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üe vous le découvrir. Il y a vin^^-six ans que j’aimais don Pèdre de Lima, votre père, qui était alors gonvernenr de Ségovie : vous devîntes le fruit de nos amours; il vous reconnut, vous fit élever avec soin, et, outre qu’il n’avait point d’autre enfant, vos bonnes qualités le déterminèrent à vous laisser du bien. De mon côté, je ne vous ai pas abandonné : sitôt que je vous ai vu enti-er dans le monde, je vous ai attiré chez moi , pour vous inspirer ces manières polies qui sont si nécessaires à un galant homme, et que les femmes seules peuvent donner aux jeunes cavaliers. J’ai plus fait : j’ai employé tout mon crédit pour vous mettre chez le premier ministre. Enfin je me suis intéressée pour vous comme je le devais pour un fils. Après cet aveu, prenez votre parti. Si vous pouvez épurer vos sentiments et ne regarder en moi « (ju’une mère , je ne vous bannis point de ma présence , et j’aiu-ai pour vous toute la tendresse que j’ai eue jusqu’ici. Mais, si vous n'ètes pas capable de cet eflbrt que la nature et la raison exigent de vous, fuyez dès ce moment, et me délivrez de l’hoireur de vous voir.
Inésile parla de cette .sorte. Pendant ce teinps-là don Valerio gardait un morne silence : on eût dit qu’il rappelait sa vertu, -et qir'il âllait .se vaincre lui-même. C’est à quoi il ne pensait nullement. 11 méditait mi autre dessein, et préparait à sa mère un spectacle bien différent. Ne pouvant se consoleide l'obstacle qui s’opjiosait à son bonheur, il céda lâchement â son désespoir. 11 tira son épée, et se l’enfonça dans le sein.
. II se punit comme un fuitre Œdipe, avec celte diflérence que le Thébain s’aveugla de regret d’avoir consommé le ciime, et qu’au contraire le Castillan se perça de douleur de ne le pouvoir commettre.
Le malheureux don Valerto ne mourut pas sur-le-champ du coup (ju’il s’élail porté. Il eut le temps de se reconnaître et de demander pai'don au ciel de s’être hd-mème ôté la vie. Comme il laissa par sa mort un poste de secrétaire vacant idiez le duc de Lei-me, ce ministre, qui n’avait pas oublié ma relation d’incendie, non plus que l’éloge qu’on lui avait faii de moi, me choisit pour remplacer ce jeune ‘homme.
CSAP. n. -• eu Bt(i est pr^nté ui due de Lerme, qol> le reçoit «o nombre de ■*« ■ocrëuires} ce miniitre le fait travailler, et eit content de ton travail.
‘ Ce fut Monteser qui m'annonça cette agréable nouvelle, et me dit : Ami Gil Blas, quoique je ne vous perde pas sans regret, je vous aime trop pour n’être pas ravi que vous succédiei à don Valerio. Vous ne manquerez pas de faire une belle fortune, pourvu que vous suiviez les deux conseils que j’Si à vous donner : le premier, c’est de paraître tellement attaché à Son Excellence, qu’elle ne doute pas que vous ne lui soyez entièrement dévoué; et le second, c’est de bien faire votre cour au seigneur don Rodrigue de Calderone : car cet hommelà manie comme une cire molle l’esprit de son maître. Si vous avez le bonheur de vous acquérir la bienveillance de ce secrétaire favori, vous irez loin en peu de temps; c’est une chose dont j’ose hardiment Vous répondre.
Seigneur, dis-je à don Diègue après lui avoir rendu grâces de ses bons avis, apprenez-moi, s’il vous plaît, de quel ca- ,'actère est don Rodrigue. J’en ai quelquefois entendu parler dins le monde. On me l’a peint comme un assez mauvais sujet; mais je me déOe des portraits que le peujde fait des personnes qui sont en place à la cour, quoiqu’il en juge sainement quelquefois. Dttes-moi donc, je vous pîie,* ce que vous pensez du seigneur Calderone. Vous me demandez une chose délicate, répondit le surintendant avec un souris malin. Je dirais à on autre que vous, sans hésiter, que c’est un trèshonnête gentilhomme, et qu'on n'cn saurait dire que du bien; mais je veux avoir de la franchise avec vous. Outre que je vous crois un garçon fort discret, il me semble que je vous dois parler à cœur ouvert de don Rodrigue, puisque je vous ai conseillé de le bien ménager; autrement ce ne serait vous obliger qu’à demi.
Vous saurez donc, poui'âuivit-il, que de simple domestique qu’il était de Son Excellence, lorsqu’elle ne portait encore que le nom de don François de Sandoval, il est parvenu par degrés au poste de premier secrétaire. On n’a jamais vu d’homme plus fier. 11 ne répond guère aux politesses qu’on lui fait, à moins que de fortes raisons ne l'y obligent.'En un mot, il se regarde oomme un collègue du duc de Lerme ; et, dans le fond, on dirait qu’il parta^^'e avec lui l’autoritéVIe premier ministre,
L!VRK VTU, CBAP. H. WJ
pjiisqu’il fait donner des charges et des gouvenicmenls à qui bon lui semble. Le public en murmure souvent; mais c’est de quoi il ne se met guère en peine : pourvu qu’il tire des paraguantes» d’une affaire, il se soucie fort peu des épilogueurs. Vous concevez bien par ce que je viens de vous dire, ajouta don Diègue, quelle conduite vous avez à tenir avec un mortels! orgueilleux. Oh! queoui, lui dis-je; laissez-inoi faire. Il y aura bien du malheur si je ne me fais pas aimer de lui. Quand on connaft le défaut d’un homme à qui l’on veut plaire, il faut être bien maladroit pour n’y pas réussir. Cela étant, reprit Monleser, je vais vous présenter tout à l’heure au duc de terme.
Nous allâmes dans le moment chez ce ministre, que nous trouvâmes dans une grande salle, occupé à donner audience. Il y avait là plus de monde que chez le roi. Je vis des cominandeui'S et des chevaliers de Saint-Jacques * et de Calatrava* qui sollicitaient des gouvernements et des vice-royautés; des évêques qui, ne se portant pas bien dans leurs diocèses, voulaient, seulement pour changer d'air, devenir archevêques; et de bons pères de Saint-Dominique et de Saint- François qui depaandaient humblement des évêchés. Je remarquai aussi des officiers réformés qui faisaient le même rôle qu’y avait fait ci-devant le capitaine Chinchilla, c’est-à-dire qui se morfondaient dans l’attente d’une pension. Si le duc ne satisfaisait pas leurs déshs, il recevait du moins leuis placets d’un au- affable; et je m’aperçus qu’il répondait fort poliment aux personnes qui lui parlaient.
Nous eûmes la patience d’attendre qu’il eût expédié tous ce. suppliants. Alors don Diègue lui dit : Monseigneur, voici Gil
' Paraguantet, ponr les gants, parce qu'on ne donnait d'abord ponr un présent honnête qu'une paire de ganU. C'est ce que l'on appelle eilleurs le pot-de-vin, le pourboire.
• Sainl-Iago ou SainlnJacqiies est l'ordre de chevalerie le plus impartant de l'Espagne : Il fut institué danç le douiièine siècle, et devint si poissant qu'il put, comme \t» lampllers, inquiéter souvent la pulssaoce royale; maia la grande maîtrise fut réunie à la couronne, sous Ferdinand et IsabeHe, en 1493. Ce fnt un truit de politique La devise des chevaliers est : Sanguit Àrabum.
• Autre ordre miliwlre dépendant piimitivemeut de l'ordre de Citeauz. Cea cIicvhlien portèrent d'abord un acapnUire blanc avec un petit cnpncbon qni leur toniHiii sur lea épanlea. En 1397 il* prirent pour habit un large manteau blanc, orné d' me
. crois rouge, que lerminen des fleurs de lia.
nias de Santillane, ce jeune liomme dont Votre Excellence ? fait choix poui- remplir la place de don Valerio, A ces mots, le duc jeta les yeux sur moi, en disant obli-îeammeut que je l’avais déjà méritée par les services que je lui avais rendus. Il me fit ensuite entrer dans son cabinet pour m’entreleuii- en particulier, ou plutôt poui- juger de mou esprit pai' ma conversation. D’abord il voulut savoir qui j’étais, et la vie que* j’avais menée jusque-là. 11 exigea mçme de moi là-dessus une narration sincère. Quel détail c’était me demander! De mentii devant un premier ministre d’Espagne, il n’y avait pas d’apparence. D’une ‘autre paî t, j’avais tant de choses à dii-e aux dépens de ma vanité,' que je ne pouvais me résoudie à une l onl'essi'ju générale. Comment sortir de cet embarras? Je pris le parti de fai-der la vérité dans les endroits où elle aimait fait peur toute nue. Mais il ne laissa pas de la démêler malgi-é tout mon art. Monsieur de Santillane, me dit-il en souriant à la fin de mon récit, à ce que je vois, vous avez été tant soit peu pic<}ro *. .Monseigneur, lui répondis-je en rouissant, Votre Excellence m’a ordonné d’avoir de la sincéi ité : je lui ai obéi. Je t’en saison gré, répliqua-t-il. Va, mon enfant, tu en es quitte à bon mai-cbé : je m’étonne que lé mauvais exemple ne t’ait pas entièrement perdu. Combien y a-t-il •l’hounêtes gens qui deviendraient de grands fripons, si la fortune les mettait aux mêmes épreuves !
Ami Santillane, continua le minislie, ne te souviens plus du passé; songe que tu es présentement au roi, et que tu seras désormais occupé pour lui. Tu n’as qu’à me suivre; je vais t'apprendi-e en quoi consisteront tes occupations. A ces mots, le duc me mena dans un petit cabinet qui joignait le sien, et oii il y avait sur des tablettes une vingtaine de registres in-folio fort, épais. C’est ici, me dit-il, que tu travailleras. Tous ces registres que tu vois composent un dictionnaii-e de toutes les familles. nobles qui sont dans les royaumes et prmeipautés de la monarchie d’Espagne. Chaque livre contient, par ordie alphabétique, l’histoire abrégée de tous les gentilshommes d'un royaume, dans laiiuelle sont détaillés les services qu’eux et
' Pican, fripun, caqtiiu, v;iiirluii. Picarillo, jielit rri|iou. Pteaim, picarunato (•iignicntolil), tr^swfaiigoreiix.