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leurs ancêh'es ont rendus à l’État, aussi bien que les aftaires rrhônneui- qui peuvent leur être arrivées. On y fait encore mention de leurs biens, de leurs mœui-s, en un mot de toutes leurs bonnes et mauvaises qualités ‘ ; en sorte que, lorsqu’ils \ iennent demander des grâces à la cour, je vois d’un coup d’œil s'ils les méritent. Pour savoir exactement toutes ces choses, j’ai partout des pensionnaires qui ont soin de s'en iiiforràei’, et de m'en instniire par des mémoires qu’ils m’en- • voient ; mais, comme ces mémoires sont diffus et remplis de façons de parler provinciales, il faut les rédiger et en polir la diction, parce que le roi se fait lire quelquefois ces registres. C’est à ce travail, qui demande un style net et concis, que je veux t’employer dès ce moment même.
En parlant ainsi, il tira d’un grand portefeuille plein de papiers un mémoire qu'il me mit entre les mains ; puis il sortit de mon cabinet, pour m’y laisser faire mon coup d’essai en liberté. Je lus le mémoire, qui me parut non-seulement fai’ci de termes barbares, mais même trop passionné. C’était pourtairt un moine de la ville de Solsone qui l’avait composé. Sa lîévérence, en alfcctant le style d’un homme de bien, y décliirwt impitoyablement une bonne famille catalane, et Dieu sait s’il disait la vérité ! Je crus lire un libelle diffamatoire, et je me fis d’abord un scrupule de travailler sur cela; je craignais de me l’endre complice d’une calomnie ; néanmoins, tout neuf que j'étais à la cour, je passai outre, aiLx pénis et fortune de l’ànie du bon religieux ; et, mettant sur son compte toute l’iniquité, s’il y en avait, je commençai à déshonorer eu belles phrases castillanes deux ou trois générations d'honnêtes gens peut-être.
J’avais ditjà fait quatre ou cinq pages, quand le duc, impatient de savoir comment jé m’y prenais, revint et me dit ; Santillane, montre-moi ce que tu as fait; je suis curieux de le
* Cetlo offiyTaititf de registret in-folio il fbri épaiiy qui cottlieoneiit rhituire de» famiiioA nobles d'E^pagno, revietiBenk aiix eombi’eux volumes manuscrits du mime fbniKàt que lous les irilcudaDU des provinces de France avaieul r >mpo$és par ordre ^ du duc de Bourgogne, en i(l98. T.es inrormalions qu'on leuravoi. preacrii d'entoyer à CO prince roulaient pariiuilièmueiit sur l’iitrloirc dea gcatiisliommes do chaque gi'UéraUté. Le comte do BoubinuUiers en n donne Fexlrail dans i£iai de la J'rance,
Tuii voit que plu:^icurs de ces nu'nioires bit^luriques avaient clé mal rédigi^, et n'ÿSoiidilakMit Fkanroiip i ceux dont jwrlc ici lodnc de Lermc.
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voir. En môme temps, jetant la vue sur mon ouvrage, il en Int le commencement avec beaucoup d’attention. Il en parut si content que j’en fus surplis. Tout préveni/ que j’étais en ta faveur, reprit-il, je t’avoue que tu as surpassé mon attente. Tu n’ctris pas seulement avec toute la netteté et la précision (pie je désirais, je trouve encore ton style léger et enjoué. Tu justifies bien le choix que j’ai fait de ta plume, et tu me consoles de la perte de ton prédécesseur. Le ministre n’auiait pas borné là mon éloge, si le comte de Lemos, son neveu, ne filt venu l’interrompre en cet endroit. Son Excellence l’einbi assa plusieurs fois, et le reçut d’une manière qui me fit connaitre (ju’elie l’aimait tendrement. Ils s’enfermèrent tous deux pour s’entretenir en secret d’une aflairc de famille, dont je parlerai dans la suite, et dont le duc était alors plus occupé que de celles du roi.
Pendant qu’ils étaient ensemble, j’entendis sonner midi. Comme je sa\ais que les secrétaiies et les commis quittaient à cette beure-là leiu-s bureaux pour aller diner où il lem- plaisait, je laissai là mon chef-d’œuvre, et sortis pour me rendre, non chez Monteser, parce qu’il m’avait payé mes appoiutements, et que j’avais pris congé de lui, mais chez le plus laineux traiteur du qiiailier de la cour. Une auberge ordinaii’c ne me convenait plus. Somje que lu es préseiUement au roi : ces paroles, que le duc m’avait dites, s’offraient sans cesse à ma mémoire, et devenaient des semences d’ambition qui germaient d’instant en instant dans mon esprit.
C&LP. in. ' — Il apprend que ion poste n'est pas tans de'sagTêinent. Ife t'inquldtlMle que lui cause celte nouvelle, et de la conduite qu'elle l'oUigo i tenir.
T’eus grand stun, en entrant, d’apprendre au traiteur que j’étais un secrétaire du premier ministre; et, en cette qualité, je ne savais que lui ordonner de ra’appi'cter pou: mou diner. J’avais peur de demander quelque chose qui sentît l’épargne, et je lui dis de me donner ce qu’il lui plairüt. U me régala bien, et l’on me servit avec des marques de cansidéralion qui me faisaient encore plus de plaisir que la bumic chèi'C. Quand il fut questkm de payer, je jetai sur la taUe une pistole, dont j’abandonnai aux valets un quart poiu' le moins qnll y avait de reste à me rendre. Après quoi je sortis
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de chez le traitenr en faisant des écarts de pidtrine comme un jeune homme fort content de sa personne.
Il y avait à vingt pas de là un grand hôtel garni où logeaient d'ordinaire des seigneurs etrangers. J'y louai un appartement de cinq ou six pièces bien meublées. Il semblait que j’eusse déjà deux ou trois mille ducats de rente. Je donnai même le premier mois d'avance. Après cela je retournai au tiuvail, et je m’occupai toute l’après-dînée à continuer ce que j'avais commencé le matin. Il y avait dans un cabinet voisin du mien deux auti’es secrétaires; mais ceux-ci ne faisaient que mettre au net ce que le duc leur portait lui-même à copier.
Je fis connaissance avec eux dès ce soir-là même en nous retirant ; et, pour mieux gagner leur amitié, je les entraînai chez mon traiteur, où j'ordonnai les meilleures viandes pour la saison, avec les vins les plus délicats et les plus estimés en Espagne.
Nous nous mimes à table , et nous commençâmes à nous entretenir avec plus de gaieté que d’esprit; car, pour rendre justice à mes convives, je m'aperçus bientôt qu'ils ne devaient pas à leur génie les places qu'ils remplissaient dans leur bureau. Ils se connaissaient, à la vérité, en belles lettres rondes et bâtardes, mais ils n'avaient pas la moindre teinture de celles qu’on enseigne dans les universités.
En récompense, ils entendaient à merveüle leurs petits intérêts, et ils me firent connaître qu'ils n’étaient pas si enivrés de l’honneur d'être chez le premier ministre, qu'ils ne se plaignissent de leur condition. Il y a , disait l’un , déjà cinq mois que nous exerçons notre emploi à nos dépens. Nous ne touchons pas nos appointements; et, qui pis est, nos appointements ne sont pas réglés. Nous ne savons siu- quel pied nqus sommes. Pour moi, disait l’autre, je voudrais avoir reçu' vingt coups d’étrivières pour appointements, et qu'on me laissât la liberté de prendre un parti ailleurs; car je n’oserais me retirer de moi-même ni demander mon congé, après les choses secrètes que j’ai écrites. Je .pourrais bien aller voir la tour de Ségovie ou le château d’Alicante.
Comment faites-vous donc pour vivre? leiu* dis-je. Vous avez du bien «apparemment ? Ils me répondirent qu'ils en " avaient fort peu, mais qu’heureusement pour eux ils étaient
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logés chez une honnête vonve qui leur faisait crédit , et les nourrissait pour cent pistoles chacun par année. Tous ces discours, dont je ne perdis pas un mot, abaissèrent dans le moment mes orgueilleuses fumées. Je me représentai qu’on n’aurait pas sans doule plus d’attention pour moi que poulies autres; que par conséquent je ne devais pas être si charmé de* mon poste; qu’il était moins solide que je ne l’avais cru, et qiTenlin je ne pouvais assez ménager ma bourse. Ces réflexions me guérirent de la ràge de dépenser. Je commençai à me repentir d’avoir amené là ces secrétaires, à souhaiter la fin du repas ; et, lorsqu'il fallut compter, j'eus avec le traiteur une dispute pour l’écot.
Nous nous séparâmes à minuit , mes confrères et moi, parce que je ne les pressai pas de boire davantage. Ils s’en allèrent chez leur veuve, et je me relirai à mon superbe appartement, que j’enrageais pour lors d'avoir loué, et que je , me promettais bien de quitter à la fin du mois. J’eus beau me coucher dans un bon lit, mon inquiétude en écarta le sommeil.
Je passai le reste de la nuit à rêver aux moyens de ne pas travailler ponr le roi généreusement. Je m’en tins là-dessus ' aux conseils de Monteser. Je me levai dans la résolution d’aller faire la révérence à don Rodrigue de Calderone. J’étais dans une disposition très-propre à paraître devant ui^ homme si
besoin de lui. Je me rendis 4
à celui du duc de Lerme , et l’égalait en magnificence. On aurait eu de la peine à distinguer par les ameublements le maître du valet. Je me fis anuonceicomme succes-seur de don Valerio, ce qui n’empêcha pas qu’on ne me fit attendre plus d’une heure dans l’antichambre. Monsiem* le nouveau secrétaire , me disais-je pendant ce temps-là, prenez, s’il vous plaît, patience. Vous croquerez bien le marmot, avant que vous le fassiez croquer aux autres.- On ouvrit pourtant la porte de la chambre. J’entrai, et m’avançai vers don Rodrigue, qui, venant d’écrire un billet doux à sa cfiarmante Sirène, le donnait à Pédrille dans ce moment-là. Je n’avais pas paru devant l’archevêque de Crenade, ni devant le comte de Galiano, ni même devant le premier ministre, si respectueusement que je me présentai aux