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yufi, nous commençâmes à marcher avec tant de vitesse et de légèreté , qu’à peine touchions-nous la terre , malgré le fardeau que nous portions. Nous fûmes bientôt hors de la ville ; et , remontant sur nos chevaux , nous les poussâmes vers Ségorbe, en rendant grâces au dieu Mercure ‘ d’un si heureux événement.
CHAP. ir — De la resolntion que don Alphonse et GU BlaJ prirent après rette
aventure.
Nous allâmes toute la nuit, selon notre louable coutume; et nous nous trouvâmes , au lever de l’aurore , auprès d’un petit village à deux lieues de Ségorbe. Coimne nous étions fous fatigués, nous quittâmes volontiers le grand chemin pour gagner des saules que nous aperçûmes au pied d’une colline à dix ou douze cents pas du village, où nous ne jugeâmes pa« à propos de nous arrêter. Nous trouvâmes que ces saules faisaient un agréable ombrage, et qu’un ruisseau lavait le pied de ces arbres. L’endroit nous plut, et nous résolûmes d’y passer la journée. Nous mîmes donc pied à terre. Nous débri- ^ dâmes nos chevaux pour les laisser paître, et nous nous couchâmes sur l’herbe. Nous nous y reposâmes un peu; ensuite nous achevâmes de vider notre bissac et notre outre. Après nn ample déjeuner, nous nous amusâmes à compter touj 1 argent que nous avions pris à Samuel Simon; ce qui se montait à trois mille ducats, de soi te qu'avec cette somme et
Dam la mythologie, Mercure était tout à la fois le patron des marchands et le ICI! des voleurs. Il en était digne. Le Icndeinain de sa naissance, il déroba les bœufs d Admele, ensuite et successivement les Secbes d'Apollon, le trident do Neptune,!» ' ceste de Venus, le marteau do Viilcain, e.t le sceptre de Jiipilèr.
A Rome, tons le» ans, le 15 de mai, les marchands cclébraienl solennellement la ttte de Mercure. Ovide eu parle dans ses et voici la prière qu'il fait adresser
a .Mercure par |e marchand, qa'U dit être accoutumé par éint aux paroles Iruiiipeuses ;
„ Effatie (Æf ruubti mes longues impoUuresi .
Mes roeosonges d hier, et mes auciens parjures! n
‘ Pardonne aux faux sermenis que je ferai demain, ' ' ' *
• El que le ciel soit sourd quand je TaUeste 00 vain ! »■*
J Permets que le gant seul et m'amuse ot jn'uecn)ie, , -,-i
^El fais qo en Ions les cas rjchetour soit ma dupe.
(Saint-Angk, trad. des Fasr^s, livre V.»
Celle prl^ prétendue esl un Irait d.-s plus satirM|iiOs, Ovide la rappene coNHOe •ue formule reçue* - * - . i * «' • .
DîQiîiZOd ' 'y V -snO^It*
i.ivnF. ¥1,. cifciP. n. 3fi7 .
celle que nous avioas déjà , nous ponviona nou* vanter de ii’êlre point mal en fonds.
Cotnrae il fallait aller à la provision, Ambroise et don Raphaël, après avoir quitte leurs habits d’inquisiteur et de greffier, dirent qu’ils voulaient se charger de ce soin-là tous deux; que l’aventui'e de Xelva ne faisait que les mettre en goût, et qu’ils avaient envie de se rendre à Ségorbe, pour voir s’il ne se présenterait pas quelque occasion de faireun nouveau eoup. Vous n’avez, ajouta le fils de Lueinde, qu’à nc«is attendre sous ces saules; nous ne tarderons pas à vous \«nir rejoindre.
A d’autres, seigneur don Raphaël ! m’écriai-je en liant ; ditesnous plutôt de vous attendre sous l’orme ! Si vous nous quittez, nous avons bien la mine de ne vous revoir de longtemps. Ce soupçon nous offense , répliqua le seigneur Ambroise ; mais BOUS méritons que vous nous fassiez cet outrage. Vous ôtes excusables de vous défier de nous, après ce que nous avons fait à Valladolid, et de vous imaginer que nous ne nous ferions pas plus de scrupule de vous abandonner que les camarades que nous avons laissés dans cette ville. Vous vous trompez pourtant. Les confrères à qui nous avons faussé compagnie étaient des personnes d’un fort mauvais caractère, et dont lu société commençait à nous devenir insupportable. 11 faut rendre cette justice aux gens de noti-e profession, qu'il. n’y a point d’associés dans la vie civile que l’intérêt divise moins; mais, quand il n’y a pas entre nous de conformité d’inclinations, notre bonne intelligence peut s’altérer comme celle du veste des homnoes. Ainsi, seigneur GU Blas, pouraiivil Lamela, je vous,piie, vous et le seigneur don Alphonse, d’avoir un peu plus de confiance en nous, et de vous mettre l’e^rit en repos sur fenvie que nous avons, don Raphaël et moi, d’aller à Ségorbe. > . v
Il est bien aisé, dit alors le fils de Lueinde, de lem- ôter là-dessus tout sujet d’inquiétude : ils n’ont qu’à demeurèr maîti'es de la caisse, ils auront entre leurs mains une bonne caution de notre retour. Vous voyez, seigneur GU Blas, ajoutat-il, que nous aUons d’abord au fait. Vous serez tous deux nantis ; et je puis vous assurer que nous partirons, Ambroise et nioi, saAs appréhender que vous nous souffliez ce précieiu iuintis.sement. Après une marque si certaine de notre
nft. BLAS.
bonne foi, ne vous fierez- vous pas entièrement à nous? Oui, messieurs, leur dis-je, et vous pouvez présentement faire tout ce qu’il vous plaira. Ils partirent sur-le-champ chargés de l’outre et de la l)csace, et me laissèrent sons les saules avec don Alphonse, qui me dit après leur départ : 11 faut, seigneur Gil Blas, il faut que je vous ouvi-e mon cœur. Je me reproche d’avoir eu la complaisance de venir jusqu’ici avec ces deux fripons. Vous ne sauriez croire combien de fois je m’en suis déjà repenti. Hier au soir, pendant (jue je gardais les chevaux, j’ai fait mille réflexions mortifiantes. J’ai pensé qu’il ne convenait pcfintàun jeune hoimtie qui a des principes d'honneur de vivre avec des gens aussi vicieux que Raphaël et Lamela; que si par malheur, un jour, et cela peut fort bien ariâvei-, le succès d’une fourberie est tel que nous tombions entre les mains de la justice, j’aurai la honte d'être puni avec eux^ comme un voleur, et d’éprouver un châtiment infâme. Ces images s’offrent sans cesse à mon esprit; et je vous avouerai que j’ai résolu, pour n’être plus complice des mauvaises actions qu’ils fei-ont , de me sépaier d’eux poui' jamais. Je ne crois pas, continüa-t-il, que vous désapprouviez mon dessein. Non,
je vous assure, lui répondis-je; quoique vous m’ayez vu faiie
le personnage d’alguazil dans la comédié flé' GHiiiHUL-BInilun ne vous Ima^nez pas que ces sortes de pièces soient de mon goût. Je prends le ciel à témoin qu’en jouant un si beau rôle, je me suis dit à moi-même : Ma foi, monsieur Gil Blas, si la justice venait à vous saisir au collet présentement, vous mériteriez bien le salaire qui vous en reviendi’ait. Je ne me sens donc pas plus disposé que vous, seigneur don .Mphonse, à demeurer en si mauvaise compagnie ; et, si \ous le trouvez bon, je vous accompagnerai. Quand ces messieurs seront de retour, nous leur demanderons à partager nos finances; et demain matin, ou cette nuit même, nous prendrons congé d’eux.
L’amant de la belle Séraphine approuva ce que je proposais. Gagnons, me dit-il. Valence, et nous nous embarquerons pour l’italie, où notis pourrons nous engager au service de la république de Venise. Ne vaut-il pas mieux embrasser le parti des armes, que de mener la vie lâche et coupable que nous menons? Nous serons même en état de faire une assez