‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 5)Chapitre 27 sur 105 · CHEZ L'ARCHEVÊQUE DE GRENADE · texte numérisé non relu

CHEZ L'ARCHEVÊQUE DE GRENADE

Je me rendis à Grenade oU ma bonne étoile me fit rencontrer don Fernand de Leyva, frère de don Alphonse. Je , lui contai ce qui s'était passé entre Séphora et moi. Il en rit de bon cœur, puis, reprenant son sérieux : « Mon» ami me dit-il. Monsieur l'Archevêque de Grenade, mon 'parent et 20 mon ami, voudrait avoir près de lui un homme .qui eût de la littérature et une bonne main pour mettre au net ^ $^ écrits ; car c'est un grand auteur. /Po^P^J^voi^ crois son fait,' je vais vous proposer. » ES/epti.vemen^^tint parole.

M 'étant donc préparé de monjaiêuaLà paraître devant le 25 prélat, je me rendis un matin à, l'archevêché.

Je m'adressai à un grave et gros personnage qui se tenait

à la porte du cabinet de Tarchevêque pour l'ouvrir et la fermer quand il le fallait. Je lui demandai civilement s'il n'y avait Jkls moyen de parler à monsejg^ieur.

«^Attendez, me dit-il d'un aitjg^J Sa Grandeur * va sortir 5 pour aller entendre la messe, elle vous donnera en passant un mpt d'audiÊncÊ. » ' ^ -^J ![ û iv^f a t c^* ^a

Je ne répondis pas un mojt;^ je /m'armai de patience, et je

. / • m'arisai de vouloir Juer conversation avec quelques-uns des

// om^ers, qui peuplaient les appartements ; mais ils com-

10 mencèrent à m'examiner depuis les pieds jusqu'à la tête,

sans daigner me répondre une syllabe; après quoi ils se

regardèrent les uns les autres en souriant avec oigueilde la liberté que j'avais prise dejtie mêler à leur entret ien. ^^-^-^

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Je demeurai, jeTav^àe^Jput déconcerté de me voir traiter IS ainsi par des valets. Je n'étais pas encore bien rernis de ma confusion^uand la porte du cabinet s'ouvrit. L*archevêque parut. Jl se fit aussitôt un profond ^silence parmi ses officiers, qui quittèrent tout à coup leur maintiSfi insolent pour en prendre un respectueux . devant leur maître. Ce prélat 2o était dans sa soixante-neuvième année, fait à^ge^ljre^omme . t

mon oncle lé chanoinî 6îl Perez; c'est-à-dire èros.et court.,**^^**^

mrnees en

Il avait par-dessus Te raar^èie les jambes fort toi dedans, et il était si chauve 'qu'il ne lui restait qu'un toupet de cheveux par derrière, ce qui l'obligeait d'ërtiboîter sa tête

aine fine à longues oreilles. Malgré tout cela, je lui trouvais l'air d'un homme de qualité, sans doute parce que je savais qu'il en était i^n. Nous autres,* personnes du commun, nous regardons les grands seigneurs avec une prévention * qui leur prête souyent-un air de gran-

30 deur que la nature leur a refusé. •*

L'archevêque s'avança vers moi d'abord, et me demanda

d'un ton de voix plein de douceur ce que je souhaitais. Je lui dis que j'étais le jeune homme dont le seigneur don Fernand de Leyva lui avait parlé. Il ne me donna pas le temps de lui en dire davantage.

« Ah I c'est vous, s'écria-t-il, c'est vous dont il m'a fait un S si bel éloge ? Je vous retiens à mon service ; vous n'avez qu'à demeurer ici.», , , I

A ces mots il s'appuya sur deux écuyers,* et sortit après avoir écouté des eccTésîàStiques qui avaient quelque choseL^ lui communiquer,, A peine fut-il hors de la chambre oh lo nous étipns, que les mêmes officiers qui avaient dédaigné ma ^^ ^^ ^ conversation vinrent 1^ rechercher. Les voilà qui m^environnent, qui D|e gracièusent ^ et mè témoignent de la joie de me voir devenir commensal de l'archevêché. Ils avaient entendu les paroles que leur maître m'avait dites, e^ls mou- 15 raient d'envie de savoir sur quel pied j'allais être auprès 0%^ lui ; mais j'eus la malice de ne pas. contenter leur curiosité / pour me venger de leur mépris. Cr l v '^ '.••'^' - • --^ n^ ^ ^ ^y^' - i~

Monseigneur ne tarda guère à revenir. Il me fit entrer

dans son cabinet pour m'entretenir en particulier. Je jugeai 20

bien qu'il avait dessein de'taier mon esprit. Je me tins sur

mes gardes, et me préparai à mesurer tous mes mots. Il

m'interrogea d'abord sur les humanités.* Je ne répondis pas

-mal à ses questions; il vit que je connaissais assez les , A — ~ . . . '.w'*'»»*'

'auteurs grecs et latins. Il me mit ensuite, sur la digriec- 25

tique ; * c'est oU je* l'attendais. Il me trouva là-dessiisifiixé-à

glace.* 'l^vuCx^^v»/*-'^'*'^'*^^t'vvt^l <w-^ ^>C '.-< \4 c^A .

« Votre éducation, me dit-il avec quelque sorte de surprise, n'a point été négligée. Voyons présentement votre écriture. »

Je tirai de ma poche une '^ feuille que j'avais apportée 3® exprès. Mon prélat n'en fut pas mal satisfait.

a Je suis content de votre main, s'écria-t-il, et plus encore de votre esprit.»

Nous fûmes interrompus par l'arrivée de quelques seigneurs grenadins ^ qui venaient dîner avec Tarchevêque. Je S les laissai ensemble et mç-retirai parmi les officiers, qui me prodiguèrent alors les lionnetetes. * J*allai manger avec eux quand il en fut temps ; et s'ils m'observèrent pendant le

repas, je les examinai l^^en^ ^^f?}-. ; . .,^^j . ":"' - a . ^^ -//.*-»

J'avais été dans l'après-dînée chercher^^mes hardes et mon

lo cheval à l'hôtellerie oli j'étais logé ; après quoi j'étais revenu

souper à l'archevêché, où l'on m'avait préparé une chambre

fo rglbropre et un lit de duvet. Le jour suivant, monseigneur

. 4ne fit appeler cle boà matin. C'était pour me donner une

■ ^ ^ ^^ liî^mélie ' à transcrire. Mais il me recommanda de la copier

15 avec toute l'exactitude possible. J e n' y manquai pas; je

^'oubliai ni accent, ni point, ni virgule. Aussi la joie qu'il

en t^oigna fut mêlée de surprise.

«Père- éternel! s'écria-t-il i^àvec transport lorsqu'il eut parcouru . des yeux tous les feuillets de ma copie, vit-on 20 jamais rien de plus correct ? Vous êtes trop ^on copiste pour n'être pas grammairien. Parlez-moi confidemment, moQ ami ; n'avez-vous rien trouvé en écrivant qui vous ait choqué? quelque négligence dans le style ou quelque terme impropre ? Cela peut fort bien m'être échappé dans le feu 25 de la composition.

— Oh 1 monseigneur, lui répondis-je d'un air modeste, je ne suis point assez éclairé pour faire des observations critiques ; et, quand je le serais, je suis persuadé que les ouvrages de Votre Grandeur braveraient ma 30 censure.!)

Le prélat sourit de ma réponse. Il ne répliqua point, mais

, , il me laissa voir, au tra^jérs de toute sa piété, qu'il n'était pas '^ \ auteur impunément.*

J'achevai de gagner ses bonnes grâces par cette flatterie. Je lui devins plus cher de jour en jour ; et j'appris enfii> de i donFernand, qui le^venait voir très souvent, que j'en étais 5 **aimeae manière que je pouvais compter ma fortune faite.

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