‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 154 sur 254 · LIVRE VII, CBAP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CBAP. XIII

il.ins Ip doute. Los soigneurs s’on allèrent ; j’abordai Fabrice. Il me recwiiiut dans le moment, me jirit par la main; et, après m’avoir fait percer la foule avec lui pour sortir des appartements ; Mon cher Gil Blas, me dit-il en m'embrassant, je suis ravi de te revoir. Que fais-tu à Madrid? es-tu encore en condition? as-tu quelque charge à l;l cour? dans quel état sont tes affaires? Rends-moi compte de tout ce qui t’est arrive depuis ton déliait précipité de Valladolid. Tu me demandes bien des choses à la fois, lui répondis-je ; et nous ne sommes pas dans un lieu propre à conter des aventures. Tu as raison, reprit-il ; nous serons mieux chez moi. Viens, je vais t'y mener. Ce n'est pas loin d’ici. Je suis libre, agréablement logé, parfaitement bien dans mes meubles ; je vis content, et suis heureux, puisque je crois l’être.

J’acceptai le parti, et nie' laissai entraîner par Fabrice, qui me fit arrêter devant une maison de belle apparence, où il me dit qu’il demeurait. Nous traversâmes une cour , où il y avait d’un côté un grand escalier qui conduisait à des appar-i tenients superbes; et de l’autre, une petite montée aussi obscure qu'étroite par oii nous montâmes au logement qui m’avait été vanté. 11 consistait en une seule chambre, de laquelle mon ingénieux ami s’en était fait (juatre séparées par des cloisons de sapin. La première sen ait d'antichambre à la seconde, où il couchait; il faisait son cabinet de la troisième, et sa cuisine de la dernière. La chambre et l’antichambre étaient tapissées de cartes géogi-aphiques, de thèses de philosophie, et les meubles répondaient à la tapisserie. C’était un grand lit de brocart tout usé, de vieilles chaises de serge jaune, garnies d'une frange de soie de Grenade de la même couleur, une table à pieds dorés, couverte d’un cuir qui paraissait avoir été ronge, et bordée d’une crépine de faux or devenu noir par le laps de temps, avec une aiTOoire d’ébène ornée de figures grossièrement sculptées, il avait pour bureau, dans son cabinel, une petite table; et sa bibliothèque était composée de quelques livres, avec plusieui-s liasses de papiers qu’on voyait sur desais disposés par étages le long du mur. Sa cuisine, qui' ne déparait \>as le lesh*, cxmtenait de la jioteiie et d’autres ustensiles nécessaires.

Fabrice, après m’avoir donné le loisii- de considérer ion

GtL BLAS.

appartement, me dit : Que penses-tu de mon ménage et de mon logement ? n’en es-tu pas enchanté? Oui, ma 'foi, lui répondis-je en souriant. Il faut que tu ne fasses pas mal tes afiaircs à Madiâd, pour y être si bien nippé. Tu as sans doute quelque commission? Le ciel m’en préserve! répliqua-t-il. Le pai ti que j’ai pris fest au-dessus de tous les emplois. L'n homme de distinction, à qui cet hôtel appartient, m'y a donné une chambre dont j’ai tait quatre pièces que j’ai meublées comme tu vois. Je ne m’occupe que de choses qui me font plaisir , et je ne sens pas ia nécessité. Parle-moi plus clairement, interrompis-je : tu ii rites l’envie que j’ai d’apprendre; ce que tu fsho. Eh bien ! me dit-il, je vais te contenter. Je* suis devenu aateur, je me suis jeté dans le bel esprit 3 j’écris en vers et en prose ; je suis au poil et à la plume.

Toi, favori d’Apollon m’écriai-^e en riant : voilà ce que je n’aurais jamais deviné; je serais moins surpris de te voir tout autre chose. Quels charmes as-tu donc pu trouver dans la condition des poètes ? Il me semble que ces gens-là sont méprisés dans la vie çivile, et qu’ils n’ont pas un ordinaire réglé. Eh ü ! s’écria-t-il à son ^pur. Tu me parles de ces misérables autciu’S dont les ouvrages sont le rebut des libraires et des comédiens. Faut-il s’étonner si l’on n’estime pas de semblables écrivains ? Mais les bons, mon ami, sont sur un meillem* pied dans le monde ; et je puis dire sans vanité que je suis du nombre de ceux-ci. Je n’en doute pas, lui dis-je : tu es un gai'çon plein d’esprit, ce que tu composes ne doit pas être mauvais. Je ne suis en peine que de savoir comment la rage d’écrire a pu le prendre ; cela me paraît digne de ma curiosité.

Ton étonnement est juste, reprit Nunez. J’étais si content de mon état chez le seigneur Manuel Ordonnez, que je n’en souhaitais pas d'autre. Mais mon génie s’élevant peu à peu, comme celui de Plaute au-dessus de la servitude, je composai une comédie que je lis représenter par des comédiens qui jouaient à Valladolid. Quoiqu’elle ne valût pas le diable, elle eut un fort grand succès. Je jugeai pai* là que le public

* PUat«, rainé par loi frai» que lui coûtaient les jeux aeéalqnea, fut oUigé, dit.oa, lie se vendre û nn bonlangcr et de travailler à tourner la moule d*un moulin à bras : l'on ne connaissait pas encore les monlins à eau. Par le même besoin de vivre, (Wantbe, philosophe grée, tirait de l'eao (Tun puila. :

LIVBE TH, CBAP- XIII.

était une bonne vache ù lait qui se laissait aisément traire. Cette iétle.\ion et la fureur de faire de nouvelles pièces me détachèrent de l’hôpital. L’amour de la poésie m’ôta celui des richesses. Je résolus de me rendre à Madrid, comme au centie des lieaux esprits, pour y former mon goût. Je demandai mon congé à l'administrateur, qui ne me le donna qu’à regret, tant il avait d’affection pour moi. Fabrice, me dit-il, pourquoi veux-tu me quitter? fauiais-je donné, sans y penser, quelque sujet de mécontentement? Non, lui répondis-je, scignem’; .vous êtes le meilleur de tous les maîtres, et je suis pénétré de vos bontés; mais vous savez qu’il faut suivre son étoile. Je me seus né pour étei’uiser mon nom par des ouvrages d’esprit. Quelle folie! me répliqua ce bon bourgeois. Tu as déjà pris racine à l’hôpital; tu es du bois dont on fait les économes, cl quelquefois même les administrateurs. Tu veux quitter le solide pom‘ t’occuper de fadaises. Tant pis pour toi, mon enfant !

L’admhiistraleur, voyant qu’il combattait inutilement mou dessein, me paya mes gages, et me fit présent d’une cinquantaine de ducats pour reconnaître mes. services ; de inanièi'e qu’avec cela et ce que je pouvais avoir grappillé dans les petites commissions dont on avait chargé mon intégrité, je fus en état, en ai rivant à .Madrid, de me mettre proprement ; cè que je ne manquai pas de famé, quoique les écrivains de notre nation ne se piquent guère de propreté. Je connus bientôt Lope de Vega Catpio, Miguel Cervanlet de Saavedra^, et les autres fameux auteurs; mais, préférablement à ces grands hommes, je dioisis pour mon précepteur un jeune bachelier cordouau, l’incomparable don Luit de Goixgora *, le plus beau génie que l’Espagne ait jamais produit 11 ne veut pas que sqs

^ C«rvaé(ei (ni pemécatc, rt mournt de mitrre i Madrid en 1816. On doit reintr. celte ialalo dotiode dci dem premiefrs génies du Porlogal cl de l'B<rugiie.

Llilmnne avec raison se vante Du CarooSui, qui Tul sans pain ;

L'Espagne «si Eére de Cervaote,

Qu'elle a laissé uiourir de faim.

’CoBgon, plein d'esprit et avide do gloire, liasarda des ouvrages hérissés d'sMi. tbcsos. Cut faux Lrilbuts gtlérent l« st>le poétique autant que Gracian défigoro la prose par la prrteuliun d'no style énigmatique. Gosgora-y-Argors.' U printi dsr potlsr, mourut en 1627. Ballaiar Groeiin monnUea lâhg.

r.ti. tM.iS.

iift

ouvrages soient impi lnn^s de son vivant; il se contente de les lire à ses amis. Ce qu’il a de particulier, c'est que lajiature l'a doud du l are talent de rditssir dans toutes sortes de podsies. 11 excelle principalement dans les pièces satiriques : voilà son fort. Cæ n’est pas, comme l.ucilius •, un fleuve Iwnirbcux qui entraîne avec lui beaucoup de limon ; c’est le Tagc qui roule «les eaux pures sur un sable d'or.

Tu me fais, dis-je à Fabrice, un beau portrait de. ce bachelier, et je ne doute pas qu'un personnage de ce mdrlte-là n’ail bien des envieux. Tous les auteurs, rdpondit-il, tant bons que* mauvais, se déchaînent contre lui. Il aime l’enflure, dit l’un, les pointes, les métaphores et les transpositions. Ses vers, dit . un autre, ont l'obscurité de ceux que les prétres^salicns chantaient dans leurs pmcessions, et que personne n'entendait. Il . y en a même qui lui reprochent de faire tantét des sonnels ou des romances , tantôt des comédies, des dizains et des létrilles*, comme s’il avait follement entrepris d’efl’acer les meilleurs écrivains dans tous les genres. .Mais tous ces traits de jalousie ne font «pie s’émousser contre une muse chérie des grands et de la multitude.

C'est donc sous «m si habile maître que j’ai fait mon aj)prentissage, et j’ose dire sans vanité qu'il y paraît. J’ai si bien pris son esprit, que je compose déjà des morceaux abstraits ipi’il avouerait. .le vais, à son exemple, débiter ma marchan- (lise dans les grandes maisons, où l’on me reçoit à merveille, et où j'ai affaire à des gens «pii ne sont pas fort difficiles. Il est vi-ai que j’ai le débit séduisant ; ce qui ne nuit pas à mes i nmpositions. Enfin je suis aimé de plusieurs seigneurs, et je \ is surtout avec le duc de Me«Jina Sidonia comme Horace vivait avec Mecenas. Voilà, poursuivit Fabrice, de quelle manière j’ai été métamorphosé en auteur. Je n’ai plus rien à te cuiller. C’est à toi. Cil lUas, à chanter tes exploits !

Alors je pris la parole, et, supprimant toute circonstane«* iiKlifl'ércnte, je lui fis le détail qu’il demandait. Après cela il lut question «le diner. Il tira de son armoire d’éliène. des s«‘i -

‘ I.Hi'Hhii, niunir de >ntirr« dont Hémii a dK qn'M ronlalt'cn eflèt comiuo

un fleuve hoorbeux. mais dont M j avait flourtanl qiieitiae diose n tirer.- *

* LétrilU, lôot poiUeulior à In |KM<aie rvpugoolc pour exprimer dot madrigaux, lir petiU eompliinenU, de petilea tettree ru vera. *

Di«

irvRE vn, CHAp. XIII. 44i

vlettes, du pain, un reste d’épaule de mouton rôti, une bouteille d’excellent vin, et nous nous mimes à table, avec toute la gaieté de deux amis qui se rencontrent après une longue séparation. Tu vois, me dit-il, ma vie libre et indépendante. Si je voulais suivre l’exemple de mes confrères, j’irais tous les jours manger chez les personnes de qualité; mais, outre que 1 amour du travail me retient souvent au logis, je suis un petit Arisüppe. Je m’accommode également du grand monde et de la retraite, de l’abondance et de la frugalité.

Nous trouvâmes le vin si bon, qu’il fallut tirer âe l’armoire une ^conde. bouteille. Entre la poire et le fromage , je lui témoignai que je serais bien aise de voir quelqu’une de ses pr^uctions.'* Aussitôt il chercha parmi ses papiers un sonnet, qu’il me lut d’un air emphatique. Néanmoins, malgré le charme de la lecture , je trouvai l’ouvrage si obscur, que je n’y compris rien du tout. Il s’en aperçut. Ce sonnet, me dit-il, ne te parait pas fort clair, n’est-ce pas? Je lui avouai que j’y aurais vo^u un peu plus de netteté. 11 se mit à rire à mes iléons. Si ce sonnet, reprit-il, n’est guère intelligible, tant mieux, mon ami! Les sonnets, les odes, et les autres ouvi-ages qui veulent du sublime, ne s’accommodent pas du simple et du natiu^l*; c’est l’obscurité qui en fait tout le mérite ; il suffit que le poëte croie s’y entendre. Tu te moques de moi, interrompis-je. Il faut du bon sens et de la clarté dans toutes les poésies, de quelque nature qu’elles soient; et, si ton incomparable Gongora n’écrit pas plus clairement que toi, je t’avoue que j’en rabats bien. C’est un poëte qui ne peut tout au plus tromper que son siècle. Voyons présentement de ta prose. , •

Nunez me fit voir une préface qu’il prétendait, disait-il, mettre à la tète d’un recueil de comédies qu’il avait sous presse. Ensuite il me demanda ce que j’en pensais. Je ne suis pas, lui dis-je, plus satisfait de ta prose que de tes vers. Ton sonnet n’est qu’un pompeux galimatias; et il y a dans tq prélace des expressions trop recherchées , des mots qui ne sont point marqués au coin du public, des phrases entortillées, poui’ ainsi dire. En un mot, ton style est singulier. Les livres de nos bons et anciens auteurs ne sont pas écrits comme cela. Paxivre ignorant ! s'écria Fabrice, tu ne sais pas que tout pro-

sateur > qui aspire aujourd’hui à la répntidion d’une plume dé« licate afiecte cette singularité de style , ces expressions détournées qui te choquent. Nous sommes cinq ou six novateui's hardis * qui avons entrepris de changer la langue du Mane au noir; et nous en viendrons à bout, s’il plaît à Dieu, en dépit de Lope de Vega, de Cervantez, et de tous les autres beaux esprits qui nous chicanent sur nos nouvelles façons de («rler. Nous sommes secondés par un nombre de pai<tisan$ de distinction; nous avons dans notre cabale jusqu’à des > théologiens*. • - - -•»>-

Après tout , continua-t-il , notre dessein est louable ; et , le préjugé à part, nous valons mieux que ces écrivains naturels qui parlent comme le commun des hommes. Je ne sais pas IKmrquoi il y a tant d’honnétes gens qui les estiment. Cela était fort boa à Athènes et à Rome , où tout le m(»de était confondu; et c’est pourquoi Socrate dit à Alcibiade que le peuple est un excellent maiti-e. de langue. Mais à Madrid nous avons un bon et un mauvais usage , et nos t'ourtisans s'expriment 'autrement que nos bourgeois. Tu peux m'en croire. Enfin notre style nouveau Tempwte sur celui de nos antagonistes. Je veux par un seul trait te faire sentir la différence qu’il y a de la gentillesse de notre diction à la platitude de la leur. Ils diraient, par exemple, tout uniment : Les intermèdes embellissent une comédie; et nous, nous disons plus joliment : Les intermèdes font beauté duns une comédie. Remarque bien ce font beauté. En sens-tu tout le brillant , toute la délicatesse, tout' le mignon? ^c.i

J’interrompis mon novateur par un éclat de rire. Va, Fabrice, lui dis-je, tu es un onginal avec ton langage précieux.

Et toi, me répondit-ü, tu n'es qu’une bête avec ton style na-

' Ce mot, ci;c<! par Ménage, ^lait encore peu usité do temps de Le Sage; aussi ral-il mis en italique.

'Cinq ou six noroteurs hardis, etc. Ceci peut s'appliquer saut doute à la langue espagnole du temps do Gqpgora et de Baltazar Gracian ; mais Le Sage eu voulait bien plus A MU. de La Uotte, de Poutcnellc, Marivaux, etc. Il est certain qu'on se plaignait, dans le temps où il écrivait, de la corruption du style et des niologismes, dont on' fit un dictionnaire. Il y a une épilrc dn père Dn Cerceau à M. Joly de Fleury, avocat général, sur la Dicadenu du bon goût, qui date de la même époque, et rouie absuhiment sur le mime sujet, comme on le verra tout a rbetive.

' Autre trait pins direct coqtre le style recherclié et i prétention du pire Berruyer, de l'abbc’- Houleville, etc.

!.ivbk vn, cHJkP.'xiii.

tin el Ailes, poui siiivit-il en m’iippluinant ces pai-oles de l’archevêque de Grenade, allez trouver mon trésorier, qu'il votts compte cent ducaU. et que le ciel vous conduise avec celte somme. Adieu, monsieur Gil Itlas; je vous souhaite un peu plus de (loùt. Je renouvelai mes ris à cette saillie ; et Fabrice, me pardonnant d’avoir parlé avec irrévérence de ses écrits , ne perdit rien de sa belle humeur. Nous achevâmes de boue notre seconde bouteille; après quoi nous nous levâmes de table tous deux assez bien conditionnés. Nous sortîmes dans le dessein de nous aller promener au Prado; mais, en passant devant la porte d’un n^archand de liqueurs, il nous prit lantaisie d’entrer chez lui,

11 y avait ordinairement bonne compagnie dans cet endroit-là. Je vis dans deux salles séparées des cavaliers qui s’amusaient différemment. Dans l’une , on jouait à la prime et aux échecs, et dans l’autre, dix à douze personnes étaient fort attentives à écouter deux beaux esprits de profession qui disputaient. Nous n’eûmes pas besoin de nous approcher d’eux pour entendre qu’une proposition de métaphysique faisait le sniet de leur dispute; car ils parlaient avec tant de chaleur ot d’emportement, qu’ils avaient l'air de deux possédés, e m’imagine que si on leur eût mis sous le nez 1 anneau d L- Icazar ' on aurait vu sortir des démons par leurs narines. Hé’ bon Dieu, dis-je à mon compagnon, quelle vivacité! quels poumons! Ces disputeurs étaient nés pour être des meurs ^blics La plupart des hommes sont déplaces. Oui vraiment , répondit-il : ces gens-ci sont apparemment de la i^ de Novius, ce banquier romain dont la voix selevait au^es- 8US dû bruit des charretiers *. Mais, ajouta-t-il, ce qui me

•Plfitar cUitun fameni magicien qui «orclMilles douions en Mtaehanliu ne* du nossiyo un certain anneau mystique doit le démoo ■’asait l»* iduldt sent. U ™iiance qu’il abandonm.it le palient. Un jour qu’il déployait toute w science de ÜLiU’emporcur Vespasien, il ordonna an démon de renverser, en , échappant, ime grande cruche pleine o’eau qui se Irouvaifrlà : ce que le démon exécuta tout de tuhe,

”11 '’tand dionnewient det spcfUteiuTSs

" «"Nov'ms, devenu opulent à force d’tuures, avait été esclave. Homee rendu celeliic. Il lui leprocbe qu’il n’avait que son oi-gane de stentor i

Il peut vaincre, dlt-on, par «a terrible voix Le bruit de den* cent* enara, celui do trois couvoi*. Le* irompeltes, les cm s, loot moins de tintamarre :

r.lL BLAS.

dégoûterait le plus de leurs discoui-s, c’est qu'on en a le» oreilles infructueuserhent étourdies. ISous nous éloignàraos de ces métaphysiciens bruyants, et par là je lis avorter une migraine qui commençait à me prendre. Nous allâmes nous placer dans un coin de l’autre salle, d’où, en buvant des liqueurs rafraîchissantes, nous nous mhpes à examiner les cavaliers qui entraient et ceux qui sortaient. Nimez les connaissait presque tous. Vive Dieu ! s’écria-t-il , la dispute de nos philosophes ne liuira pas sitôt; voici des troupes fraîches qui arrivent. Ces trois hommes qui entrent vont se mettre de la partie. .Mais, vois-tu‘ces deux originaux qui sortent? Ce petit pcrsoniiage basané, sec, et dojil les cheveax plats et longs lui descendent par égale portion par deVaut et paj' derrière, s’appelle don Julien de Villanuuo. C'est un jeuue oydor quL tranche du pelit-maiUe. Nous allâmes, im de mes auiis et moi, diuer chez lui l’autre jour. Nous le surprîmes dans une occupation assez siugulièie. 11 se divertissait dans son calvinet à jeter et à se faire appoi ler p«ir un grand lévrier les sacs d’un procès dont il est rapporteur, et que le chien déchirait à belles dents. Ce licencié qui l’accompagne, celte face rubiconde , se noiiune don Chérubin Tonto ' . C’est un chanoine de l’église de Tolède, le plus imbécile mortel qu’il y ait au monde. Cependaul, à sou ah’ riant et spirituel, vous lui donneriez l)eauu)np d’esprit. 11 a des yeux brillants, avec un ru’ô lin et malicieux. On dirait qu’il pense tiès-lineinent. Lit-<m devant lui im ouvrage délicat, il l’écoute avec une attention que vous croyez pleine. d’intelligence, et toutefois il n’y comprend rien. 11 était du repas chez l’oydor. On y dit mille jolies choses, une infinité de bous mots. Don Chérubin ne parla pas; mais il applaudissait avec des grimaces et des démonstrations qui paraissaient sujvéricures aux saillies mêmes qui nous échappaient.

Connais-tu, dis-je à Nunez, ces deux mnlpeignés qui, les coudes appuyés sur une table , s’entretiennent tout bas dans ce coin , en se souillant au nez levu s haleines? Non , me i-é-

Voila, ccrlo, un Uileul, un lurrilc liicn raru,

El tout criuur |iubliu doit eu vlru jalonx, vie.

(UoiiAT. Sal. Iil>. I, 1,6.)

' r«iit», tuurduud, Mk», beaèl.

livue'vii, chai*, xiv. 4t.'î

pondit-il; ces visages-lù nie sont inconnus. Mais, selon toutes les apparena's, ce sont des politiques de cafés qui censurent le gouvernement. Considère ce gentil cavalier qui siflle en se. pi'onienant dans celte salle, et en se soutenant tantôt sur lui pied et tantôt siu’ un autre. C’est don Augustin Moreto, un jeune poêle qui n’est pas ne sans talent, mais (jue les flatlem-s et les ignorants ont rendu presque fou. l/honnne que lu vois qu’il aborde est un de ses confrères qui fait de la prose limée, et que Diane* a aussi frappé.

Encore des auteurs! s’écria-l-il en me montrant deux hom- * mes d’épée qui entraient. Il semble qu’ils se soient tous donné le mot pour venir ici passer en revue devant toi. Tu vois don ♦Bernard Deslenguado^ et don St-bastien de Villa Vidosa. Le )>remier est un esprit plein de liel, un auteur né sous l’étoile de Saturne, un auteur malfaisant ipii se plaît à haïr tout le. monde, et cpii n’est aimé de pei’soune. Pour don Sébastien, c’est un gar(,üu de bonne foi, un auteur ipii ne ‘veut rien a\oir sur la conscience. 11 a depuis peu mis au théâtre une jiiècc qui a eu une réussite extraordinaire, et il la fait imprimer pour n’abuser pas plus longlcnips de l’esliine du public.

Le charitable élève de Gongora se préparait à continuer de m’expliquer les ügiues du tableau changeant que nous avions devant les yeux , lorsqu’un gentilhomme du duc de Médina Sidonia vint l'interrompre en lui dis!ui< ; Seigneur don Tabricio, je vous cherchais pour vous avei.ir que monsieur le duc voudrait bien vous parler. Il vous attend chez lui. NTuiez, qui savait qu’on ne peut satisfaire assez tôt un grand seignéur qui souhaite quebiue chose, me quitta dans le moment luème pour aile)’ trouver son .Mecenas, me laissant fort étonué de l’avoir entendu traiter de don, et de le voir ainsi devenu noble, en dépit de niaitre Chrysoslome le barbier, sou père.

CIlAi’. XIV. — Fukriuv |>Ucc Gil Bla> auprat du comLe Galianu, leigiiear sicilit'ii.

J’avais trop d'envie de revoir Fabrice, pour n’être pas cht!/, lui le lendemain de grand matin. Je donne le t>onjour, dis-je en entrant, au seigneur don Fubiicio, la fleur ou plutôt le

' DiiHe Pt>t ici pMir b lune.

I' ‘ OÊÊttnjUâdt, <|ui douae carrière • M Uuj|u«, oiédiatst, umI «labouuhc.

ou. BI.A«*

diampiiiiion de la noblesse astnrienr.e. A ces painlcs, il st'. mh à lire. Tu as donc reimufiué, s ecrîa-t-il, qu’on m’a traité de don ? Oui , luoB geutilhonnne , lui répondis-je ; et vous me porinettrez de vous dire qu’hier, en me contant votre métamorphose, vous oubliâtes le meilleur. D’accord, répliqua-t-il; mais en \érilé, si j’ai pris ce titre d’honneur, c’est moins pour contenter ma vanité que pour m’aa’ommoder à celle des autres. Tu'fconnais les Espajiiinls ; ils ne font aucun cas d’un honnête lionnne, s’il ale inalhem- de manquer de bien et de naissance, •le te dirai de plus que je vois tant de gens, et Dieu sait quelles sortes de gens, qui se font appeler don François, don Gabriel, don Pèdre, ou don comme tu voudras, qu’il faut convenir que la noblesse est une cliosc bien conimune*, et qu’nn m-' turier qui a du mérite lui fait honneur quand il veut bien s’y agréger.

Mais changeons de matière, ajouta-t-il. Hier au soir, au souper du duc de Médina Sidonia, où, entre autres con\ives, était le comte Galiano, grand seigneur sicilien, la conversation tomba sur les eflets ridicules de l’amour-propre. Charmé d’avoir de quoi réjouir la compagnie là-dessus, je la régalai de l’histoire des homélies. Tu t’imagines bien qu’on en a ri, et qu’on en a donné de toutes les façons à ton archevêque; ce qui n’a pas produit un mauvais effet pour toi, car on t’a plaint; et le comte Galiano, après m’avoir fait force questions sur ton chapitre, auxquelles tu peux croire que j’ai répondu comme il fallait, m’a chargé de te mener chez lui. J’allais le cherdior tout à l’héure pour t’y conduire. 11 veut apparemment te proposer d'être un de ses secrétaires. Je ne te conseille jias de rejeter ce parti : tu seras parfaitement bien chez ce seigneiu*; il est riche, et fait à Madrid une dépense d’ambassadeur. Ou dit qu’il est venu à la cour pour conférer avec le duc de Lenue sur des biens royaux que ce mhiislrc a dessein d’aliéner en Sicile. Enfin, le comte Galiano^^piç^ue Sicilien, parait généreux, plein de di'oiture et de fncKijCise. Tu ne saurais mieux faire que de t’attacher à ce seigneui-là. C’est lui probablement qui doit t’enricliii', suivant ce qu’on t’a prédit à Grenade.

J’avais résolu, dis-je à Nunez, de battre un peu le i»a\é et de me donnei' du bon temps avant de me remettix* a senir; mais tu me paides du com*e sicilien d’une manière qui me

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£ait changer de résohition. Je voudrais déjà être auprès de lui. Tu y seras bientôt, rcprit-il, ou je suis fort trompé. Nous sortîmes en même temps tous deux pour aller chez le comte, qui occupait la maison de don Sanche d'Avila, son ami, qui était alors à la campagne.

Nous trouvâmes dans la cour je ne sais combien de pages et de laquais qui portaient une livrée aussi riche que galante, et^ dans l’antichambre plusieurs écuyers, gentilshommes et autres officiers. Ils avaient tous des habits magnifiques, mais avec cela des faces si baroques , que je crus voir une troupe de singes vêtus à l’espagnole. 11 faut avouer qu’il y a des mines d’hommes et de femmes pour qui l’art ne peut rien.

On annonça don Fabricioj qùi fut introduit un moment après dans la chambre, où je le suivis. Le comte, en robe de chambre, était assis sur un sofa, et prenait son chocolat. Nous le saluâmes avec toutes les démonshations d’un profond respect ; et il nous fit de son ci>té une inclination de tête, accompagnée de regards si gracieux, que je me sentis d’abord gagner l'âme. Effet admirable, et pourtant ordinaire, que fait sur nous l’accueil favorable des grands! 11 faut qu’ils nous reçoivent bien mal, quand ils nous déplaisent.

Après avoir pris son chocolat, il s’amusa quelque temps à badiner avec un gros singe qu’il avait auprès de lui, et qu’il appelait Cupidon. Je ne sais pourquoi on avait donné le nom de ce dieu à cet animal, si ce n’est à cause qu’il en avait toute la malice ; car il ne lui ressemblait nullement d’ailleurs. Il ne laissait pas, tel qu’il était, de faire les délices de son maître, qui était si charmé de ses gentillesses, qu’il le tenait sans cesse dans ses bras. Nunez et moi, quoique peu divertis des gambades du singe, nous fîmes semblant d’en être enchantés. Cola plut fort au Sicilien, qiü suspendit le plaisir qu’il prenait à ce passe-temps, pour me dire : Mon ami, il rie tiendra qu’à vous d’être un de mes secrétaires. Si le parti vous convient, je vous donnerai deux cents pistolcs tous les ans. Il suffit que don Fabrido vous présente et réponde de vous. Oui, seigneur, s’écria Nunez, je suis plus hardi que Platon qui n’osait réponch-e d’un de ses amis qu’il- envoyait à Denis le Tyran. Je ne crains pas de m’attirer des reproches.

Je remerciai par une révérence le poète des Asturies de sa

0 ^ i:y Cî;- Igit

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