‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 94 sur 296 · LIVRE IV > CQAI». t · texte numérisé non relu

LIVRE IV > CQAI». t

le suis dans un âge à donner des conseils, et vous ptes peutêtre dans une situation à en avoir besoin. Oui, mon père, répondit le cavalier en soupii^ant, j'en ai besoin sans doute , et je yeux suivre les vôtres, piûsque vous avez la bonté de nie les ofiCrir. Je crois que je n^ lisque rien h me découvrir à un homme tel que vous. Non, mon ii}s, dît le vieillard^ vous n'avez rien à craindi'e ; on peut me faire toute sorte de confidences. Alors le cavaUer lui parla dans ce3 termes.

CHAP. X. — Histoire de don Alphonse et d« la beU« S^nq^ine.

Xe ne VOUS déguiserai rien, mon père, non pluts qu'^ ce cavalier qui m'écoute : après la générosité qu'il a fait parattie^ j'aiirais toi*t de me déder de lui. Je vais vo^is apprendre mes malheurs. Je suis de Madiid, et voici mon origlpe. Uo of&cier de la garde allemande ^, nommé le baron de Steinbach, ren* trant un soir dans sa maison, aperçut au pied dQ l'escalier un paquet de linge blanc U le prit et l'emiK^la dans l'appartement de pa femme, où U ^ trouvs^ que' c'était un enfant nour veau-né, enveloppé dans une toilette fort propre, avec un billet par lequel on assurait qu'il appartenait à des personnes de qualité qui se feraient connaître un jour; et l'on ajoutait qu'il avait été baptisé et nonupé Alphonse. Je suis cet enfant malheureux, et c'est tout ce que je sais. Victime de l'honneur ou de rjnQdélité, j'ignore si ma mère UQ m'a point exposé seulement pour ^cher de honteuses amours, ou si, séduite par un amant parjui*e, elle s'est trouvée dans la cruelle nécessité de xjfie désavouer.

Quoi qu^il en soit, le baron et sa femme furent touchés de mon sort; et comme ils n'a,vaient point d'enfants, ils se déterminèrent à m'élever $ous Iç nom de don AlphonsQ. A mesure que j'avançais en âge^ Us se sentaient attacher à moi. Mes manii^res flatteuses et complaisantes excitaient i tous moments leuis caiess^s. EnGn j'eus le bonheur de m'en faire aimer. Us me donnèrent toute sorte de maîtres. Mon éducation devint leur unique étude; et, loin d'attendre impaiienupent que mes parents se découvrissent, il semblait, au conti'cûre, qu'ils souhaitassent que ma naissance demem'ât tou-

* Les rois d'Espagne de la maison d*Autrlehe avaient unn garde eraipoiëe d'Alton IMnds depuis que Char}es-Quint| I'iid d'eux, avait é^ eropereur d'Allemagoe.

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jours inconnue. Dès que le baron me vit en état de porter les armes ^ il me mit dans le service. Il obtint pour moi une enseigne^ me fit faire im petit équipage; et, pour mieux m'animer à chercher les occasions d'acquérir de la gloire, il me représenta que la carrière de Thonneur était ouverte à tout le monde, et que je pouvais dans la guerre me faire un nom d'autant plus glorieux, que je ne le devrais qu'à moi seul. En même temps il me révéla le secret de ma naissance, qu'il m'avait caché jusque-là. Conune je passais pour son fils dans Madrid, et que j'avais cru l'être effectivement, je vous avouerai que cette confidence me fi^eaucoup de peine. Je ne pouvais et ne puis encore y penser sans honte. Plus mes sentiments semblent m'assurer d'une noble origine, plus j'ai de confusion de me voir abandonné des personnes à qui je dois le jour.

J'allai servir dans les Pays-Bas : mais la paix se fit fort peu de temps après; et, l'Espagne se trouvant sans ennemis, mais non sans envieux, je revins à Madrid, où je reçus du baron et de sa femme de nouvelles marques de tendresse. Il y avait déjà deux mois que j'étais de retour, lorsqu'un petit page entra dans ma chambre un matin, et me présenta un billet à peu près conçu dans ces termes : Je ne suis ni laide ni mal faite, et cependant vous me voyez souvent à m£S fenêtres sans m'agacer. Ce procédé répond mal à votre air galant; et j'en suis si piquée que je voudrais bien, pour m'en venger, vous donner de l'amour.

Après avoir lu ce.billet, je ne doutai point qu'il ne fût d'une veuve appelée Léonor, qui demeurait vis-à-vis de notre maison, et qui avait la réputation d'être tort coquette. Je questionnai là-dessus le petit page, qui voulut d'abord faire le discret; mais, pour un ducat que je lui donnai, il satisfit ma curiosité. 11 se chargea même d'une réponse par laquelle je mandais à sa msûtresse que je reconnaissais mon crime, et que je sentais déjà qu'elle était à demi vengée.

Je ne fus pas insensible à cette façon de conquête. Je ne sortis point le reste de la journée, et j'eus grand soin de me tenir à mes fenêtres pour observer la dame , qui n'oublia pas de se montrer aux siennes. Je lui fis des mines. Elle y répondit; et dès le lendemain elle me manda par son petit page^

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