‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 129 sur 254 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

(ÇUI SB TROUTl: DAMS L’EDITION DE 1735;

8UH LES ANACHBÜXISMKS Qü’ON A REMAHVUlis BANS GIL 81.AS.

^ On a marqué dans ce troisième tome une époque qui ne •s accorde pas avec l’histoire de don Pompeyo de Castro, qu’on lit dans le premier volume. Il paraît là que Philippe II n’a pas encore fait la conquête du Portugal et l’on voit ici tout d im coup ce royaume sous la domination de Philippe III * sans que Gil Blas en soit beaucoup plus vieux. C’est une faute de chronologie dont i’auteurt’est aperçu trop tard, mais qu’il promet de corriger dans la suite, avec quantité d’autres, si l’on fait une nouvelle édition de son ouvrage *.

• Celle coDquète eot lien eu IMO, el fut l'ouvrege du duc d'Albe.

■ Philippe III commença son régne en I5M, et mourut en 1621.

• Cel AKertisscment, de Le Sage lui.méme, est une des plus fortes prenres uu'il

U avait ^.nt traduit Gil Blas de respagnoL S’il n’avait fait que copier nu auteur cas Idlau, Il se serait facilement disculpé des anachronismes qu'on avait remarqués el qu il aurait pu rejeter sur son original ; mais il est loin de celte idée : il prend ’cca fautes a ron compte, et promet de les corriger avec un air de bonne foi qui ne ueut laisser subsister aucun soupçon de plagiat. ’

Au surplus, Le Sage a voulu en effet corriger celui de ces anacbroniinnes'qui était le plus évident. Au duc d Almeyda, qui ligurait d’abord dans l’épisode de don Pou.l«yo de Castro, il a substitué un duc de Radaivil, el à la place de Lisbonn» il L Varsovie dans l’édition de Gil Blas de 1747 ; mai.’il a lais^ s“bstte: ïa„"e d.7: précises, qui sont autant de fautes contre l’ordre des temps. Si l’on veut bien v i7eu dre garde, on sera effrayé de l'Age qu’aurait eu Gil Blas avant de parvenir même a son premier managc. L anonyme qui a pris le nom de Le Sage, pour donner au public la Suite de Gil Blat, dit bien précisément que ce dernier était ne en 1594^ei Ion peut croire que c cuit une indication de Le Sage lui-méme; mais elle iie s’ac corde pas avec le reste du roman. Gil Blas avait quitte Orlédo à dis-sepl ans (li, V ebap. 1). A la sortie du souterrain du capiuine Rolande, il rencontre une dame ou! lui raconte son histoire (mémeliv. I, cbap.xi). Or, le mari de cette dame avait ^ur éue mort dans I armee portugaise, au royaume de Fez, il y avait alors sept ans Cotte dame parlerait donc eu 1585, puisque ce fut en 1578 que Sébastien !■’ paâ'’ Cl iKiril en A rique. Ainsi Gil Blas devait, à ce compte, être né en 1568. Cependant on a vu Gil Blas, longtemps apres I histoire de dona Mencia, arriver à It^riH 7 servir un maître tocoiinu (don Bernard de Caslil-Blaso), anqucl Cil Blas a dit I„I.

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AVERI1S6KMKKT.

même: «Vous paniet ici pour un espion du roi de Portugal > (liv. 111, chap. !)• Ceci est censé dit avant 1580, puisque ce fut en crtie année qu'il cessa d'y avoir ua roi de Portugal. Il en résulterait d'abord que Gil Blas ne pouvait être né on 1594, comme le prétend l'anonyme, et qu'il devait avoir prés de vingt ans dès 1581. Alors comment concilier celte i^poqtie certaine avec la suite du roman? Nous allons voir Gil Blas emprisonné à Ségovic très-peu de temps avant la disgrâce du duc de Lerme, qui eut lien en 1620 (liv. IX, chap. 111 et suiv.j. Gil Blas, eu 1620, aurait été sexagénaire ; ce qui ne s'accorderait guère avec son premier mariage, et moins encore avec ce qui lui reste à raconter dans les livres X, XI et XII, dont les événements relatifs i riiistoire ont une date lise, tels que l'exil du comte-duc en 1643, six semaines après la mort du cardinal de Richelieu. Gil Blas aurait doue eu alors plus de quatrevingts ans. On le voit neanmoins retouruer dans sa terre, se donner pour un homme qui commence à vieillir, et vingt-deux ans après son premier mariage passer 5 de secondes noces qui lui procurent deux eofaiits dont il se croit le père (livre XII, ebapitre dernier).

Si l’on relève cet erreurs, ce n'oat pat pour bUmer l'auteur de ce livxe charmant. Il s'est aperçu de ces fautes, et il en plaisante lui-même en olfrant de les corriger dans une édition suivante ; U a même essayé cette correctioa sans y avoir bien réussi. Mais cet contradictions mêmes achèvent, ce me semble, de liémontrer qu'il n'.a pas pris dans un livre espagnol une suite d'anachronismes qui pouvaient échapper sans doute à la distraction d'un auteur étranger, mais qui ne seraient pas concevables, s'ils sortaient de la plume d'un auteur du pays. ’

On peut trouver assez bizarre que, pour éclaircir un ouvrage purement romanesque, nous ayons compulse CArl de vérifier les dates. Nous espérons pourtant que le lecteur excusera la longueur et la minutie de ces calculs arides : ils étaient nécessaires. Le reproche fait ê Le Sage d'avoir volé Gil Blas à la langue espagnole a semblé exiger qu'on y regardât de plus près, et qu'on n'oubliêt rien de ce qui doit hnaiemeat réadjuger ce livre, vraiineut original, i son auteur et à U France.

UYRE Vllj CBAP. I. '

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