‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 5)Chapitre 10 sur 105 · EVASION · texte numérisé non relu

EVASION

Rentré au-souterrain, une fois couché, je ne fis que m'occuper du mltnëur de la dame. Enfin, après avoir bien plaint sa destinée, je j^v^i aumoyen de la sauver et dem^tirer en 20 même temps du souterrain. Cette pensée m^fehauffa Ijimagination et me fit concevoir un projet que je /iiigerai bien ;^ puis j'en commençai sur-le-champ l'exécution de la manière

suivante. ^sê^ J ^J ^^^^jF^v^

Je feignis d'avoir la coliqug: je poussai d'abord des 25 plaintes et des ^femissements ; ensuit e, élevant la voix, je jetai de grands cris. Les voleurs se réveillent, et sont bientôt auprès de moi. Ils me demandent ce qui m'oblige à crier ainsi. Je répondis que j'avais une colique horrible ;

et, pour mieux le leur persuader, je me mis à grincer des dents, à faire des grimaces et des contorsions effroyables, et à m*agiter d'une étrange façon. Après cela, je devins tout à coup tranquille, comme si mes douleurs m'eussent donné gue^oue relâche. Un instant après, je me remis à faire des S ends sur mon^rab^et à me tordre les bras. En un mot,

je jouai si bien mon rôle, que les voleurs, iout iiofe- qu'ils étaient, s'y laissèrent tromper, et crurent qu'en effet^je sentais des douleurs violentes ; mais, en faisant si bien mon personnage, je fus tourmenté d'une étrange façon ; car, dès ïo que mes charitables ronf ^r^^'imaginèrept. que je souffrais, les voilà tous qui s'efmpr^ent à m e somagef.^ 'un m'apporte une bouteille d'eau-de-yie, et m'en fait avaferlamoitié ; l'autre va chauffer une serviette , etvient me l'appliquer toute/ brûlante sur le ventre. J'avais beauP crier miséSorîeTâlsiS imputaient mes cris à ma colique, et continuaient à nie faire souffrir des maux véritables, en voulant m^n oter im/que^ie "^^n 'avais poini.

Cette scène dura près de trois heures. Après quoi les voleurs, jugeant que le jour ne devait pas être fort éloigné, 2c se préparèrent à partir pour Mansilla.^

« Gil Bias, me dit le seigneur Rolando ; demeure ici, mon fils : repose-toi toute la journée, tu as besoin de repos. »

Je parus très mortifié de ne pouvoir être de la partie»; ce que je fis d'un air si naturel, qu'ils sortirent tous du souter- 25 rain sans avoir le moindre soupçon de mon projet. Après leur départ, je me levai. Je pris mon épée et mes pistolets, et j'allai à la cuisine. J'entrai ; et, mettant à Léonarde un pistolet sur la gorge, je la pressai d'un air menaçant de me remettre la clef de la grille. Elle fut troublée de mon ac- 30 tion ; et, quoique très avancée dans sa carrière, elle se sentit

encore assez attachée à la vie pour n'oser me refuser ce que je lui demandais. Lorsque j'eus la clef entre les mains, j'adressai la parole à la dame affligée :

F^^^ (( Madame, lui dis-je, le ciel vous envoie un libérateur, S levez-vous pour me suivre ; je vais vous mener oîi il vous plaira que je vous conduise. )j^

La dame ne fut pas^^oâ^ide à ma voix, et mes paroles firent taQt djimpressjlbn sur son esprit, que, rappelant tout ce quimïrestait de forges, elle se leva, vint se jeter à mes pieds,

lo et me conjura de la sauver. Je la relevai, et l'assurarqu'elle pouvait compter sur moi. Ensuite je pris des cordes que j'aperçus dans la cuisine ; et, à l'aide de la dame, je liai Léonarde aux pieds d'une ^rossê table, en lui protestant que je la tuerais si elle poussait le moindre cri. La bonne Léo-

15 narde, persuadée que je n'y manquerais pas si elle osait me contredire,* prit le parti de m^ laisser faire tout ce que je voulus. J'allumai de l a^ougîe /et j'allai avec l'inconnue à la chambre où étaient lesespeces " d'or et d'argent. Je mis dans mes poches autant de pistoles et de doubles pistoles qu'il

20 y en put tenir ; et pour obliger la dame à s'en charger aussi, je lui représentai qu'elle ne faisait que reprendre son bien, ce qu'elle fit sans scrupule. QuBxidpQus en eûmes une bonne provision, nous marchâmes vers l'èc^eoii j'entrai seul avec mes pistolets f enetat' Je comptais bien que le vieux ''^'snqgTe, malgré sa goutte et son rhumatisme, ne me laisserait pas tranquillement sellenetbrider mon cheval ; et^'éfais/^^ dans la résolution de le ^uépF jmdic^gne nt dg tous ses niSix I s'il s'avisait de vouloir f airéTe méchant : * mais, par bonheur, il était alors si accablé des douleurs qu'il avait souffertes et

30 de celles qu'il souffrait encore, que je tirai mon cheval de l'écurie sans même qu'il parût s'en apercevoir. La dame

m'attendait à la porte. Nous enfilâmes promptement ralléê^ ' par où l'on sortait du souterrain. Nous arrivons à lajgnjj^/add^ nous l'ouvrons, et nous parvenons enfin àJLa n^pp^^ Nous^ "^ aeûmes beaucoup de peine à la lever, ou plutôt, p our eîr^mSrl i à bgîiLl nous eûmes besoin de la force nouvelle que nous 5 )reta renvie de nous sauver.

Le jour commençait à paraître lorsque nous nous vîmes hors de cet abîme. Je me jetai en selle, la dame monta prière moi, et, suivant au galop le premier senfjgr qui se présenta, nous sortîgie^ bientôt de la forêt. Nous entrâmes lo dans une plaine coupée de plusieurs routes ; nous en prîmes une au hasard. Je mourais de peur qu'elle ne nous conduisît à Mansilla, et que nous ne rencontrassions Rolando et ses camarades, ce qui pouvait fort bien nous arriver. Heu- i

reusement ma crainte fut vaine. Nous arrivâmes à la ville iS d'Astorga sur ' les deux heures après midi.

Nous descendîmes à l^«première Jiotej|e rîf,^où J'or^Œg^i \

d'abord qu'on mît ^ ]^ 1^r(^^^ une peîrSfixc t un fapprpan- Pendant qu'on exécutait mon ordre, je conduisis la dame à une chambre ou nous commençâmes à nous entrete gL^r, ce 20 que nous ï^'^mons^u faire en chemin, parce que nous étions venus trop^^C- Eue me témoigna combien elle était sensible au service que je venais de lui rendre, et me dit que, après une action si généreuse, elle ne pouvait se persuader que je fusse un compagnon des brigands à qui je l'avais ar-Jj rachée. En même temps elle ni'apprit qu'elle se nommait^j^ dona Mencia et qu'elle habitait à Burgos. J'afiai^i ui demander quel parti elle voulait prendre dans la coryoucture^ où elle se trouvait, et peut-être allait-elle me consulter làdessus, si notre conversation n'eût pas été interrompue d'une3o fort désagréable manière.

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