LIVRE lY; CHAP. X. S
Ion. J'eus le loisir de con^dérer toutes ces choses; car J'Avais beau de temps en temps prèt^ une oreille attentive^ je n^eil^ tendais aucun bruit, ni ne voyais paraître personùe.
n y avait à Tun des côtés du salon une porte qui n'était qvm poussée ; je rentr'ouvris , et j'aperçus une ehfilade de cham*' bres dont la dernière seulement étsût éclairée. Que ioMjè fisdre? dis-je alors en moi-même. M'en retoumèrai^je , ou Bé« rai-je assez hardi pour pénétrer jusfpi'à cette chambre? iû pensais bien que le parti le plus judicieux , c'était de retour^ ner sur mes pas; mais je ne pus résister à ma curiosité, ou, pour mieux dire, à la force de mon étoile qui m'entrainait. fe m'avance, je traverse les chambres, et j'arrive à ceUe où il j avait de la lumière, c'est-à-dire une bougie qui brûlait sur une table de marbre, dans un flambeau de vermeil. Je remai"*quai d'abord un ameublement d'été ti'è»-propre et très-galant $ mais Mentôt, jetant les yeux sur un Ut dont les rideaux étaient à demi ouverts à cause de la chaleur, je vis un objet qui attira mon attention tout entière. C'était une jeune dame qui, mal» gré le bruit du tonnerre qui venait de se faire entendre , dor^ malt d'un profond sommeil. Je m'approchai d'elle tout douce^ ment$ et^ à la clarté que la bougie me prêtait, je démêlai un teint et des traits qui m'éblouirent. Mes esprits tout à coup te troublèrent à sa vue. Je me sentis saisir, transporter; maiSj» quelques mouvements qui m'agitassent^ l'opinion que j'avais de la noblesse de son sang m'empêcha de former une penséd téméraire, et le respect l'emporta sur le sentiment. Pendant que je m'enivrais du plaiûr de la copteropler, elle se réveilla.
Imaginez-vous quelle fut sa surprise de voir dans sa cham-* bre et au milieu de la nuit un homme qu'elle ne connaissait point. Elle frémit en m'apercevant, et fit un grand cri. Je m'efforçai de la rassurer; et mettant un genou à terre : Ma-* dame , lui dis-je , ne craignez rien ; je ne viens point ici pour TOUS nuire. J'allais continuer; mais elle était si efl^yéè, qu'elle ne m'écouta pohit. Elle, appelle ses femmes à plu-> sieurs reprises; et, comme personne ne lui répondait, elle prend une robe de chambre légère qui était au pied de son lit^ se lève brusquement > et passe dans les chambres que j'avais traversées, en appelant encore les filles qui la servaient, auiHrt bien qu'une scaur cadette qu'elle titail tout sa conduite. Je
m'attendais à voir arriver toiis les valets, et j'avais lieu d'appréhender que,- sans vouloir m'entendre, ils ne me fissent un mauvais traiteinent; mais, par bonheur pour moi, elle eut beau crier, il ne vint à ses cris qu'un vieux domestique qui ne lui aurait pas été d'un grand secours , si elle eût eu quelque chose à craindre. Néanmoins, devenue un peu plus hardie par sa présence, elle me demanda fièrement qui j'étais, par où et pourquoi j'avais eu l'audace d'entrer dans sa maison. Je cornmaiçai alors à me justifier; et je ne lui eus pas sitôt dit que j'avais trouvé la porte du cabinet du jardin ouverte , qu'eUe s'écria dans le moment : Juste del ! quel soupçon me vient dans l'esprit!
En disant ces paroles , elle alla prendre la bougie sur la table; elle parcourut toutes les chambres Tune après Tautre, et elle n'y vit ni ses femmes ni sa soeur; elle remarqua même qu'elles avaient emporté toutes leurs bardes. Ses soupçons ne lui paraissant alors que trop bien éclairds, elle vint à moi avec beaucoup d'émotion, et me dit : Perfide, n'ajoute pas la feinte à la trahison. Ce n'est point le hasard qui t'a fait enti*er id : tu es de la suite de don Femand de Ley va , et tu as part à son ciime. Mais n'espère pas m'échapper ; il me reste encore assez de monde pour t'arrèter. Madame, lui dis-je, né me confondez point avec vos ennemis» Je ne connais point don Fernand de Leyva; j'ignore même qui vous êtes. Je suis un malheureux qu'une affaire d'honneur oblige à s'éloigner de Madrid; et je jm*e par tout ce qu'il y a de plus sacré que, sans Forage qui m'a surpris, je ne seiais point venu chez vous. Jugez donc de moi plus favorablement : au heu de me croire complice du crime qui vous offense , croyez-moi plutôt disposé à vous venger. Ces derniers mots, et le ton dont je les prononçai, apaisèrent la dame, qui sembla ne plus me regarder comme son ennemi : mais, si elle perdit sa colère , ce ne fut que pour se hvrer à sa douleur. Elle se mit à pleurer amèrement. Ses lai-mes m'attendiirent ; et je n'étais guère moins afQigé qu'elle, bien que je ne susse pas encore le sujet de son afOiction. Je ne me contentai pas de pleurer avec elle : impatient de venger son injure, je me sentis saisir d'un mouvement de fureur : Madame, m'écriai-je, quel outrage avez-vous reçu? Parlez : j'épouse votre ressentiment. Voulez-vous que