‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 25 sur 78 · LIVRE IX: e · texte numérisé non relu

LIVRE IX: e

tion mutuelle dans vosentretiens : vous vous serez l’un à Pautre d’un grand agrément.

Je témoignai à don André que j’étois très-sen+ sible à la permission qu'il me donnoit d’umr ma douleur avec celle de ce cavalier; et comme je marquai quelque impatience de cennoître ce compagnon de malheur, notre obligeant châtelain me procura cette satisfaction dès ce jour-là même; il me fit dîner avec don Gaston, qui me surprit par sa bonne mine et par sa beauté. Jugez quel il devoit être pour faire une impression si forte sur des yeux accoutumés à voir la plus brillante jeunesse de la cour. Imaginez-vous voir un homme fait à plaisir , un de ces héros de romans, qui n’avoient qu’a se montrer pour causer des insomnies aux princesses. Ajoutons à cela que la nature, qui mêle ordinairement ses dons, avoit doué Cogollos de beaucoup d'esprit et de valeur. C’étoit un cavavalier parfait.

Si ce cavalier me charma, j’eus de mon côté le bonheur de ne lui pas déplaire. Il ne chanta plus la nuit, de peur de m’incommoder, quelques prières que je lui fisse de ne se pas contraindre pour moi. Uneliaison estbientôtformée entre deux personnes qu'un mauvais sort opprime. Une tendre amitié

smvit de près notre connoissance, et devint plus forte de jour en jour. La liberté que nous avions de nous parler quand il nous plaisoit nous fut tres-

‘utile, puisque, par nos conversations, nous nous aidames réciproquement tous deux à prendre notre mal en patience. | Une après- dinée j’entrai dans sa chambre comme il se disposoit à jouer de la guitare. Pour Pécouter plus commodément, je m’assis sur une sellette qu'il y avoit là pour tout siège ; et lui, s'étant mis sur le pied de son hit, il joua un air fort touchant, et chanta dessus des paroles qui exprimoient le désespoir où la cruauté d’une dame réduisoit un amant. Lorsqu'il les eût chantées , je Jui dis en souriant : Seigneur chevaher, voila des vers que vous ne serez jamais obligé d’employer dans vos galanteries, vous n'êtes pas fait pour trouver des femmes cruelles. Vous avez trop bonne opinion de moi, me répondit-il. J’ai composé pour mon compte les vers que vous venez d’entendre, pour amollir un cœur que je croyois de diamant, pour attendrir une dame qui me traitoit avec une extrême rigueur. I] faut que je vous fasse le récit de cette histoire; vous. apprendrez en méme-temps celle de mes malheurs.

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