il prend une bougie, et fait une nouvelle recherche dans la chambre en tenant son épée nue. 11 n'y trouva toutefois personne, ni aucune marque apparente qu'on y fût entre. 11 n'aperçut point de porte secrète, ni d'ouverture par où l'on eût pu passer; il ne pouvait pourtant s'aveugler lui-même sur les circonstances de son malheur. 11 demeura dans une éti'ange confusion de pensées. De recourir à Blanche, elle avait trop d'intérêt à déguiser la vérité pour qu'il en dût attendre le moindre éclaircissement. Il prit le parti d'aller ouvrir son cœur à Leontio, après avoir renvoyé ses gens, erfleur disant qu'il croyait avoir entendu quelque bruit dans la chambi*e, et qu'il s'était trompé. 11 rencontra son beau-père qui sortait de son appartement au bruit qu'il avait ouï, et, lui racontant ce qui venait de se passer, il fit ce récit avec toutes les marques d'une extrême agitation et d'une profonde tristesse.

Siffred îfut surpris dé l'aventure. Quoiqu'elle ne lui parût pas naturelle, il ne laissa pas de la cToire véritable, et jugeant

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